The President’s Last Bang – de Im Sang-Soo (2005) Ecrit par Pierre le 15.01.08

“The President’s Last Bang” est un excellent film d’Im Sang-Soo retraçant les heures précédent et suivant l’assassinat du président Park Jeong-Hee, dictateur à la tête de la Corée du Sud pendant 16 ans.

The President’s Last Bang

Séoul 1979. Un dîner privé réunit pour une soirée le Président de la République et ses trois plus proches collaborateurs : son chef de sécurité, son secrétaire, et le directeur de la CIA coréenne, tous trois se disputant les faveurs du Président.
Une chanteuse pop, starlette montante, et une autre jeune femme ont été conviées pour distraire ces messieurs… Pendant ce temps, le directeur de la CIA se prépare à assassiner le Président. Il quitte la pièce quelques instants afin d’instruire une dernière fois ses agents du déroulement des opérations.

Le film démarre en trombe, nous entraînant avec lui dans l’effervescence politique régnant autour du président. Un peu perdus, on s’accroche, on découvre peu à peu ces généraux bedonnants, ces hommes de main chargés d’étouffer les affaires gênantes, ces politiciens cyniques… Rapidement on devient captivés par la virtuosité de la mise en scène, par les tensions qu’on devine fortes entre les personnages qui vont se rencontrer, par la situation militaire tendue. Puis vient le dîner, ce moment magique où l’Histoire peut basculer, sous l’impulsion de quelques hommes.

Mis à part le suspense intense et délicieux maintenu tout au long de la deuxième partie, la part psychologique est la plus intéressante. Le directeur Kim (chef de la KCIA) est interprété de manière très ambiguë par Baek Yun-Shik, dont on ne sait au final jamais s’il s’agit d’un idéaliste courageux, d’un espion à la solde d’une autre puissance ou simplement d’un fou à lier. Han Seok-Kyu (son homme de main) quant à lui parvient à insuffler beaucoup d’humanité à son personnage, impliqué dans des événements qu’il ne contrôle pas (sa dernière scène est inoubliable).

The President’s Last Bang

Le film garde une grande part d’humour noir malgré sa violence, se jouant des politiciens irresponsables et totalement déconnectés de la réalité, philosophant sur l’utilité de la démocratie avec cynisme. Ajoutez à cela la présence lors du repas de la réelle chanteuse du groupe Jaurim au service d’une très bonne musique, et vous obtenez ce film essentiel et injustement méconnu.

“The President’s Last Bang” a pourtant eu la chance d’obtenir une sortie en salles en France (certes discrète), mais reste depuis inédit en DVD zone 2, c’est bien dommage. On se réveille, les éditeurs ? ^^ (et sortez-nous aussi “Le Vieux Jardin” :P )

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5 commentaires pour “The President’s Last Bang – de Im Sang-Soo (2005)”

  1. Loky5 |

    Une de mes perles coréenes.
    On est peut-etre perdu face à la complexité des relations entre les personnages (il faut y remedier en faisant un tour chez wikipedia) mais l’ambiance noire et pesante nous enveloppe… et on ne peut plus lacher ce film.
    Je suis POUR la pétition pour une édition DVD zone2 Fr !

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  2. Marine |

    Je ne me souviens plus très bien de ce film, si ce n’est que l’ambiance est vraiment spéciale et que je l’ai largement préféré à “Une femme coréenne”. Cynisme ouais tu l’as dit :D

    (le type qui fait le meurtrier du président est énorme ! :D )

    Il a pas été interdit en Corée ?

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  3. Pierre |

    Pas interdit mais censuré sur des images d’archive il me semble. Il faut dire que la descendance du président Park est encore très présente dans la vie politique coréenne.

