Bad Movie – de Jang Seon-Woo (1997) Ecrit par Pierre le 09.05.09

Pas facile à suivre, ce “Bad Movie” ! Dès les premiers instants, le réalisateur clame haut et fort que son film sera un “mauvais film” et affiche en gros caractères qu’il est fait sans vrais acteurs, sans scénario, sans travail sur l’image ou la musique… Jang Seon-Woo nous explique qu’il cherche à utiliser la forme la plus simple pour décrire la vie ces personnages qui l’est tout autant.
S’ensuit alors à une plongée glauquissime et ultra-réaliste dans les bas-fonds de Séoul, autour d’une bande d’adolescents paumés et des quelques clochards. Passages à tabac, raids à moto, prostitution, viol, c’est un portrait sans concessions qui nous est adressé. On assiste avec un contraste assez frappant à la déshumanisation de ces jeunes (la scène la plus notoire est celle où la bande commet un cambriolage, le film se transformant soudainement et de manière assez délirante en jeu vidéo, manière parfaite pour illustrer leur déconnexion totale de la réalité) et les relations se nouant entre les clochards (souvent teintées d’émotion : un homme nous raconte son passé, deux autres s’échangent une paire de chaussettes…).

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Cependant, le film met mal à l’aise sur plusieurs points. Tout d’abord il souffre de son parti pris à double tranchant : l’absence de moyens techniques et surtout de scénario entraine un manque de rythme, et le film nous perd à plusieurs reprises (et deux heures dans ces conditions, c’est long). Cet aspect expérimental empêche toute envolée lyrique et toute esthétisation, ce qui est tout à fait cohérent avec le propos mais rend le film parfois assez difficile à digérer (au contraire d’un “Tears” par exemple) et peine à lui faire dépasser le stade de “film-concept”.
Autre point, le choix délibéré de montrer l’équipe de tournage tout au long du film (interview des acteurs, extraits du casting ou même carrément présence de la caméra dans le cadre) nous change de notre rôle de spectateur pour nous donner un rôle de membre à part entière, de complice involontaire. Et puis l’on remarque peu à peu que certains des clochards sont des vrais acteurs (il y a même Song Kang-Ho, peu connu à l’époque !), et l’on se met à se demander ce qui est vrai et ce qui est faux dans ce film, ou même tout simplement si la totalité n’est pas qu’une vaste mise en scène.

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Bref, il s’agit là d’un film à la fois intéressant, dérangeant et particulièrement culotté, qui je pense a du influencer pas mal de réalisateurs (je parlais de “Tears“, mais on retrouve dans “Flower Island” exactement la même adolescente aux cheveux teints, à se demander si Song Il-Gon n’a pas repris volontairement le personnage !).

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5 commentaires pour “Bad Movie – de Jang Seon-Woo (1997)”

  1. Epikt |

    Pas d’accord au sujet de l’esthétisation que tu dis bloquée par le caractère expérimental du film. Au contraire, je trouve ce film très esthétisant ! Et très joli d’ailleurs.
    (après faut voir ce qu’on entend par “esthétisant” : c’est pas M quoi)

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  2. Pierre |

    @Epikt: faudra me dire ce que tu trouves esthétisant là-dedans alors :) La plupart du temps, la caméra est toute tremblotante sur une image dégueulasse (et l’utilisation de l’accéléré n’aide pas), j’ai trouvé ça visuellement assez éprouvant.

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  3. Epikt |

    C’est pas incompatible ^^

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  4. Pierre |

    @Epikt: certes, mais j’attends quand même tes exemples alors :P

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  5. Epikt |

    Les nombreux passages musicaux par exemple peuvent facilement être considérés comme esthétisant sans même pousser le mot dans ses retranchements. Ou ceux en animation. Ou les nombreuses incrustations de texte.
    D’une manière générale le film recherche à chaque instant la création d’une esthétique – une sorte d’esthétique de la marginalité, zigzagant entre gimmicks clipesques, imagerie “punk” (*) et froideur documentaire.

    (*) à ce sujet, bien que ça soit pas strictement punk (d’où les guillemets), une des influences majeures de Bad Movie est à chercher du coté de God Speed You! Black Emperor de Mitsuo Yanagimachi (1970, un docu sur une bande de bikers).

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