Conférence sur le cinéma coréen Ecrit par Pierre le 29.04.08
Je vous en parlais déjà il y a une dizaine de jours, les conférences organisées par le Centre Culturel Coréen sont disponibles à l’écoute et en téléchargement sur leur site. Je reviens à la charge aujourd’hui puisqu’a été uploadée depuis une des conférences les plus intéressantes à mon goût, et qui est susceptible d’intéresser pas mal de lecteurs de ce blog : les cinéphiles autant que les coréanophiles (et bien sur ceux qui sont les deux à la fois).
Il s’agit de la conférence d’Adrien Gombaud (dont je vous disais le plus grand bien) intitulée “Le cinéma coréen à l’âge adulte“. Pour les ipodiens, voici le lien direct pour télécharger le MP3.
Voici le “pitch” :
Dix ans et des poussières. C’est à peu près l’âge du “nouveau cinéma coréen”. Dans la seconde moitié des années 1990 ont émergé des noms comme Hong Sang-soo, Kim Ki-duk, Kim Jee-woon, Im Sang-soo…
Une génération de talents qui fit connaître la Corée au monde entier, de festivals en salles et de salles en DVD.
Au début du XXIe siècle même un vétéran comme Im Kwon-taek faisait, aux yeux du monde, figure de jeune cinéaste. Ces réalisateurs disent aujourd’hui adieu à l’enthousiasme de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte. Avec eux, toute une industrie arrive à maturité. Il est temps de ranger sa chambre d’ado, de rouler les posters et de classer les vieux CD. L’occasion de faire le bilan mais aussi de regarder l’avenir et de se demander à quoi ressemblera le « nouveau cinéma coréen ».
D’ailleurs, si certains d’entre vous veulent donner leur avis sur la conférence et prolonger la discussion ici, c’est avec plaisir ![]()

Intéressant tout ça, je l’ai trouvée bien foutue cette conférence.
(forcément, quelqu’un qui illustre la transition du cinéma coréen d’un âge adolescent à un âge adulte avec la rupture Resurrection of the little Matchgirl / My sassy Girl ne peut qu’attirer ma sympathie)
Il y a un truc que je lui reprocherai, mais c’est peut-être un procès d’intention que je lui fais, c’est de considérer le 35mm comme le “grand cinéma” (jusqu’à parler de “premier film” pour un premier projet en 35mm !) et la DV comme une simple antichambre. Mais après tout il est critique à Positif, hein.
Il me semble justement que s’il y a un espoir pour le cinéma coréen de retrouver la vitalité qui était la sienne entre, disons, 1995 et 2001, c’est bien la démocratisation des caméras HD. Je ne sais pas encore trop ce que ça donne (les films, récents, ne sont pas encore forcément sortis en DVD)(j’ai pas la chance de faire le tour des festivals asiat’ moi) mais un certain nombre de films tournés en HD ont attiré mon attention cette année. Nul doute qu’on y trouve des trucs chouettes.
Après, que le cinéma coréen ne retrouve pas sa vitalité économique (que ces réalisateurs ne se retrouvent pas à la tête de projets friqués comme les BJH et autres KJW), c’est même pas un problème (cf le Japon, dont on dit toujours que l’industrie n’est plus ce qu’elle était et tout, mais toujours réservoir à films démentiels, bien plus que la Corée).
Sinon, j’ai bien rigolé avec sa déclaration au sujet de Arirang : “c’est un mythe [...] mais tout le monde sait que c’est génial” (de mémoire). Bonne définition du cinéma coréen ça, légendaire, surestimé, génial puisqu’on vous le dit…
Je ne pense pas qu’il dénigre le DV, mais le considère plus comme un possible vivier, vu comme la facilité avec laquelle des films étaient confiées à des profils parfois improbables est révolue aujourd’hui. D’ailleurs, si je me souviens bien dans son livre, il me semble qu’il disait apprécier beaucoup les films en DV de Song Il-Gon.
J’aime bien la comparaison avec le cinéma français avec la référence à Old Boy “on ne mange pas assez quelque chose de vivant”
Amusant aussi de connaitre l’implication et les motivations initiales des chaebols dans la production des films coréens.
En tout cas, super intéressant, et on sent qu’il pourrait encore parler pendant des heures…
> le considère plus comme un possible vivier
C’est bien ce à quoi je faisais référence quand je parlais de DV comme d’antichambre du cinéma (sous-entendu donc cinéma sur pellicule)(synonyme de cinéma plus richement doté ?). De la même manière que pour certains en musique le label indé ne sert qu’à décrocher un contrat avec une major (idem en BD). Comme en sport on va dénicher les futurs pros en centre de formation. Les réals se doivent donc d’être honorés de se voir accorder un tournage en 35mm et sommés d’oublier leurs enfantillages en numérique.
Or, le cinéma en numérique n’est pas un vivier où piocher des réalisateurs à promouvoir au 35mm, mais un secteur à développer en le finançant. Pour un certain nombre de raisons (y doit en avoir d’autres) :
1/ Une raison de coût pour les petites productions (forcément, quand tu tournes Speedracer en numérique c’est pas pour des raisons d’économies), ce qui réduit la pression commerciale, facilite les productions indépendantes (qui contrairement aux majors ont du mal à encaisser l’inflation des budgets) et tout le toutime.
2/ C’est pas parce qu’un réalisateur a fait des bonnes choses sur un petit budget qu’il sera capable de diriger une grosse production et/ou que son cinéma gagne à se voir doté d’un budget décuplé. Quitte à investir dans un cinéaste auquel on croit (mais est-ce vraiment ce que font les majors ?) autant lui confier un budget et un délai plus confortables pour tourner en DV, plutôt que de le parachuter sur un projet 35mm avec une grande équipe, une logistique lourde, des délais serrés et des impératifs commerciaux qui le brident. Et bosser sur l’exploitation du film, ce qui reste le nerf de la guerre.
3/ Parce que de toute façon le numérique est amené à se généraliser, non seulement au niveau du tournage mais surtout de la projection (en particulier si on souhaite soutenir la diversité de la production)(il est vrai que libéralisé c’est aussi la porte ouverte à tous les débordements). Pas l’année prochaine, mais à moyen terme.
PS : personnellement je ne vois pas l’intérêt pour un réalisateur de passer de la DV à la pellicule (même à haut niveau, quand on voit le rendu de caméra numériques sur des films comme Collateral ou La Ronde de nuit on mesure la qualité de ce genre d’engins), mais c’est probablement un résidu de la traditionnelle promotion du 16mm au 35mm : la DV ayant désormais supplanté l’usage du 16mm sur les productions fauchées certains doivent supposer qu’elle y est réduite.
(euh… oui, je suis un pro-numérique à tous les étages ^^)
Ok je comprends mieux ton point de vue (et le partage plutôt, même si j’ai beaucoup à découvrir au rayon DV)
Tiens, je l’ai entendu ce matin à la radio, il sort un bouquin intitulé “Tabac et cinéma”