Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (2) Ecrit par Pierre le 12.07.10
Deuxième partie du compte-rendu avec au menu la plus grosse claque sensorielle et la plus grosse déception de ce festival.

To Walk Beside You – Yuya Ishii (2009)
Un jeune homme décide de fuir sa campagne natale pour Tokyo en compagnie de sa prof d’anglais. Premier des deux films de Yuya Ishii présenté la même journée, “To Walk Beside You” séduit très vite par son ton décalé. Les personnages affichent une naïveté presque enfantine et leur confrontation avec un univers inconnu (la grande ville), déclenchant un festival de réactions absurdes, est savoureuse. Les tokyoïtes sont dépeints de manière gentiment caricaturale et l’on rit beaucoup. Il y a également beaucoup de douceur et de tristesse dans ces personnages, comme si leur apparente naïveté n’était qu’un moyen d’échapper à leurs doutes. Après tout c’est bien celui le sujet du film : la fuite.
Note : 3/5.

Tetsuo : The Bullet Man – Shinya Tsukamoto (2009)
Difficile d’exprimer ce qu’on ressent à la vue d’un tel film en salles. J’ai d’ailleurs du mal à l’évaluer et à savoir ce que j’en aurais pensé si je ne l’avais pas vu dans ces conditions. Dès les premières secondes du film, au son du métal frappé et à la vue des grosses lettres TETSUO projetées violemment sur l’écran, j’ai été totalement happé. Cloué à un siège qui doit encore être marqué par mon empreinte, les yeux écarquillés et un pouls qui mettra longtemps à redescendre. Vivre pleinement comme cela ce déluge d’images et de sons me fait occulter tout défaut. Mais je pense sincèrement que le film en a peu, le principal étant qu’on y comprend pas grand chose : entre les explications alambiquées et un anglais difficilement compréhensible (que ce soit celui de Tsukamoto ou celui d’Eric Bossick transformé en métal), on est un peu déboussolé. Mais est-ce vraiment important devant un tel film ? La réalisation est à couper le souffle, en particulier dans les scènes de “furie” (je pense notamment à la confrontation avec la voiture, véritable monstre crissant et rugissant). Tsukamoto sait aussi faire naitre la beauté et l’émotion, comme lorsque la femme du “monstre” enlève des petits morceaux de métal de son mari à bout de force. Une évidence, un besoin : je veux voir les deux premiers Tetsuo en salles, non je veux voir TOUT Tsukamoto en salles !
Note : 4/5.

Mundane History – Anocha Suwichakornpong (2009)
Voici un film plutôt bizarre constitué en majeure partie de plans sur un homme handicapé par un accident et allongé dans son lit. L’image a beau être chouette, c’est lent, peu intéressant, bref on s’ennuie ferme. Sauf qu’étrangement s’y ajoutent quelques séquences plutôt audacieuses qui font ressortir un peu le film du lot : un générique qui s’affiche au bout de 20 minutes, des images sublimes de l’explosion d’une étoile accompagnées par une musique tout aussi intense, et enfin la naissance d’un enfant par césarienne ainsi que sa première toilette lors d’un long plan-séquence. Des images qui marquent profondément certes, mais qui ne sont absolument pas intégrées au reste du film, qu’elles ne parviennent donc pas vraiment à rehausser.
Note : 1.75/5.

Sawako Decides – Yuya Ishii (2009)
Ce film a été une petite déception au vu de l’autre film du réalisateur présenté précédemment. On y reconnait certes le ton décalé du réalisateur, mais l’humour qui m’avait tant plu dans le premier m’a paru ici complètement différent, en tout cas plus dans le même registre, et m’a semblé beaucoup plus lourdingue (question de sensibilité sans doute, puisque certains ont trouvé celui-ci plus drôle !). Bon, il faut quand même admettre que certaines scènes sont amusantes, comme lorsque les employées de l’usine d’empaquetage de palourdes chantent vigoureusement l’hymne de leur usine, mais ces instants de folie sont rares et le film tire en longueur. Côté thématique, il est à nouveau question de fuite et de parentalité, une obsession du réalisateur ?
Note : 2.25/5.

