Interview – de Byeon Hyeok (2000) Ecrit par Pierre le 13.08.09

J’étais assez intrigué par ce film au vu de sa jolie affiche mais surtout de sa soi-disant appartenance au label “Dogme 95″ initié par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg. Malheureusement la désillusion fut rude : s’il utilise en apparence des procédés différents du cinéma mainstream conventionnel, “Interview” n’est bel et bien qu’un bon gros mélo qui tâche, et mauvais en plus.

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Passons très vite sur ce label “Dogme” : il faut bien admettre que c’est totalement n’importe quoi. Sur les 10 contraintes censées être appliquées dans les films du Dogme, pas moins de 7 sont allègrement violées dans “Interview”, les 3 restantes étant assez négligeables et suivies involontairement par grand nombre de films. Alors je sais que même Lars Von Trier ne les respectait pas toutes, mais ici ça sent clairement le petit coup marketing une fois le film tourné.
Au delà de cette petite imposture qui n’empêcherait bien sûr pas le film d’être bon, qu’en est-il ? “Interview” démarre un peu comme “24 City” de Jia Zhang-Ke, sauf qu’ici les personnes interrogées n’ont pas grand chose à dire et évoquent des souvenirs de leur vie amoureuse, comme leur premier baiser. A côté de cela, on suit la petite équipe qui réalise ces interviews, et notamment le réalisateur (Lee Seong-Jae), qui se révèle très intéressé par une jeune femme (Shim Eun-Ha) faisant partie des personnes interviewées. A l’image du personnage principal soupirant en visionnant les rushes de son film, ce n’est pas transcendant et l’ennui pointe très vite le bout de son nez.

Au milieu du film, un interlude étonnant se déroulant à… Paris nous apporte l’explication de l’intérêt du personnage principal pour cette personne. Alors je crois qu’il faut vraiment que les réalisateurs coréens arrêtent de venir tourner en France, parce que c’est une catastrophe ! Tout comme Kim Ki-Duk et son “Wild Animals”, les acteurs coréens se retrouvent à prononcer des phrases complexes grammaticalement parfaites avec un accent purement incompréhensible. Pour rendre le tout un minimum crédible, ceux-ci pourraient prononcer des phrases simples, avec quelques fautes pourquoi pas. Mais non, ces personnages-là parlent une bouillie inintelligible, mais maitrisent parfaitement le subjonctif ! Cela pourrait être un détail gênant uniquement pour les spectateurs francophones, mais cette séquence s’accompagne aussi d’une abondance de clichés (l’appartement parisien !) et d’acteurs français horriblement dirigés (ou mauvais, je ne sais pas) dont chacune des phrases sonne faux. Je me fais du souci à propos du prochain Im Sang-Soo qui mettra en scène une coréenne habitant en France…

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La dernière partie redéroule les évènements de la première sous un angle nouveau, avec toujours ces abondantes coupures servant à diffuser les interviews tournées par les personnages. L’ennui n’en est que plus fort puisqu’on mesure tout le chemin qu’il faudra reparcourir laborieusement pour arriver à la fin. Une fin banale digne des plus grands mélos, au point qu’on se demande pourquoi utiliser autant de stratagèmes pour en arriver là, avec si peu de choses à dire. Mêmes les interviews à valeur pseudo-documentaire sont manipulés puisqu’ils permettent par exemple les retrouvailles et le mariage d’un couple, la femme ayant quitté l’homme en apprenant qu’elle était atteinte d’une maladie grave (sortez les mouchoirs !).

Pour conclure, à part si vous voulez rigoler un peu devant le passage parisien, je vous déconseille vraiment ce film. Et pour voir la rarissime Shim Eun-Ha (pas mauvaise par ailleurs dans le film), “Art Museum By the Zoo“, réalisé deux ans plus tôt, mérite beaucoup plus le détour.

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7 commentaires pour “Interview – de Byeon Hyeok (2000)”

  1. Xavier |

    Déjà, quelle connerie que ce label Dogme 95…Alors un film qui fait partie de ce soi-disant machin (créé pour faire de la pub plus qu’autre chose), je ne souhaite plus en revoir! Et visiblement, le film ne vaut pas plus le coup que ça…

    D’ailleurs, pour le fun, te rappelles-tu de certains textes débités maladroitement en français, pour que l’on ai un petit aperçu?

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  2. Pierre |

    @Xavier: bah ça aurait pu être l’occasion de voir un film coréen sortant un peu de l’ordinaire, mais c’est raté.

    Et sinon je ne me souviens plus trop des répliques (et ne possède pas le dvd, ouf), on ne peut pas dire que ça m’ait marqué :)

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  3. Epikt |

    T’as oublié de parler du tombeau de Tarkovski.

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  4. Pierre |

    @Epikt: effectivement, car en plus du Dogme, le réalisateur semble aussi se réclamer de Tarkovski (jusqu’à faire un pèlerinage sur sa tombe lors du passage à Paris) :)

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  5. Xavier |

    Il dédie d’ailleurs Antichrist à Tarkovski, en fin de métrage. lol.

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  6. Epikt |

    @Xavier: non non, on parle pas de Lars Von Trier (d’ailleurs c’est bien Lars Von Trier) mais de Byeon Hyeok.
    Dans Interview (au détour d’un tournage de ce qui passerait pour une parodie de film intelligent à la française, mais je crains que celà soit en fait très premier degré) le personnage prend un polaroid de la tombe de Tarkovski, en dessous duquel il écrit soigneusement “tombeau de Tarkovski” en français dans le texte. Tout le long du film cette photo fait office de point de repère pour le bonhomme, tu vois…

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  7. Xavier |

    …encore un qui se revendique fils spirituel de Tarkovski alors. Merci de ces renseignements, je suis allé un peu vite en besogne…

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