J’ai eu l’occasion de voir l’un des derniers films du très prolifique (et inégal) réalisateur nippon Takashi Miike, qui m’a totalement séduit cette fois-ci : “Sukiyaki Western Django”, un hommage très personnel aux fameux western “spaghetti”.
Dans un Japon mi-médiéval mi-Far-West, un village est séparé en deux par l’affrontement de deux clans : les “blancs” et les “rouges”. Un mystérieux cavalier arrive alors sur les lieux et les impressionne par sa dextérité canon au poing. Chacun des deux clans va donc chercher à le recruter pour gagner la bataille.
J’ai trouvé ce film tout-à-fait surprenant, unique en son genre et délicieusement jubilatoire. Cet espèce de mélange sur fond de Japon des Sept Samouraïs, mais peuplé de cow-boys nippons parlant en anglais, est vraiment étonnante ! C’est d’ailleurs le seul aspect que je reproche au film : pourquoi avoir voulu le tourner en anglais ? Cela donne une diction assez spéciale plus ou moins réussie selon les personnages, et qui n’aide pas forcément à la compréhension.
Le reste est du pur délice : de la scène d’introduction géniale sur décor de studio avec une guest-star de choc (Tarantino pour ne pas le nommer), à l’affrontement final entre les différents protagonistes, tout est réalisé de manière virtuose, bourré de scènes inoubliables qui lorgnent parfois chez ce même Tarantino (l’histoire de “The Bloody Benten” renvoyant très fort à “Kill Bill”, où encore la danse chamanique qui surpasse selon moi la lap-dance de “Death Proof”). Très loin du buddy-movie, même s’il contient beaucoup d’humoir (noir), “Sukiyaki Western Django” rend pleinement hommage au film du genre en restituant à merveille sa dimension épique : cavalcades à cheval, mystérieuse arme secrète, grandes envolées musicales, et bien sûr le face à face final des plus réussis.
Il est assez étonnant de voir la différence de rendu entre les films de Miike, capable de faire des films visuellement tout crades (Visitor Q, pour n’en citer qu’un, pas le même budget aussi) comme des films absolument splendides et travaillés comme celui-ci. J’ai trouvé les acteurs particulièrement excellents (mis à part ce petit problème d’accent), aussi bien les “chefs” de clan que les rôles féminins ou les nombreuses “trognes” de seconds rôles. Ce film est étonnamment maitrisé de bout en bout, c’est vraiment mon coup de coeur du moment !
Ca fait presque un an que je suis en France et c’est le moment de demander le renouvellement de ma carte de séjour.
Pierre et moi, on a visité le site de la préfecture des Yvelines et nous avons vu que pour le renouvellement, il faut demander le dossier au guichet 32 de l’ANAEM et envoyer des papiers par la Poste. Il y a quelques jours, je suis donc allée à l’ANAEM. Non seulement le guichet 32 n’existe pas, mais ils m’ont dit que c’était la préfecture qui s’occupe du renouvellement de la carte de séjour. J’y suis allée pour rien…
Ce matin, pour prendre un rendez-vous, je suis allée à la préfecture. En fait, j’ai mal choisi le jour car il pleuvait. J’ai attendu pendant 1 heure devant la préfecture sous la pluie et encore 1 heure et demi dans la préfecture. Bon, jusque là, j’ai pu rester calme.
Mais le drame commence ici. A l’accueil il y avait une personne qui s’occupe de la queue des étrangers et une autre pour celle des français. Mais après quelques minutes (c’est l’euphémisme…), la queue des français est devenue longue. A ce moment-là, un monsieur dit “Bon, laissez passer les français d’abord.” Moi, je me suis choquée car les français, ils venaient d’arriver alors que nous les étrangers, on a attendu pendant des heures et des heures…
Après 3 heures d’attente, j’ai pris mon rendez-vous en 2 minutes. Mais franchement…
Un rapide article pour vous crier ma joie face au triomphe des frères Coen aux Oscars : meilleurs réalisateurs et meilleur film pour le génial “No Country for Old Men”, dont je vous disais le plus grand bien il y a peu. Ajoutez à cela l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Javier Bardem, absolument ahurissant dans la peau du démoniaque Chigurgh, et l’Oscar du meilleur scénario adapté pour cette histoire de Cormac McCarthy qui leur semblait destinée.
