Rétrospective du cinéma coréen – thèmes et bilan Ecrit par Pierre le 28.11.08
Pour mon dernier article sur cette fameuse rétrospective du cinéma coréen, aujourd’hui belle et bien close (promis, après j’arrête
), je souhaitais parler des thèmes évoqués dans tout ces films. Il est assez frappant de remarquer à quel point certains aspects sont récurrents d’une oeuvre à l’autre, ceci quelle que soit l’époque.

Premier et principal sujet abordé sous toutes ses coutures : le confucianisme et sa morale implacable. Nombre de films en montrent les pires côtés : l’importance d’avoir un fils par exemple, conduit les familles dans ses travers les plus sordides. Faisant appel tantôt à une “Mère Porteuse”, où une jeune fille est achetée pour servir de couveuse puis rejetée aussitôt sa besogne accomplie, tantôt à un père porteur (“Le Rouet”), les femmes subissent mille tortures censées favoriser l’arrivée d’un rejeton du sexe masculin. Une fois ce fils obtenu, il rendra hystérique toute sa famille, terrifiée à l’idée de le perdre (“La Saison des Pluies”), ou bien outrée qu’il ne leur accorde pas l’attention attendue (“Le Fils Aîné”).
Le confucianisme évoque aussi une position de la femme irréprochable, totalement dévouée à son mari, même après la mort : si dans “L’Invité de la Chambre d’Hote et ma Mère”, celle-ci s’efforce de ne pas succomber à l’amour pour rester fidèle à son défunt mari (ou handicapé dans “Le Riz”), c’est carrément l’âme d’un homme déjà mort que doit épouser une jeune fille dans “Le Rouet” ! Soumise à la torture par un gouverneur autoritaire, la fidèle “Chunhyang” résistera elle jusqu’au bout. Exception tout de même dans “Le Mûrier”, où une villageoise décomplexée fait fi de toutes les convenances pour se jouer des hommes (dont la perversité semble aussi être une récurrence !).

Du côté des films plus récents, l’Amour (impossible, si possible) fait toujours recette. Point commun assez amusant entre les films que j’ai pu visionner (et peut-être un peu tiré par les cheveux), la dualité réel/imaginaire. Dans “Art Museum By The Zoo”, deux jeunes âmes isolées mettent en scène leur propre histoire d’amour, l’imaginaire devenant un moyen d’expression. Dans “La Vierge mise à nu par ses Prétendants”, Hong Sang-Soo s’amuse lui à imaginer la même histoire sous deux angles différents (peut-être par hasard, peut-être par volonté). L’imaginaire sert à l’expression mais aussi à l’évasion, véritable refuge dans le magnifique “Locataires”, qui se clôt d’ailleurs sur cette maxime “It’s hard to tell that the world we live in is either a reality or a dream.“. Refuge trop confortable pour les personnages de “Contact”, incapables de franchir la fameuse barrière entre fantasme et réalité. Enfin, dans “Le Rêve”, l’imaginaire est là pour ramener à la raison un moine tourmenté par l’amour.

Autre thème récurrent, le contraste entre le monde extérieur, en perpétuelle mutation, et des personnages incapables de s’adapter. Lorsqu’un prisonnier est remis en liberté dans “Le Chemin qui mène à Chungsong”, il se retrouve livré à lui-même dans un monde qu’il ne reconnait plus, où il ne trouve plus sa place, à tel point qu’il s’empressera de retourner en prison. Dans “Le Fils Aîné”, ce sont les plus âgés qui découvrent avec horreur la violence de la ville, où les cercueils sont balancés du haut des immeubles suspendus à des câbles. Mutation au sein de la société et de la cellule familiale, lorsque ce fils doit choisir entre l’individualisme de la société contemporaine et le respect des anciens, ou quand un père se prend la réalité en pleine face en découvrant que sa fille se prostitue (“Samaria”). De manière plus optimiste dans “Bonjour, Dieu”, trois personnages en marge de la société finissent par s’en sortir en s’unissant.

Dernier point commun : Ahn Sung-Ki ! L’acteur était en effet présent à l’affiche de pas moins de 9 films de la rétrospective allant de 1982 à 2002. Tour à tour eunuque du palais royal ou moine bouddhiste, pickpocket repenti ou gardien de zoo, ouvrier ou handicapé, il a traversé les époques en proposant à chaque fois des visages très différents. Ce fut une excellente occasion d’aller au delà de sa filmographie récente (très moyenne), et de découvrir cet acteur infatigable indissociable du cinéma coréen, qui a commencé sa carrière à l’âge de 8 ans et n’a pas hésité à travailler pour des réalisateurs débutants ou novateurs (Park Kwang-Soo, Bae Chang-Ho, Jang Sun-Woo…).
Et vous (enfin les chanceux que j’ai pu voir là-bas), quelles images retiendrez-vous de cette rétrospective ?
Bravo pour cet article, traité d’une manière très originale.
Cette rétrospective était une très bonne initiative. Moi je retiendrais surtout les superbes rencontres débat avec Choi Min-Sik et Im Sang-Soo
Excellent cet article croisant les différents films !
(ça me rappelle qu’il me reste deux articles sur cette rétro à mettre en ligne)