Mini-cycle Shin Sang-Ok Ecrit par Pierre le 09.11.08

La rétrospective du cinéma coréen est l’occasion de découvrir plusieurs éléments de la filmographie de certains réalisateurs, en tête desquels Shin Sang-Ok, avec 4 films de sa prolifique période “années 60″. Prolifique puisqu’il y a réalisé 34 films en 10 ans, soit presque la moitié de sa filmographie ! Étaient donc présentés : “Jusqu’au Bout de ma Vie” (1960), “L’Invité de la Chambre d’Hôte et ma Mère” (1961), “Le Riz” (1963) et “Samyong le Muet” (1964).

Jusqu'au Bout de ma Vie

Jusqu’au Bout de ma Vie

Un soldat sud-coréen revient de la guerre gravement handicapé des membres inférieurs. Sa femme va alors se battre pour lui redonner goût à la vie et sortir sa famille de la misère, en dépit des épreuves difficiles qu’ils vont devoir traverser.
Autant le dire de suite, c’est le film que j’ai le moins apprécié parmi les quatre mentionnés ici. L’avalanche de malheurs qui va s’abattre sur cette famille est tout de même très exagérée : ça commence mal, et ça ne s’arrêtera pas jusqu’à la fin, fin qui dispense d’ailleurs un étonnant et vibrant message d’espoir, difficile à avaler après de tels événements. La haute teneur en pathos fait que le film perd en vitalité pour devenir presque plombant par moments. Reste tout de même un beau portrait de femme/épouse/mère-courage exemplaire.

L'Invité de la Chambre d'Hôte et ma Mère

L’Invité de la Chambre d’Hôte et ma Mère

Une veuve accueille dans sa maison un ami de son défunt mari. Tout deux vont peu à peu tomber amoureux, sans toutefois oser se l’avouer, sous le regard espiègle et naïf de la fille de la veuve.
Alors que le film aurait pu devenir lui aussi très plombant, Shin Sang-Ok a eu la bonne idée de nous présenter cette histoire d’amoureux transis par le poids de la morale confucianiste du point de vue d’un enfant. C’est là tout le charme du film : cette petite fille malicieuse et directe apporte un regard frais, drôle et léger, notamment grâce à une voix-off qui se moque des actions des “adultes” en les présentant sous un aspect libéré de toutes ces contraintes. En répétant au “Monsieur” tout ce que sa mère lui interdit de dire, et inversement, elle se fait l’entremetteuse involontaire (du moins en apparence…) de leur amour platonique, pour notre plus grand plaisir.

Le Riz

Le Riz

De retour dans son village natal, où le peuple souffre de la faim, un homme entame la construction d’un tunnel permettant d’irriguer les terres arides. Mais de nombreuses embûches se mettent en travers de leur projet.
Ce film épique m’a rappelé avec plaisir ces westerns sur fond de construction des lignes de chemin de fer, fonctionnant un peu sur le même principe (héros avec un cercle réduit de fidèles, mutineries, problèmes de ravitaillement…), les Indiens en moins (mais avec une chamane pas commode !). Ce côté “film d’aventure” m’a paru assez réussi, aboutissant à une scène grandiose où s’effectue la jonction entre les deux bouts du tunnel, la caméra se déplaçant sans cesse d’un côté à l’autre au rythme des pioches jusqu’à la délivrance.
L’aspect politique est quant à lui beaucoup plus douteux, la résolution de tous les problèmes (notamment la corruption du pouvoir politique) venant finalement du coup d’état des militaires (en réalité, l’arrivée au pouvoir de Park Chung-Hee), vue ici comme une véritable bénédiction.
La description de la misère et des difficultés endurées par les personnages est tout de même efficace puisqu’en sortant de la séance, je me sentais capable de tuer pour un bol de bon riz blanc !

Samyong le Muet

Samyong le Muet

Samyong, un serviteur sourd-muet, tombe amoureux de la femme maltraitée de son maître et la défend au péril de sa vie.
Retour à un film plus “intimiste” avec une nouvelle histoire d’amour impossible très réussie, notamment grâce au personnage drôle et touchant de Samyong. Rôle à priori casse-gueule mais merveilleusement interprété par Kim Jin-Kyu, par ailleurs acteur central des deux premiers films mentionnés ici, impeccable à chaque fois dans des registres très différents (tout comme Choi Eun-Hee, femme du réalisateur et à l’affiche de la quasi-totalité de ses films). Ce film est peut-être le plus “simple” des quatre, mais certainement le plus vivant, le plus remuant, et je dois dire que j’ai été totalement embarqué.

Sur le même sujet, je vous invite à lire l’analyse d’Epikt. A suivre, des articles similaires devraient être consacrés à Lee Doo-Yong et Bae Chang-ho :P

Tags: ,

Un commentaire pour “Mini-cycle Shin Sang-Ok”

  1. Alban |

    Super article :)

    Tu as vu beaucoup de films, c’est cool ^^

Envoyer un commentaire