Gogo 70 – de Choi Ho (2008) Ecrit par Pierre le 13.05.09

Sorti l’année dernière, “Gogo 70″ part d’un sujet assez intéressant : l’ascension d’un groupe de rock, Devils, dans la Corée des années 70, en pleine période de répression et de mesures gouvernementales “anti-décadence”.

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Commençons par le plus réussi : les scènes musicales, qui occupent une bonne partie du film. Portées par un enthousiasme débordant, elles sont souvent très drôles (surtout au début où l’on assiste tour à tour à une chorégraphie totalement délirante, les membres du groupe étant affublés de costumes de squelettes, puis à l’enregistrement d’une partie B d’un chanteur de variété classique), et cette bonne humeur un peu folle est très communicative. Le réalisateur a eu la bonne idée de prendre des vrais musiciens pour former le groupe (seul Jo Seung-Woo au chant est un “vrai” acteur, mais il a derrière lui plusieurs années de théâtre et de comédies musicales, et s’avère assez épatant), ce qui permet de donner à ces scènes un côté spontané bienvenu en évitant de les surdécouper. Ca ressemble plus à un concert-live qu’à un film, mais au moins on y croit. Et j’avoue que voir Shin Mina (capitaine des “Wild Girls”) se trémousser avec autant d’entrain est loin d’être désagréable.

En dehors de ces scènes, le constat est plus morose. On y retrouve de manière très classique et sans originalité particulière tous les passages obligés de ce genre du film : difficultés des débuts, succès populaire puis phase de doute, disputes ou encore disparition d’un des membres du groupe… Le seul point intéressant est le contexte historique de répression, évoqué au moyen d’images d’archives des journaux télévisés de l’époque (et notamment aux massives coupes obligatoires de cheveux longs car “pourquoi donc les hommes voudraient-ils ressembler à des femmes ?”). Le problème, c’est que ce ton réaliste n’est absolument pas suivi par le reste du film : lorsqu’ils sont “enfin” dérangés par les forces de l’ordre, nos musiciens s’en sortent avec quelques coups de bâton sur les fesses, et lors de la scène finale où leur salle de concert est assiégée par les policiers, c’est à peine si ceux-ci ne viennent pas danser avec le public ! Au vu des images d’archives et quand on connait la violence des répressions à l’époque, cela semble assez contradictoire.

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Il est intéressant de comparer “Gogo 70″ avec un autre film coréen retraçant le parcours d’un groupe de rock : “Waikiki Brothers”. Alors que le premier est très (voire trop) joyeux et premier degré, le second est totalement dépressif. C’est amusant car les musiciens de “Waikiki Brothers” constituent en quelque sorte les “enfants” des Devils, ayant grandi à la même époque et rêvant tous d’une grande carrière dans la musique (une période représentée par un long flashback au milieu du film, qui permet au spectateur d’éviter de se tirer une balle avant la fin). Désabusés, ils finiront par entonner “Para bailar la bamba” vêtus des tenues kitsch violettes dans des kermesses de province, ou par jouer nu pour des PDG dans des salles de karaoke. Humour noir décapant pour un triste retour à la réalité.

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