Good Morning President – de Jang Jin (2009) Ecrit par Pierre le 04.04.10

Les films de Jang Jin représentent généralement le haut du panier des comédies coréennes. On est d’accord, ça ne veut pas dire grand chose, mais des films comme “Guns and Talks” ou “Someone Special” étaient assez savoureux avec leur humour décalé et leur sens du contre-pied. Je misais donc quelques espoirs sur son dernier film, “Good Morning President”, présenté en ouverture au dernier festival de Busan, et dont les billets se sont vendus en 1min35, record du festival (ça c’est de la stat !).

Le film commence par nous montrer un vieux président en fin de mandat, clairement basé sur Kim Dae-jung (président de 1998 à 2003). Lors de l’inauguration d’une grande loterie nationale créée à l’occasion de la Coupe du Monde de football, il se prête au jeu, sauf que quelques jours plus tard son ticket va s’avérer gagnant ! C’est le point de départ de quelques quiproquos (en apprenant la nouvelle, il fait une attaque que la presse interprète à tort comme la conséquence d’un rebondissement dans un drama populaire), parfois assez drôles. C’est assez décousu, entrecoupé de petites passages humoristiques (lorsque le président cherche à récupérer l’argent anonymement), mais bien vite rattrapé par une morale décevante (lors d’un discours, le gentil patriarche avouera tout et reversera ses gains à une œuvre de charité). Ca n’est pour le moment pas trop désagréable, mais sacrément anecdotique.

La deuxième partie du film nous fait suivre le président suivant, un golden boy de 35 ans au sourire plus blanc que blanc (la mégastar Jang Dong-Gun, que j’ai trouvé bien plat). Le ton n’est plus le même et le film s’avère beaucoup plus sérieux (et mauvais). Accrochez-vous bien : confronté à des manœuvres belliqueuses de l’armée japonaise sur la mer de l’est, notre golden-boy va tenir tête aux Etats-Unis en leur refusant l’accès maritime, réussir à raisonner les nord-coréens pour au final retoquer les japonais, rapprocher les deux Corées et (pratiquement) éviter une 3ème guerre mondiale. Mais ce n’est pas tout ! Dans le même temps, un homme dont le père a besoin d’une greffe d’un rein réussit à convaincre le président (qui bien sûr est la seule personne compatible) à se faire opérer au pire de la crise militaire. Ajoutez à cela la relation platonique du président avec sa porte-parole (qui n’est autre que la fille du président précédent, lien entre les histoires oblige), une musique pompeuse et des hélicoptères et vous comprendrez à quel point ce film devient indigeste. Le pire c’est que Jang Jin se croit malin en voulant rajouter sa petite touche personnelle, son petit grain décalé, par exemple après une longue séquence mièvre entre les deux tourtereaux, en faisant lâcher au président un gros pet. Un chef d’oeuvre de finesse.

Par un effort inouï, j’ai réussi à tenir jusqu’à la dernière partie, qui s’attache une fois de plus au successeur de ce cher président. Qui est ici une femme, la première “présidente” de l’histoire de la Corée du Sud. Tristesse, on ne retrouve même pas le faible humour de la première partie, puisque ce segment nous fait le coup du drame familial, ou “comment faire pour diriger le pays et en même temps mener une vie de couple épanouissante”. Encore une fois de grosses ficelles et de gros sentiments qui transforment ce film en véritable supplice de 2h11 (et oui, en plus c’est long !). Même l’époux de la présidente obligé d’aller à un dîner de premières dames n’est pas drôle : on a déjà vu l’époux de Mme Merkel le faire en vrai ! Non, le seul petit rayon de soleil du film (qui en plus vous permettra de n’en voir que les 13 premières minutes), c’est un petit caméo de Jeong Yumi en héroïne du drama pourri qui fait selon la presse collapser le président, “Mimi qui va mourir en découvrant qu’elle est en fait la soeur de son amant”. C’est peu, beaucoup trop peu.


“Mais qu’est-ce que je fais dans ce film ?!”

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