Rétro Lee Man-Hee (suite) Ecrit par Pierre le 20.06.10
Je poursuis et termine ma rétrospective Lee Man-Hee avec deux autres films : “Black Hair” (1964) et “La Route de Sampo” (1975).

“Black Hair” est un film très bizarre, porté par un intrigue invraisemblable. Il met en scène une bande de gangsters dirigée par un chef redoutable et régie par une série de “règles”, une sorte de code de l’honneur. Lorsque la propre femme du chef se fait violer, celui-ci n’a d’autre choix que d’appliquer ses propres règles : défigurer sa propre femme puis la condamner à la prostitution… Beaucoup plus que son scénario déroutant auquel on ne comprend longtemps pas grand chose, c’est le style du film que j’ai beaucoup aimé. Les méchants ont des gueules pas possibles, enchainent des répliques cultes (“C’est quoi, ce feu ? – C’est une immolation.”) et les actions débiles, du genre se planter un couteau dans la main pour montrer qu’on est le plus fort. Le gentil chauffeur qui va sauver la belle héroïne est droit dans ses bottes (et il a même un pote chirurgien esthétique, si c’est pas beau ça).
“Black Hair” propose également une vision de la ville comme on n’en a pas l’habitude : ses bordels, ses rues glauques, ses drogués, ses swinging bars. Tout cela est très noir, moderne et souvent très beau (la version restaurée était splendide). On a même droit à un petit épisode Woodstock totalement surréaliste avec la jeunesse dorée de l’époque en train de danser puis de planer dans l’herbe. A défaut d’y comprendre grand chose, on est tout de même happé par cet univers et le film se révèle particulièrement jouissif et divertissant.

“La Route de Sampo” est le dernier film réalisé par Lee Man-Hee, le réalisateur étant décédé pendant le montage du film. Commençons donc par le gros point noir du film : je n’ai jamais vu un film coréen aussi mal doublé ! Je ne parle pas de doublage en français mais bel et bien de doublage en coréen, pratique qui était monnaie courante à l’époque : presque tous les dialogues étaient enregistrés après coup (d’ailleurs je me demande à partir de quelle année cette pratique a cessé). Mais il faut bien admettre que dans ce film, l’effet est catastrophique. On se mélange les pinceaux entre les deux personnages masculins : parfois c’est l’un qui parle et l’autre qu’on entend, parfois leurs lèvres bougent et aucun son n’en sort. Lors d’une scène en théorie “calme”, la fille regarde dans le vide, songeuse et le visage impassible. En bande-son, des ricanements féminins hystériques et suraigus : voilà comment gâcher un joli plan. Je ne sais pas à quoi est du un tel ratage, peut-être à la censure ?
C’est bien dommage puisque le film a des qualités et cette odyssée de trois personnages un peu marginaux est même assez attachante. Comme souvent j’ai l’impression avec Lee Man-Hee, c’est mieux filmé que la moyenne et quelques plans sont sublimes ou bien pensés. Les relations et sentiments naissants entre les trois personnages sont riches (amitié, paternité, amour) et bien développées. Kim Jin-Gyu, acteur monument du cinéma coréen (“The Housemaid”, “L’Invité de la chambre d’hôte et ma mère”, “Samyong le muet”, etc), apparait vieilli et particulièrement émouvant. Dommage que le final donne lieu à une séquence d’adieu en mode mélo interminable.
A travers quelques films, cette rétrospective à la Cinémathèque nous a permis de découvrir une vraie personnalité derrière la caméra, un vrai style qui donne envie d’en connaitre plus. A quand une sortie DVD pour tous ces films ?
Mots-clefs : cinéma, corée