Ces récompenses me touchent énormément puisque je suis un inconditionnel depuis ma plus tendre enfance ou presque, je me rappelle encore l’époque où grâce à une petite annonce j’avais réussi à obtenir une VHS de Miller’s Crossing, encore inédit, à la qualité épouvantable mais qui m’avait subjugué. Ou encore mon tout premier site web, au design d’époque, qui leur était consacré. J’avais été un peu déçu après leurs deux derniers films, “Intolérable Cruauté” et “Ladykillers”, pas foncièrement mauvais mais laissant sur sa faim quand on connait ce que ces deux génies sont capables d’engendrer, du culte parmi les cultes “The Big Lebowski” au génialissime “Fargo”. Et bien me voilà rassuré, leur réveil amorcé dans un épisode de “Paris Je T’aime” a bel et bien sonné, et vivement la suite !
PS chauvin : allez un petit Cocorico pour Marion Cotillard
Comme peut-être un certain nombre des lecteurs de ce blog (j’en connais déjà quelques-uns ayant des difficultés avec le coréen ou le japonais ), je souhaite poursuivre l’apprentissage d’une langue par moi-même (le coréen en l’occurence). Après mon séjour là-bas, j’ai laissé tomber paresseusement la pratique de cette langue avant de m’apercevoir de l’ampleur des dégâts un an plus tard, et j’ai donc décidé de m’y remettre sérieusement.
Mais voilà, il ne suffit pas d’être pétri de bonnes intentions pour réussir : il faut pour cela les bons outils et les bonnes méthodes. Plus précisément dans mon cas, je pense avoir tous les outils nécessaires (une collection impressionnante de bouquins et en plus une prof à domicile !), c’est du côté de l’organisation que le bas blesse.
Je crée donc ce billet pour recueillir vos témoignages, VOUS chers lecteurs, pour savoir comment vous faites, comment vous vous organisez pour progresser, et cela quelle que soit la langue.
Pour lancer le débat, je vous donne déjà mes impressions personnelles sur mes difficultés d’apprentissage. Il m’est déjà très difficile de trouver la motivation en semaine après une journée de travail, je suis donc à la recherche de séquences d’études plutôt courtes pour ces créneaux, mais tout de même utiles. Une formule m’enthousiasme vraiment, celle des podcasts proposés par KoreanClass101, que je peux écouter dans les transports. S’ils me permettent de rester en contact constant avec la langue et d’améliorer ma compréhension orale, je doute de l’apport au niveau lexical/grammatical.
Le weekend, un peu déboussolé par l’ampleur de la tâche, je ne sais pas par où commencer, où et comment noter ce que j’apprends, etc. J’ai par ailleurs décidé de m’inscrire à un test international, le TOPIK (équivalent du TOEIC pour le coréen) en avril prochain. Un moyen intéressant de travailler est d’utiliser les examens des sessions précédentes, qui me permettent notamment de détecter les formes grammaticales et le vocabulaire de base que je ne connais pas. Mais comment organiser ces données, les noter, les apprendre ?
Voila, j’attends vos réactions et espère un échange constructif !
La série de polars coréens continue chez l’éditeur Elephant, un mois après “Les Formidables“. Cette fois-ci, c’est au tour de “Never To Lose” de sortir en DVD zone 2, et cela aujourd’hui-même.
Par simple jalousie, un policier va chercher sur le prétendant de sa copine un paquet d’ecstasy, faisant ainsi gagner des points à son commissariat pour avoir des crédits l’année suivante. Mais cette arrestation anodine permet à l’équipe de remonter à un revendeur, puis à un plus gros poisson, jusqu’à tomber sur la tête du réseau…
“Never To Lose” est un petit polar que je qualifierais de “sympatoche”, souffrant de quelques défauts mais se laissant tout à faire regarder. Commençons par ce qui cloche : le scénario ne sort vraiment pas de l’ordinaire, c’est du déjà-vu et revu (une équipe de flics qui tente de coincer le gros poisson), sans traitement particulier. Plus dérangeant, il se déroule sur un faux rythme sans réelle tension dramatique, aussi bien au niveau de l’enquête que de la vie personnelle du héros : les passages avec sa petite amie sont mal fichus, et complètement expédiés à la fin (dommage, j’aime bien Yun Ji-Hye).
Malgré tout, j’ai tout de même passé un bon moment, avec quelques franches rigolades. L’équipe de policiers composée de personnages assez “pieds nickelés” est à la fois drôle et sympathique. Leur incapacité à mener à bien une enquête criminelle rappelle un peu - dans une moindre mesure - le génial “Memories of Murder”. Deux personnages sortent du lot : d’abord le policier le plus âgé, interprété par Heo Jun-Ho, très bon acteur, le seul qui parvienne à maintenir à faire passer des émotions sincères. Mais aussi le personnage décalé de la gendarmette en quête d’action et de terrain, petit acide aminé qui vitamine l’ensemble du film.
