Vital – de Shinya Tsukamoto (2004) Ecrit par Pierre le 09.08.09

Toujours plongé dans la filmographie de Tsukamoto (et zut, j’arrive bientôt à la fin !), je vais cette fois évoquer “Vital”. Non pas que les autres m’aient déplu (bien au contraire, “Snake of June” est très bon, et que dire de “Haze” qui est tellement énorme qu’il est capable de fonctionner même sans l’image), mais j’ai été plutôt surpris de l’abondance d’avis négatifs publiés ça et là sur ce film. Du coup, je veux prêcher la bonne parole : non, “Vital” n’est pas un gros râtage de Tsukamoto ni un film sur la nécrophilie !

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“Vital” débute sur un retour à la vie. Celui de Tagaki, qui sort du coma après un grave accident de voiture, auquel sa petite amie n’a pas survécu. Amnésique, il reprend ses études de médecine dans l’espoir de comprendre le mal qui le ronge. Pendant son cours de dissection, il découvre que le corps sur lequel il travaille n’est autre que celui de son amie disparue.

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On retrouve dans ce film les contrastes visuels chers à Tsukamoto. Sombre et noir, repaire de cafards sans intérêt, c’est ainsi que Tagaki perçoit le monde dans lequel il se trouve à son réveil. Tout le contraire des souvenirs de son amour disparu qui lui reviennent par bribes, souvenirs auxquels il tente désespérément d’accéder et de s’accrocher et qui se situent dans une nature riche et luxuriante. Entre les deux, la salle de dissection, jaunâtre comme les corps qu’elle héberge, sert de purgatoire, le corps inanimé de Ryoko établissant un dernier lien avec ce passé oublié que Tagaki refuse d’abandonner. Le tout s’accorde comme un ensemble parfaitement cohérent, et ce n’est qu’en faisant disparaitre ces trois mondes à la fois que Tagaki parvient à revenir à une vie “normale”.

Contrastes également au travers du personnage de Tagaki. Complétement solitaire et mutique vu de l’extérieur, il est interprété avec un talent fou par Asano Tadanobu qui n’est jamais “fade” malgré l’attitude du personnage, mais au contraire par son regard et sa présence dégage vraiment quelque chose de puissant. Intérieurement c’est l’inverse, cette obsession qui le ronge se caractérise par des séquences plus proches du “style Tsukamoto” habituel (sa douleur est par exemple illustrée par un nuage de fumée se dégageant laborieusement d’une usine dans un vacarme assourdissant). Obsession qu’il n’arrive à exprimer qu’en disséquant, triturant, explorant du regard ou au toucher, dessinant encore et encore chaque parcelle du corps de sa bien-aimée dans l’espoir d’en tirer un souvenir.

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Une fois la dissection intégralement terminée, Tagaki tente bien une dernière fois de substituer son existence actuelle avec celle de ses souvenirs, mais c’est un dernier adieu qu’il obtiendra. Résigné mais aussi apaisé, il peut laisser le corps de Ryoko reposer en paix et commencer à regarder devant lui. Comme il avait commencé, “Vital” se clôt sur un retour à la vie.

“Vital” est avant tout un film sur le deuil, un sujet éprouvé, et souvent de manière assez austère, mais que Tsukamoto traite sous un angle bien à lui pour parvenir à le rendre d’autant plus touchant. Plus calme et posé que lors de ses précédents films, mais toujours aussi virtuose (la danse sur la plage !), Tsukamoto réalise sans doute ici son film le plus beau.

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