Mini-cycle Bae Chang-Ho Ecrit par Pierre le 20.11.08
Après Shin Sang-Ok et Lee Doo-Yong, la rétrospective du cinéma coréen m’aura permis notamment de découvrir une petite part de la filmographie de Bae Chang-Ho, réalisateur prolifique dans les années 80, un peu moins récemment même s’il est toujours “en activité”. Trois films étaient présentés : “Bonjour, Dieu”, “Le rêve” et “Les gens du quartier Kobang” (ordre dans lequel je les ai vus). Trois films qui m’ont laissé une impression mitigée mais tout de même très positive.

“Bonjour, Dieu” est un road-movie retraçant les pérégrinations de trois individus marginaux (un handicapé, une femme enceinte et un poète maudit) tentant désespérément de se rendre à Gyeongju sans le moindre sou en poche. Film fort sympathique, drôle et touchant sans en faire trop (mis à part la fin incohérente et trop appuyée), évitant soigneusement le misérabilisme en utilisant beaucoup d’humour. En particulier avec le personnage casse-gueule de l’handicapé, j’ai trouvé qu’Ahn Sung-Ki s’en sortait vraiment bien : on parvient rapidement à se focaliser sur le personnage et non sur la performance de l’acteur. Sa condition donne d’ailleurs lieu à de belles idées de mise en scène, notamment lorsque, fuyant des agents de police dans l’obscurité, les trois protagonistes sont contraints d’adopter le même rythme et la même démarche désincarnée, moment à la fois très drôle et poétique. Les personnages sont très attachants, et je dois dire qu’un film simple et généreux comme celui-ci fait un bien fou.

Volte-face complet avec son film suivant, “Le Rêve” qui m’a lui beaucoup déçu (je m’attendais peut-être à autre chose). Le film narre le destin tragique du moine Josin, ayant abandonné son temple et sa foi pour une femme. Retraçant la vie de ce couple de fortune par étapes sans réelles transitions, “Le Rêve” nous laisse assister, perplexe, à cette lente déchéance. Le mélange des genres et l’absence d’un fil conducteur logique m’a perturbé à tel point que j’ai été pris d’une irrépressible envie de m’endormir (mais j’ai lutté !), et m’a empêché de profiter des qualités du films. Car qualités il y a, notamment sur la fin quand le héros, devenu ermite hirsute, débarque dans un village de lépreuses, donnant lieu à une vision apocalyptique et magnifique sortie d’ailleurs qui fait regretter le manque de cohérence de l’ensemble.

Méfiant, je me suis tout de même rendu à la projection de son tout premier film, “Les gens du quartier Ko-Bang”, qui m’a totalement réconcilié avec son auteur. Ce film nous plonge dès ses premiers instants dans l’ambiance chaleureuse et animée d’un quartier très pauvre de Séoul à l’aube des années 80. On y suit alors un drame familial mettant en scène un ancien pickpocket sortant de prison et tentant de ramener à lui sa femme (qui s’est remariée) et son fils. S’attachant longuement à l’ambiance du quartier, avec beaucoup de tendresse pour les personnages, Bae Chang-Ho est très à l’aise dans les scènes de liesse (on se croirait presque chez Kusturica par moments). Mais ce qui frappe le plus, c’est son sens du cadre et de l’espace, savamment utilisés avec une maitrise et une audace assez étonnante pour un réalisateur débutant. Il bénéficie en plus d’une interprétation formidable, Ahn Sung-Ki en tête (à l’affiche des trois films, dans trois rôles totalement différents qui démontrent tout son talent, même comme ici avec une coiffure digne de Starsky & Hutch), sans oublier Kim Bo-Yeon, magnifique, et Kim Hee-Ra (dont le personnage un peu caricatural, très proche de celui qu’il tenait dans “Le Fils Aîné”, de Lee Doo-Yong, parvient cette fois à gagner en profondeur). Le film est à la fois drôle, touchant et surtout très bien rythmé. Il s’agit vraiment de la plus belle découverte que j’ai pu faire lors de cette rétrospective (il a fallu attendre la dernier film !), et je le conseille chaleureusement à tous !
L’écoutez pas, Le Rêve c’est très bien ! Le meilleur des trois si vous voulez mon avis (que vous aurez sur mon blog dans quels jours).
Quoiqu’il en soit Bae Chang-Ho est une bonne découverte.
Un petit aparté sur le cinéma coréen : La Kofic vient de publié le livre
“Korean Film Database Book from 1995 to 2008″
Voir la news ici : http://soju22.net/ipb/index.php?showtopic=1498