Rush – de Lee Sang-In (1999) Ecrit par Pierre le 02.09.09

J’ai récemment été exhumer ce film quasi-inconnu qui a fait un bide en Corée lors de sa sortie en 1999, et dont le réalisateur est depuis porté disparu (professionnellement parlant). Pourquoi ce film ? La raison première est la présence unique et inattendue au casting de la guitariste et chanteuse Nam Sang-Ah, figure de proue des groupes de rock indépendants “Huckleberry Finn” (qu’elle a quitté après le premier album) et “3rd Line Butterfly” (que je vénère, et dont j’ai déjà parlé). Se procurer le film n’est pas une mince affaire, puisqu’il n’existe qu’en VHS en Corée. Je ne dois mon salut qu’à une version Hong-Kongaise plus que douteuse (son mal étalonné, image qui change brusquement de ton). Le DVD à lui seul vaut le détour puisqu’il comporte 3 bandes-annonces collector datant de la même époque pour des films d’horreurs complètement fauchés, totalement hilarants de médiocrité.

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Mais revenons au film. “Rush” s’attache à décrire le quotidien désabusé d’une bande de jeunes dans la Corée déprimée des années FMI. Seung-Hyeon est riche et passe sa vie à s’amuser : filles, voitures de course… Il tombe amoureux de Baram, une jeune fille renfermée qui tente de réussir avec son groupe de rock. Celle-ci sympathise avec Sang-Jin, qui enchaine les petits boulots (dont celui de mascotte dans un costume ridicule) pour tenter de gagner sa vie, prêtant naïvement son argent à son meilleur ami. Enfin, la soeur de Sang-Jin rencontre Sun-Woo, un jeune diplômé en droit incapable de trouver un emploi, qui finit par travailler dans un DVD-bang (location de DVD “sur place”).

Autant le dire tout de suite, le film souffre de beaucoup de défauts, notamment au niveau de la réalisation. En fait le film m’a donné l’impression d’avoir été fait par un débutant. Le réalisateur tente pas mal de choses, la plupart ne fonctionnant pas mais sans toutefois rendre le film désagréable. Une voix-off bizarre accompagne l’un des personnages, un flash-back hante une autre, le summum est atteint lorsqu’un personnage raconte une blague mettant en scène un roi de Corée, tous les personnages se retrouvant transposés en costumes d’époque pour illustrer celle-ci (à la “My Sassy Girl”, sauf que vu le ton du film cela parait ici totalement déplacé !). Certains raccords sont totalement foireux ou improbables (à tel point qu’on se demande si c’est fait exprès), et une partie des acteurs a tendance à méchamment surjouer.

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Malgré tout cela, le film dégage une sorte de sincérité et parvient à rendre ses personnages attachants. En dépit de leur situation difficile, ils possèdent une énergie, une volonté de s’en sortir parfois touchante. Mis à part l’interprète de Sun-Woo qui est vraiment transparent, les autres deviennent peu à peu sympathiques au fur et à mesure du film. Nam Sang-Ah parle peu mais chante bien (la musique est bien sûr excellente, même si la qualité du son ne lui fait pas honneur). C’est même la plus intéressante des quatre puisqu’elle ne surjoue pas du tout et dégage ainsi beaucoup plus d’intensité.
Pour ces quatres jeunes adultes, la vie n’apparait que comme une vaste fuite en avant illustrée à merveille par la vitesse qui les environne (et qui donne son titre au film) : bolides à fond à l’heure, courses poursuites effrénées, musique à fond… autant d’échappatoires à un quotidien déprimant. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une séquence assez chouette où l’on découvre la ville illuminée par les phares des voitures, par ses écrans géants et ses lumières innombrables, tout ça en accéléré. L’idée de mouvement est omniprésente dans le film : soit ce sont les personnages qui se déplacent, soit l’arrière-plan indique un mouvement (un train, des voitures, des nageurs…). Même lorsque ceux-ci sont assis autour d’une table, c’est la caméra qui se met à tourner autour. Je trouve qu’au delà des reproches mentionnés plus haut, le film réussit assez bien à capter cette ambiance, ce malaise, et à nous le faire ressentir à travers ses personnages.

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“Rush” n’est évidemment pas un chef d’oeuvre méconnu de cinéma coréen, mais malgré ses défauts je pense qu’il mérite mieux que son statut de film totalement oublié. Pas une pépite, mais un joli petit caillou tout biscornu que je garderai précieusement dans ma poche. Et puis les films coréens avec des poursuites à moto sur une bande son rock’n roll, moi j’aime.

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2 commentaires pour “Rush – de Lee Sang-In (1999)”

  1. Gilles |

    Fais tourner (sauf si c’est une VHS).

    Pour les films oublié, il y en a des tas dans les années 90. Moi j’aimerais bien mettre la main sur Runaway (1995), film d’action de Kim Seong-su (réalisateur de Beat et Musa) et avec Lee Byeong-heon.

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  2. Pierre |

    @Gilles: il y en a toute une panoplie que j’aimerais énormément voir mais qui sont introuvables, surtout des films plus anciens. Je m’étais amusé à recenser les films disponibles (par un moyen ou un autre) parmi cette liste du KOFA de 100 films importants de l’histoire du cinéma coréen. Je suis arrivé à 38/100, pas mal mais on est bien loin du compte, et c’est dommage car certains ont l’air extrêmement intéressants.

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