Gemini – de Shinya Tsukamoto (1999) Ecrit par Pierre le 14.07.09
Je poursuis mon exploration émerveillée de la filmographie de Shinya Tsukamoto. Après la double-claque “Tetsuo”, c’est carrément un poing, un gros poing en plein figure, que je me suis pris à la vision de “Tokyo Fist”, un film monumental et déchainé qu’il me faudra d’abord revoir au moins une fois pour pleinement le digérer et peut-être en parler ici. Puis j’ai enchainé avec “Bullet Ballet”, qui même si je l’ai trouvé un peu trop fouillis par instants, reste quand même du très haut de gamme, avec notamment toute une dernière partie (et une fin !) époustouflante.

Suite logique, j’ai donc regardé “Gemini”, film qui me faisait un peu peur à la base puisqu’il semblait s’éloigner de l’univers moderne et endiablé des précédents films de Tsukamoto, avec cette adaptation d’un roman situé dans le Japon du début du siècle dernier. Pourtant, dès le tout premier plan du film, on se sent rassuré : des rats et des asticots dévorant une carcasse sur une musique assourdissante : une vraie vision de l’enfer ! Le film débute tout de même de manière assez classique en nous introduisant au sein du famille japonaise dans laquelle, on le devine bien vite, quelque chose de trouble est en train de se passer. Ce classicisme apparent va vite se décanter à l’apparition, telle une bête sauvage, du frère jumeau du personnage central. Dans l’univers bleuté et ouaté de cette résidence de médecins, son apparence détonne. On le verra plus tard dans son élément naturel, les bas-fonds de la cité, un univers incroyable et coloré où les mendiants ont des allures de punks bigarrés. Et lorsqu’un membre de la haute-société entre en contact avec ce monde, c’est vêtu d’une combinaison de décontamination post-apocalyptique ! On est bien chez Tsukamoto.
La symbolique des couleurs est une fois de plus importante dans ce film, associée à une photographie particulièrement soignée qui rend certains plans sublimes (et cette musique !). A mesure que l’on découvre le passé et les enjeux qui régissent les personnages, on assiste à un jeu passionnant sur la dualité de l’individu. Jusqu’où le jumeau rejeté va-t-il pousser la schizophrénie pour se venger de son frère ? Que va ressentir la femme qu’ils aiment tous les deux ? Le travail de l’acteur Masahiro Motoki est particulièrement intéressant dans la mesure où il parvient à rendre parfaitement dissociables ces deux jumeaux qui vont pourtant prendre tour à tour l’apparence de l’autre.

Tout cela m’amène à me poser une question : quand vais-je “moins” apprécier un film de Tsukamoto ? Loin de me plaindre, il ne me reste qu’à continuer !
Mots-clefs : cinéma, japon
le film qui me pose le plus de problème dans ce que j’ai vu de ce monsieur perso … je me souviens que l’ambiance ne m’avait pas plus parfois (quand les couleurs sont chaudes d’ailleurs …)
yop
@Slimdods: tiens c’est marrant, moi c’est une partie que j’ai vraiment adoré, notamment le début : explosion de couleurs, caméra fougueuse, décors, musique… En quelques secondes à peine c’est tout un univers qui est jeté, et qui par son contraste avec le monde bleu et froid du docteur arrive vraiment à nous faire ressentir quelque chose. Ca m’a limite donné envie d’en voir plus (“Gemini 2 : la jeunesse de Sutekichi chez les truands”) !
Gemini c’est un peu le film du constraste graphique chez Tsukamoto. Tout comme Vital est un peu celui du contraste rythmique. J’avoue ne pas avoir vraiment aimé Gemini a la premiere vision. Je l’avais enchainé à la suite de Bullet Ballet et Tokyo Fist, qui sont et resteront je pense mes Tsuka préférés, et je n’y ai pas trouvé ce que je pensais. Les scéances suivantes, dont le seconde que je me suis imposé de force, ont réévaluées crescendo ce film. Gemini est certes une commande, mais le tour de force de Tsukamoto est réel.
C’est une bonne chose que tu te fasses la filmo dans l’ordre chrono. Et je suis impatient de voir ce que tu penses de Vital (j’oublie volontairement Snake of June) mais surtout Haze (voire meme son court pour l’anthologieu Female). Et tant que tu y es, Bullet Ballet et Tokyo Fist, tu n’aurais pas envie de t’édendre un peu plus dessus ?
Mince, je l’avais complétement oublié son segment de ‘Female’, il est bien pourtant (et on y reprend Pink Lady, j’aime bien les films avec des vieux tubes kitch)
@Guillaume: J’ai du résister pour ne pas “sauter” directement à Haze (faut arrêter de m’en dire du bien ^^), mais je ne regrette pas, surtout qu’effectivement il est intéressant de suivre ses films dans l’ordre, chacun d’eux ayant souvent beaucoup de points communs avec le précédent. Donc je compte bien continuer (je ferai peut-être une entorse pour “Nightmare Detective” vu que c’est le seul que Hyewon est susceptible de regarder, quoique Gemini était assez grand public finalement).
Pour parler de “Tokyo Fist”, comme je le disais en début d’article, il faudrait vraiment que je le revoie. L’expérience sensorielle a été extrêmement puissante mais j’ai du mal à mettre des mots sur ces émotions, et j’ai l’impression de ne pas encore en avoir fait le tour et saisi toute la profondeur. Pour “Bullet Ballet” les raisons sont plus terre-à-terre, j’ai pris du retard et j’ai du mal à écrire sur un film trop longtemps après l’avoir vu ! Mais je reviendrais peut-être dessus plus tard