Pour terminer, je souhaitais encourager la démarche d’Elephant, de sortir en France des films différents de ceux qu’on a l’habitude de voir, moins connus et plus inattendus. Forcément, la qualité des films peut être inégale, mais j’apprécie que l’offre en zone 2 ne se limite pas aux quelques réalisateurs coréens bien installés (que j’apprécie !), mais contienne quelques surprises et découvertes. Petit message aux éditeurs : “No mercy for the rude” et “Welcome to Dongmakgol” sont toujours inédits…
Tout le monde connait probablement l’adaptation de Stephen Frears du roman de Pierre Choderlos de Laclos, "Les liaisons dangereuses", avec notamment un immense John Malkovich en Valmont, accompagné de Glenn Close, Michelle Pfeiffer et Uma Thurman. Peut-être connaissez-vous aussi la plus ancienne adaptation (Roger Vadim, 1959), celle de Milos Forman, ou encore la version teen-movie (Cruel Intentions, 1999). Mais qui connait la version coréenne ?
Dans la Corée du 18ème siècle, à la fin de la dynastie Chosun, l’irrésistible Lady Cho (Lee Mi-Suk / Merteuil) demande à son cousin, le libertin Jo-Won (Bae Yong-Jun / Valmont), de déflorer l’innocente Soh-Ok (Lee So-Yeon / Cécile de Volanges), qui doit devenir la concubine de son mari. Mais l’attention de celui-ci est ailleurs : vers la sublime et très prude Lady Sook (Jeon Do-Yeon / Tourvel).
Je dois dire que j’ai été plutôt agréablement surpris par cette adaptation, à la fois fidèle au roman et inattendue par son cadre - la Corée du 18ème. Pour avoir un peu regardé la télé en Corée, je garde un assez mauvais souvenir de la multitude de dramas "en costumes", qui font vraiment peur à voir (je ne me souviens plus de qui parlait des traces de colle visibles sous la fausse moustache, mais c’est tout à fait ça !). Première bonne surprise donc : les décors et costumes sont classiques mais très bien réalisés (et les coiffures extravagantes rivalisent tout à fait avec celles de la cour française !).
Autre bonne surprise : le jeu des acteurs. En effet, il est difficile de tenir la comparaison avec John Malkovich ("It’s beyond my control."). Et avec Bae Yong-Jun, extrêmement populaire au Japon et en Asie, et plus connu pour ses dramas, la tâche s’annonçait ardue. Pourtant, même s’il est loin d’égaler le maître, il s’en sort de manière tout à fait honorable (il a d’ailleurs récolté plusieurs prix du meilleur espoir pour ce rôle, resté sans suite mis à part “April Snow”). Mais c’est surtout du côté des femmes que l’interprétation sort du lot. Lee Mi-Suk est pleine de classe et délicieusement vénéneuse. Quant à Jeon Do-Yeon, même si son personnage est au départ fermé comme une huître, elle sublime le film à mesure qu’elle s’ouvre, pour donner au final une dimension tragique très réussie.
Sans renouveler le récit, "Untold Scandal" est à la manière d’une pièce de théâtre une nouvelle lecture, charmante et très réussie, du chef d’oeuvre de Choderlos de Laclos.
(Ce billet est la traduction d’un article publié dans le Korean Film Observatory N°25 (magazine trimestriel en anglais sur le cinéma coréen), rédigé et publié avec l’aimable accord de la KOFIC (Korean Film Council). Bonne lecture )
Il est probable que la vision de “Beautiful” vous rappelle un nom immédiatement : Kim Ki-Duk. Et oui, votre intuition est bonne. Le film est un fleur épineuse de plus dans le jardin de KKD. Une telle comparaison n’est pas seulement due au fait que le film est basé sur un travail original écrit par KKD. Mais aussi par le fait que le réalisateur débutant Jeon Jae-Hong, qui avait jusqu’alors réalisé un unique court-métrage, “Fish”, a travaillé à la réalisation de “Time” et “Breath” avec Kim Ki-Duk. Il est vrai que Jeon Jae-Hong est un des soi-disant “enfants” de KKD. Tous les deux sont d’ailleurs en train de préparer la production d’un nouveau script de KKD, même si rien de concret n’est encore réalisé. “Beautiful” dresse le portrait d’une série de tragédies entre une femme souffrant de sa beauté naturelle et un homme qui ferait n’importe quoi - jusqu’à commettre un meurtre - pour obtenir ses faveurs.
