Compte-Rendu du FFCF 2008 – Jour 3 Ecrit par Pierre le 26.12.08
Dernier épisode du compte-rendu du Festival Franco-Coréen du Film avec une journée entièrement consacrée à la réalisatrice Lim Soon-Rye. L’ensemble de sa filmographie y était présentée : un court-métrage, un documentaire et deux longs aux parcours très différents (le premier est un petit film indépendant salué par la critique, le second une grosse production qui a cartonné l’hiver dernier au box-office coréen).

Waikiki Brothers (2001)
Ce premier long-métrage de Lim Soon-Rye suit les traces d’un groupe de musiciens sur le déclin, obligés de se produire dans des petites villes de province. Leurs rêves de jeunesse sont bel et bien envolés, et chacun se questionne sur la suite à donner à l’aventure. J’ai trouvé ce portrait de loosers attachants assez réussi, alternant scènes pleiness d’humour (notamment lors de leurs prestations dans des lieux et ambiances pas possibles) et moments plus difficiles. Il jette également un regard désabusé sur la société d’aujourd’hui, où la place des artistes en est réduite à son plus strict minimum (le héros finit par jouer de la guitare nu pour un groupe de PDG en pleine orgie) et où l’individualisme est la seule issue. Joli coup également de Lim Soon-Rye qui a su dénicher d’excellents acteurs dont quelques-uns sont devenus de vraies stars à présent (Lee Eol et Park Hae-Il jouaient dans leur premier film, Hwang Jeong-Min son second). Le film traine et devient un peu dépressif sur la fin mais reste tout de même bien sympathique
Keeping the Vision Alive (2002)
Ce documentaire engagé porte sur un sujet peu commun : les femmes dans l’industrie du cinéma coréen. En effet, celles-ci sont plutôt rares notamment à la réalisation, et la réalisatrice (qui a du elle-même éprouver des difficultés à produire ses films) s’interroge sur les raisons d’une telle situation. De manière assez intéressante, elle remonte jusqu’à la première femme réalisatrice, Pak Nam-Ok (“The Widow”, 1955), qui raconte les conditions épouvantables dans lesquelles elle a du réaliser son film (avec son enfant sur le dos !). Le tout est entrecoupé de scènes de films réalisés par des femmes (“The Affair”, “Art Museum By The Zoo” ou encore “Take Care of my Cat”, dans des extraits particulièrement bien choisis) ou mettant en scène des actrices passées à la réalisation (notamment Choi Eun-Hee, la muse de Shin Sang-Ok). On sent vraiment à travers le film la révolte de la réalisatrice envers ce machisme et ce manque de confiance accordé aux femmes.

The ‘Weight’ of Her (2003)
Il s’agit là d’un court-métrage extrait du film omnibus “If You Were Me” (qui en est aujourd’hui à sa 4ème édition). Il met en scène une jeune lycéenne complexée par ses formes trop rondes et ses yeux trop bridés à l’heure où toutes les filles subissent des opérations chirurgicales. En misant sur l’exagération et l’humour, le film dénonce le culte de l’image dans la société coréenne, où l’on apprend aux filles que leur apparence est la chose la plus importante si elles souhaitent trouver un travail. Une fois de plus, on sent que la réalisatrice est révoltée contre cette attitude et ne fait pas dans la finesse, mais le résultat est tout de même très amusant

Forever the Moment (2007)
J’avais déjà vu et chroniqué le film (voir la critique) en mai dernier. J’ai ressenti les choses un peu différemment cette fois-ci, ayant vécu les Jeux Olympiques depuis la Corée cet été (et suivi entre autres les matchs de l’équipe féminine de handball !) : attisé par ces excellents souvenirs, le côté très patriotique/larmoyant du film a fonctionné à merveille (alors qu’il peut gêner quelqu’un de moins biaisé !).
Si je devais retenir 3 films du festival, je garderais “Magician(s)”, “Milky Way Liberation Front” et “Dodari”, les trois meilleures surprises que j’ai pu avoir. Et vous (enfin les chanceux/motivés qui ont pu y assister), quels ont été vos coups de coeur ?
Et en attendant que je revienne de quelques jours de vacances : Joyeux Noël et Bonne Année à tous !
“Milky Way Liberation Front”, magnifique
Mes coups de coeur du festival? Sans aucun doute “Forever the Moment” avec des actrices géniales et un côté larmoyant que j’affectionne particulièrement dans le cinéma coréen (il faut dire qu’ils sont costauds dans le domaine), “The Magicians” pour son défi visuel permanent et ses personnages “moyens” très attachants. Enfin “Milkyway Liberation Front” pour sa bonne humeur et son humour efficace. “Dodari” était pas mal dans le genre non plus, pas marquant mais du travail bien fait dans la peinture d’une société coréenne qui ne laisse pas trop de choix aux losers qui décident -pourtant- de se prendre en main.
Merci de tous choisir 2 des films que j’ai sélectionnés :p
@Gilles: rah, quel talent !
Keeping the Vision alive ça se trouve quelque part en DVD ?
(moué, je pose la question avant de chercher, c’est pas bien)
@Epikt: je crois pas (c’est à cause de Bae Doo-Na ?
)
Oh, tu sais, c’est à cause de Bae Doo-Na que le monde existe, donc forcément c’est toujours un peu à cause d’elle !
(mais en fait non, j’y avais pas spécialement pensé, c’est juste que le sujet m’intéresse)
Tu ne m’en voudras pas d’utiliser ton blog pour bookmarker des liens intéressants, hein ?
En plus je fais en sorte de coller avec le sujet : BCC vient de mettre en ligne les vidéos d’une séance de question/réponses avec Yim Soon-Rye au festival de Jeonju. En particulier les deuxième et troisième vidéos qui parlent des femmes réalisatrices.
C’est de la live-translation du coréen vers l’anglais et la qualité est pas top, mais c’est déjà ça : http://chrisbourne.blogspot.com/2009/05/yim-soon-rye-keeping-vision-alive-q-at.html
(dans les grandes longueurs, elle n’est pas si pessimiste que ça quand à la possibilité pour une femme de faire un film en Corée, mais insiste sur le fait que la production reste aux mains d’hommes)
@Epikt: interesting!