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  4. Bernard |

    PRESIDENT’S LAST BANG, film coréen de Im Sang-Soo, 2005.
    Dans la soirée du 26 octobre 1979, un dîner privé réunit dans un des salons de la Maison Bleue, le palais présidentiel sud-coréen, le président Park Chung-Hee, Kim Jae-Kyu, un de ses amis de longue date, directeur des services secrets coréens (KCIA), Cha Ji-Cheol, le chef de la sécurité et le secrétaire général de la présidence ainsi que deux jeunes femmes qui ont été conduites ici pour distraire le président, amateur de filles, d’alcool et de culture japonaise. Le ton monte : Cha Ji-Cheol reprochant au directeur Kim de ne pas suffisamment tenir les manifestants dans les universités pendant que le président Park relativise la dimension autoritaire de son régime. Kim quitte la pièce et donne ses ordres. L’assassinat du président, de son chef de la sécurité et de ses gardes est enclenché.
    Cet évènement politique majeur de l’histoire coréenne contemporaine constitue le cœur du film d’Im Sang-Soo qui, en deux actes analyse l’avant et l’après attentat : l’atmosphère délétère et les rivalités de pouvoir autour de ce président vieillissant et encore concupiscent puis la découverte progressive de la mort du chef d’état par les autorités politiques et militaires et l’arrestation des conjurés. Un quart de siècle après les faits, le film a suscité bien des remous dans la société coréenne. Park Ji-Man, le fils du président a intenté un procès au distributeur du film l’accusant de donner une mauvaise image de son père au moment même où sa sœur Park Keun-Hye cherchait l’investiture du parti conservateur pour les élections présidentielles de 2007. Le Comité de censure a obligé le réalisateur à enlever les images d’archives présentées en prologue et en épilogue du film alors que les gens de gauche ont reproché au contraire de donner une image trop complaisante de Park. Il est vrai que la Corée qui a accédé à la démocratie il y a une vingtaine d’années n’a pas encore totalement clarifié son rapport avec l’ancien président Park Chung-Hee. Assurément, il est l’homme du coup d’état de 1961 et d’un régime autoritaire qui se maintint jusqu’en 1979 en restreignant les droits civiques mais ses dix-huit années de présidence correspondent pour beaucoup de Coréens à la période du miracle économique, au passage de la pauvreté à la richesse et à la reconstruction du pays après le triple traumatisme de l’occupation japonaise, de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre de Corée. Le dictateur garde aussi l’image d’un homme austère et économe échappant aux accusations de corruption et d’enrichissement personnel qui visent de nombreux autocrates et plusieurs de ses successeurs.
    Le film d’Im Sang-Soo échappe d’ailleurs au manichéisme d’un western politique opposant le camp du bien contre celui du mal. Le président apparait d’ailleurs comme un personnage secondaire dans ce huis-clos étouffant entre l’intérieur du palais et la nuit séoulite pour échapper à l’oppression d’un monde à bout de course. Le directeur Kim, malade, est tiraillé entre ses amitiés et sa volonté d’agir pour la démocratie. Il verra se retourner contre lui les méthodes qu’il a pratiquées à la KCIA. Hélas, son geste sera vain comme le meurtre d’Alexandre dans Lorenzaccio. Comme à Florence en 1537 dans le drame de Musset, les militaires effrayés par le chaos désignent Choi Kyu-Ha comme président et le débat attendu n’arrivera pas. D’autres évènements encore plus sanglants vont marquer la vie politique coréenne en 1980.
    Violent et burlesque, le film d’Im Sang-Soo vaut aussi pour ses qualités esthétiques et la reconstitution d’une époque. Plans-séquences, vue panoramique sur les couloirs du palais pour reconstituer le puzzle, atmosphères nocturnes, le film sait aussi jouer des ruptures de rythme pour ménager les attentes et les reflux dans cette chronique crépusculaire où Baek Yun-Shik (le chef du complot) réussit une interprétation magistrale.

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  5. I.D. |

    Une oeuvre d’une maîtrise totale dont on aimerait en voir plus. Le cinéaste est de qualité à l’image de ses acteurs, un super moment de cinéma.

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