Eun-Young (Cha Su-Yeon) est une belle femme. Elle est si belle, que même lorsqu’elle s’assoit simplement à la terrasse d’un café, des hommes viennent lui parler ou lui demander de prendre une photo avec elle. Même le copain de son amie la regarde secrètement. Un jour, un homme appelé Sung-Min s’introduit chez Eun-Young pour la violer, proclamant être amoureux d’elle. C’est alors qu’elle commence à maudire sa propre beauté. Elle en vient à la conclusion que pour survivre, elle doit détruire cette partie d’elle-même. (…)
Cela va sans dire, le monde de Kim Ki-Duk n’a rien d’épique ni de réaliste. Tous les personnages apparaissent soudainement de nulle part et agissent sans réserve, comme si leurs actions étaient socialement acceptables. Ce n’est ni le hasard ni la réalité, mais un concept choisi par le film, et une volonté persistante d’explorer ce concept qui sont importants dans le cinéma de Kim Ki-Duk. Et il semble que Jeon Jae-Hong ait respecté cette volonté du réalisateur. Sung-Min, qui prétend aimer sincèrement Eun-Young, n’a pas d’autre alternative que de la violer pour exprimer son amour. (…)
Il parait que vous êtes le fils d’une fille de Kim Heung-Soo, un fameux peintre coréen. Dans le film, il y a aussi une toile d’une photo de Cha Soo-Yeon, peinte par Kim. Vous avez raison. Pour être franc, c’est même lui qui m’a aidé à contacter Kim Ki-Duk pour la première fois.
Pendant le tournage de “Time” et “Breath”, vous apparteniez à l’équipe réalisation de Kim Ki-Duk. A l’origine, j’étais absorbé par la musique vocale. J’ai ensuite étudié le management. A New York, j’ai participé à des court-métrages, en produisant 13 en deux ans. J’ai assisté aux cours de la New York Film Academy, mais n’y ai appris que très peu de choses. Cependant, j’ai eu l’occasion de visionner “Locataires”, de KKD, et suis devenu un de ses admirateurs les plus enthousiastes. Dans l’espoir de le rencontrer, je suis allé à Cannes, où “L’arc” était présent. Il était la seule personne de qui je voulais apprendre. Quand je lui ai montré mon court-métrage, il m’a dit “Votre travail est unique”, ce qui m’a donné un courage énorme. Après avoir beaucoup appris dans son équipe, j’ai décidé de quitter New York et suis revenu en Corée pour commencer une nouvelle carrière. Quand je lui rend visite, je touche en cachette tous les trophées qu’il a reçu dans des festivals internationaux, dans l’espoir de devenir un réalisateur aussi important que lui ! (rires)
“Beautiful” est un film basé sur une histoire de Kim Ki-Duk. Le script original avait la forme d’un synopsis composé de cinq chapitres environ. Après l’avoir lu, j’ai du passer une semaine à penser à ce qu’est la beauté, et à comment elle commence. Les contes de fée de notre enfance semblent illustrer une sorte de beauté sombre, effrayante et grotesque. J’ai réfléchi à ce qu’est réellement la beauté, quelle influence elle peut avoir, ou comment une belle femme peut agir comme si elle avait perdu le pouvoir de se protéger elle-même. J’ai voulu donner au violeur, Sung-Min, la femme blessée, Eun-Young, et le policier, Eun-Cheol, des images respectivement de pureté, de beauté et de mort. J’ai ajouté le rôle d’Eun-Cheol, et légèrement modifié la fin du script.
Pourquoi avez-vous débuté sur un scénario original de Kim Ki-Duk, plutôt que sur votre propre création ? Vous savez, chaque nouveau réalisateur essaye de faire entendre sa voix. Je ne voulais pas faire cela. Le réalisateur n’est pas un scénariste. En réalité, je lui ai demandé de m’apprendre quelque chose. Il m’a dit : “si tu projettes d’étudier quelque chose, je vais te donner quelque chose qui s’en éloigne le plus possible.” C’était ça.
Vous devez avoir beaucoup appris en travaillant avec lui. Si je n’avais pas eu l’opportunité de travailler dans les équipes de réalisation de “Time” et “Souffle’, je n’aurais jamais appris comment réaliser un film. La seule différence entre moi et Kim, c’est que j’ai tendance à répéter beaucoup plus avec les acteurs.
Jung Han-Seok, Cine 21
Voici la première de mes traductions dont je parlais dans un précédent article. Le format vous plait ? Je continue ? En cadeau bonus, le trailer du film :