Mélodie Tzigane – Seijun Suzuki (1980)
Film dont je ne savais rien du tout, j’ai été pour le moins surpris ! Il s’agit là d’un film très difficile d’accès (d’ailleurs un bon tiers de la salle est parti avant la fin) puisqu’on n’y comprend pas grand chose et qu’en plus il est long, très long. Pour ma part j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans, mais peu à peu les choses se sont améliorées et j’ai commencé à apprécier la multitude d’éléments intéressants. Tout d’abord visuellement, ce film est assez somptueux, dans son utilisation des couleurs, des lumières… Il est aussi très drôle par moments, par son côté totalement surréaliste ou parfois même grotesque (les trois aveugles). Dans les décors comme dans la mise en scène, on est parfois plus proche du théâtre que du cinéma. Un film mystère qui m’a laissé perplexe autant qu’il m’a subjugué, et dont je ne suis pas sûr d’avoir perçu tout le sens…
Note : 2.5/5 (je ne sais pas comment le noter).

The Housemaid – Im Sang-Soo (2010)
LA grosse déception de ce festival, encore qu’on était prévenu avec les mauvais échos cannois. Le film est encore plus énervant quand on connait la version originale de Kim Ki-Young réalisée en 1961 (une petite merveille, faut-il le rappeler). On peut d’ailleurs difficilement parler de remake tant la version d’Im Sang-Soo diffère de l’original, notamment dans ses enjeux, complètement anéantis. Dans la version originale, la servante est loin d’être aussi passive, elle est au contraire formidablement ambiguë, vampirise la famille, tente d’imposer son contrôle et se fait détester des enfants. Ici, la pauvre Jeon Do-Yeon est complètement naïve (pour ne pas dire nunuche) et dépassée par la situation. Son semblant de révolte apparait bien trop tardivement lors d’un final qui frise le ridicule (ça m’a rappelé “La Guerre des Rose”, c’est dire). Pourquoi avoir modifié le scénario pour lui retirer toute sa substance ?
On nous annonçait également un film torride : quelle blague ! Avec ses quelques scènes provoc’ et gratuites rapidement expédiées, le film ne contient pas la moindre tension sexuelle. Il y avait plus de sensualité dans la version de 1961, un comble quand on connait la censure qui sévissait à l’époque. Ces scènes aux grands moyens totalement inutiles sont assez représentatives du la mise en scène du film. Qu’un film comme “Tears” semble loin ! Im Sang-Soo ferait bien de retourner un film sans le moindre budget, histoire de se rafraichir un peu les idées. Les maigres satisfactions sont à chercher au niveau des actrices : Jeon Do-Yeon est égale à elle-même, et c’est surtout Yoon Yeo-Jeong (qui jouait déjà dans les remakes de Kim Ki-Young dans les années 70 et 80) qui sort le grand jeu. Drôle et incisive, c’est vraiment la seule à donner vraiment une âme à son personnage. A part ça, Lee Jeong-Jae a de gros pectoraux. J’ai bien aimé également le dernier plan-séquence représentant la famille célébrant l’anniversaire de leur fille : chaque petit détail contribue à les rendre absolument détestables, de manière presque effrayante. On se dit que c’est dommage, et qu’il y avait moyen de faire là quelque chose plus incisif.
Note : 1.75/5.
Reste du compte-rendu : 1ère partie – 3ème partie
Mots-clefs : cinéma, japon
http://www.youtube.com/watch?v=sy–HzYWcNw
Changer “Rocco” par Lee Jeong-Jae !
[...] à parcourir : – De l’asiatique fortement japonais, – Avec plusieurs inédits japonais, dont Tetsuo 3, – Des critiques en masse couvrant une bonne partie de la prog asie, – Le journal quasi-quotidien [...]
pas etonnant qu’une partie de la salle se soit barrée à la vue de Mélodie Tzigane. Personnellement je trouve le “film” fascinant, à défaut d’etre bon, mais je comprend le désaroi général du spectateur lambda qui ne connait rien de Suzuki ou qui n’a vu que quelques films des coffrets HKV. Suzuki post 70’s c’est au délà de l’expérimentation. C’est le retour d’un vieux briscard qui n’en a rien à carrer du systeme et qui pousse sa rébellion formelle assez loin. Donc oui Mélodie Tzignne, et de maniere générale sa trilogie de 1980-81, est radical. Et le monsieur ne s’adoucit pas avec les années. Jette un oeil à Tanuki Goten ou Pistol Opera pour te faire une idée de l’evolution du bonhomme. Fascinant. Etrange. Chiant. Jouissif.
Tiens j’ai eu la même réaction devant Tetsuo. L’expérience en salle était quand même hallucinante et traumatisante pour les sens, ça serait une bonne idée une rétrospective Tsukamoto quelque part pour tous les revivre sur grand écran!