Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 3 Ecrit par Pierre le 17.03.10

Troisième journée de festival, la plus chargée avec 5 films au programme.

Ca commence fort avec “Clash”, un film d’action vietnamien qui avait tout pour être le digne successeur du “Fireball” de l’an dernier. Et c’est plutôt une bonne surprise, car le film se révèle presque aussi jubilatoire que son prédécesseur, mais aussi nettement mieux filmé. Point de caméra épileptique ou de montage surdécoupé (enfin tout est relatif, c’est pas “Judge” non plus), mais des scènes d’actions à la fois claires, lisibles et bien bourrines. On notera la forte influence de Tarantino, de l’intrigue très Kill Bill à l’introduction des personnages façon Reservoir Dogs, tout en ralentis et Raybans, jusqu’à un remake de la fameuse scène de Mr Pink (ici avec des noms d’animaux !). Les deux acteurs principaux sont charismatiques et le film, très poseur mais assez classe, est plutôt drôle (le sommet restant une bande de gangsters français, tous chauves et bodybuildés, totalement improbables). Bon ça n’est pas un chef d’oeuvre non plus, des atroces scènes de flashback mélo sur musique d’opéra viennent fréquemment nous le rappeler. Mais je n’en demandais pas tant et “Clash” remplit parfaitement sa mission. Verdict : 2.75/5.

On enchaîne avec le dernier espoir de cette édition côté cinéma japonais, “The King of Jailbreakers”, réalisé par le sympathique acteur Itsuji Itao. Le début du film est assez excitant, on y voit un prisonnier de longue date (à en juger par la barbe) s’évader d’une des prisons les mieux gardées du pays. L’action est alors coupée en plein milieu pour repartir quelques années auparavant, pour nous montrer comment cet homme en est arrivé là, comment il s’est évadé de prison en prison, récoltant à chaque fois des peines plus lourdes.
Le gros problème, c’est que c’est ultra répétitif ! Une fois, deux fois… il s’évade, on le retrouve sur une voie ferrée, on le tabasse, il s’évade, on le transfère dans une prison plus grande. Le scénario se répète encore et encore sans véritable évolution ou idées nouvelles. Au contraire celles-ci sont assez saugrenues, comme une séquence montrant l’éclosion d’une mouche immonde dans la cellule du prisonnier : pas vraiment drôle et sans réelle utilité. Le film tourne comme cela à vide pendant très longtemps avant un regain d’intérêt dans la dernière partie, lorsque le héros investit une prison de Freaks sur une île très Shutter Island. Alors il est vrai que le final en pied de nez est assez drôle, mais ça reste très anecdotique : tout ça pour ça ! Verdict : 1.5/5.

Vient maintenant la plus belle surprise du festival : le film dont on n’attend rien et qui pourtant va complètement nous embarquer. “Au Revoir Taipei” débute sur une séparation, celle de Kai et de sa copine, qui part étudier en France. Celui-ci entreprend d’apprendre le français en squattant la librairie du coin. Entre temps, on lui propose un marché douteux en échange d’un billet d’avion pour Paris… Très coloré (on pourrait dire acidulé), “Au Revoir Taipei” est un film de loosers magnifiques : les garçons ont la trouille de parler aux filles (qui sont trop mimis), les gangsters finissent par jouer au mah-jong avec leur otage, les policiers perdent leurs traces à cause de leurs propres déboires sentimentales…
Le réalisateur joue avec les codes du thriller pour nous surprendre sans cesse et nous offrir une comédie Jarmuschienne pleine de flegme. Il filme avec douceur, avec beaucoup d’humour (une course poursuite sur le quai du métro voit les fuyards, puis le policier sommés de ralentir par un agent de sécurité auxquels ils obéissent docilement, le tout en un travelling latéral de toute beauté), se permettant de vraies envolées lyriques, comme lorsque les deux héros joignent un groupe de danseurs de rue pour échapper à leur poursuivant. Et pour couronner le tout, “Au Revoir Taipei” se termine sur une note romantique qu’on accepte avec un plaisir non dissimulé. Je veux le revoir ! Verdict : 4/5.

Etrange séance que celle de “Chengdu I love you” : d’abord parce que ce film qui était censé être un omnibus en trois parties se retrouve amputé de l’une d’entre elles, celle réalisé par le coréen Heo Jin-Ho (partie dont un long-métrage a d’ailleurs été tiré). Ensuite parce que la copie proposée était d’une qualité déplorable, aussi bien le son que l’image, ce qui est légèrement gênant quand on se situe au troisième rang du CID. Les deux films sont eux aussi assez bizarres : le premier se situe dans un futur proche où les looks tribaux sont assez sympathiques (ce qui n’est pas le cas des effets numériques). Cette histoire très foutraque des retrouvailles entre une femme et un homme qui lui a fait du mal mais l’a aussi sauvé est carrément vide et ne m’a pas laissé un grand souvenir. La deuxième partie, réalisée par Fruit Chan, est un peu mieux conçue. Elle y met en scène une famille de marchands de thé dans les années 70, qu’un vieux fou va initier à l’art des théières à long bec. On est peu habitué à un tel classicisme de la part de Fruit Chan, et même si les scènes avec les théières sont assez réussies et spectaculaires, ça reste très ennuyeux. Verdict : 2/5.

On termine le marathon avec un nouveau film d’action, cette fois-ci hong-kongais : “Bad Blood”. Un bon gros nanar des familles qui nous aura involontairement bien fait rire. Déjà parce qu’il est doublé en mandarin et que les sous-titreurs ont cru bon de traduire les noms des personnages, ce qui donne “Mr Funky” pour un parrain de mafia, “Brother Zen”, “Calf”, “Bobo” ou encore “Dumby” ! Ca peut paraître un détail mais en contexte, on a frôlé la crise de fou-rire nerveux en pleine séance.
Au contraire de son prédécesseur vietnamien du matin, les scènes de combat sont vraiment ratées, hachées au montage pour cacher les carences des acteurs (l’actrice principale est particulièrement mauvaise, et Simon Yam est d’un lourd). Seuls deux personnages s’en sortent : un jeune homme qu’on suit pendant toute la première partie du film, avant qu’il se fasse subitement trahir et poignarder dans le dos par son amie lors d’une partie de badminton (bonjour le scénario !), l’autre étant une petite puce sourd-muette surexcitée et super balèze. C’est la seule qu’on sent détachée des câbles et dont les plans durent plus de quelques secondes. Ses (trop rares) apparitions donnent lieux aux meilleurs séquences de combat du film, malgré un doublage qui la crédite de petits cris suraigus. Il y a pire : la grand-mère de la famille de gangsters hérite elle d’une pure voix de brebis désamorçant complètement toute éventuelle tension lors du final. On aura au moins rigolé. Verdict : 1.5/5.

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Un commentaire pour “Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 3”

  1. Xavier |

    Ah, la photo d’Au revoir Taipei! Mon fond d’écran du moment!

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