[Quinzaine des Réalisateurs] Like You Know It All – de Hong Sang-Soo (2009) Ecrit par Pierre le 09.06.09

Suite de la reprise cannoise avec le dernier film de Hong Sang-Soo, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs : “Like you know it all” (aka “You don’t even know” aka “Si tu savais tout”). Je suis allé voir ce film un peu à reculons, un peu fatigué face à un réalisateur peinant cruellement à se renouveler film après film (qu’il enchaine pourtant à bon rythme). Enthousiasmé par les premiers films que j’ai pu voir (“La femme est l’avenir de l’homme” et dans une moindre mesure “La vierge mise à nu par ses prétendants”), la vision de chacun de ses autres films ne fut que déception, et surtout l’impression de voir et revoir le même film, en moins inspiré. Mais un masochisme certain ainsi que la perspective d’un synopsis semblant mêler à l’extrême tous les éléments “incontournables” de son cinéma (de l’alcool, du sexe et des artistes loosers) m’ont tout de même motivé.

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Voyez plutôt : Ni riche, ni célèbre, Ku Kyung-nam a la réputation d’être un réalisateur de films d’auteur. Alors qu’il est membre du jury d’un festival d’une petite ville, il tombe nez à nez avec un de ses vieux amis, Bu. Après quelques verres, Ku est entraîné chez Bu où il fait la connaissance de sa femme qui prétend connaître tous ses films. Le lendemain matin, après une nuit de beuveries, Ku retourne à son hotel où l’attend un message de Bu lui demandant de « ne plus jamais l’approcher ». Mais il n’a aucun souvenir des événements de la nuit…

Ku et Bu… même les noms des personnages respirent le cinéma de Hong Sang-Soo ! Hé bien celui-ci est un sacré animal, car en se nourrissant de tous les clichés et critiques à son encontre, il a réussi à donner une saveur toute particulière à ce film et à me le faire apprécier. A travers le personnage du réalisateur Ku, qui n’est autre que lui-même, Hong Sang-Soo s’amuse à épingler toute la profession dans un festival d’autodérision hilarant : des festivaliers aux critiques de cinéma en passant par les actrices et surtout, lui-même. Le personnage est ainsi constamment mis à mal. On lui fait bien remarquer que d’une part, personne ne va voir ses films, et que d’autre, personne ne les comprend. On lui reproche également d’être un pervers, au vu du contenu de ses films souvent centrés sur le sexe. De sexe il sera bel et bien question dans ce film, mais il restera toujours hors champ, en ellipse, en son ou en rêve. Il est assez étonnant de voir comment, tout en parlant des mêmes thèmes que ses précédents films, avec encore une fois une structure narrative en deux parties bien distinctes, Hong Sang-Soo semble s’en détacher pour mieux se moquer de lui-même.

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Sur la forme, le réalisateur ne se renie pas, au contraire. Comme si l’idée de montage ou de faire bouger sa caméra lui exécrait, le réalisateur s’obstine à garder son point de vue unique lors de chaque scène. Pour cela, il use et abuse des deux seuls effets qu’il semble s’autoriser : rotation de la caméra autour d’un axe vertical, notamment pour cadrer l’un ou l’autre personnage lors des dialogues, et zooms continuels (voire intempestifs) pour recentrer l’attention sur un personnage ou un détail du cadre, le tout bien sûr sans la moindre coupe. Si l’idée de tourner de longs plan-séquences peut donner de belles choses, surtout lorsque les comédiens sont excellents, cet usage de la caméra tout sauf subtil (oh! une chenille, zoomons dessus !) a tendance à franchement agacer tout au long du film, et c’est bien dommage.

J’ai trouvé les acteurs très bons, et mis à part les “habitués” du cinéaste, ce sont surtout quelques seconds rôles qui ont retenu mon attention. D’abord lorsque Ku rend visite à son ami de jeunesse, qui lui présente sa femme. Ceci donne lieu à une longue séquence décalée et géniale, où l’actrice Jeong Yumi (déjà vue dans “Family Ties”) livre une prestation complètement allumée. On retrouve également dans un petit rôle hilarant Ha Jeong-Woo (“The Chaser“, “My Dear Enemy“) en voisin méticuleux capable d’être ému aux larmes… une nouvelle facette de cet acteur décidément épatant.

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Le personnage de Ku déclare à un moment son profond désir de faire des films qui seraient vu par beaucoup de spectateurs. Signe d’un changement à venir ? En tout cas, pour sa fantaisie et sa dérision, ce film fait partie pour moi du haut du panier dans la filmographie de Hong Sang-Soo.

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Un commentaire pour “[Quinzaine des Réalisateurs] Like You Know It All – de Hong Sang-Soo (2009)”

  1. tellos |

    J’aime beaucoup Ha Jeong-Woo, dans Time il est génial, je vais essayé de voir ce film :D merci pour la critique..

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