Die Bad – de Ryu Seung-wan (2000) Ecrit par Pierre le 01.11.10
A noter que vous pourrez découvrir (entre autres) ce film en présence de son réalisateur (et en 35 mm !) au Festival Franco-Coréen du Film la semaine prochaine. Toutes les infos sur http://www.ffcf-cinema.com/.
Die Bad, le premier film de Ryu Seung-wan sorti en 2000 en Corée, est en réalité constitué de 4 courts-métrages mis bout à bout, reliés entre eux par un ou plusieurs personnages et mettant en scènes différences “étapes” de la vie d’un gangster. Ces quatre films n’ont pas été réalisés en même temps : Ryu Seung-wan a d’abord fait le premier, qu’il a présenté à des festivals avec succès puisqu’il a remporté quelques prix lui permettant de financer le second segment, l’histoire se répétant pour former au bout de compte ce long métrage qui fit sensation à sa sortie.

Le premier segment, Rumble, montre bien la passion du réalisateur pour les films d’action et les films d’arts martiaux. La rivalité banale entre deux groupes de lycéens va dégénérer en combat meurtrier. L’occasion pour le réalisateur de s’essayer à plein de choses : des cadrages de dingue, des vues subjectives (la caméra prend cher), une ambiance survoltée sur fond de hard rock et des cascades en pagaille (y compris par Ryu Seung-wan lui-même) pour donner à ce bref déchaînement de violence un aspect brut et direct. Et tout au long du court, en parallèle, le point de vue d’un adulte sur cette jeunesse sauvage.
Le second court, Nightmare, toujours aussi fauché, met en scène l’un des jeunes à sa sortie de prison. Il aborde brièvement d’autres thèmes comme la cellule familiale, lors d’un dîner de famille assez terrifiant, ou les remords du jeune délinquant, l’occasion d’insérer quelques éléments fantastiques. Peut-être le court le moins percutant, on retrouve encore une fois un montage déjanté avec un combat final d’une rare violence.
Le troisième, Modern Man, monte en parallèle les interviews d’un gangster et d’un policier avec un combat opposant les deux hommes. Il est particulièrement réussi puisqu’au-delà des scènes de combat particulièrement bien chorégraphiées (avec un combat jusqu’à épuisement total des protagonistes qu’on retrouvera dans son long-métrage Crying Fist), les dialogues proférés par les deux personnages lors de leur interview sont sensiblement les mêmes. Chacun raconte son quotidien, ses doutes ou ses espoirs devant la caméra, pour qu’on constate au final, non sans un humour bien noir, qu’il n’y a que la profession qui sépare les deux hommes.
Le dernier court, Die Bad, est aussi le plus long et le plus travaillé. L’histoire est plus proche d’un film noir classique avec la trajectoire d’un jeune délinquant au sein d’un gang (Ryu Seung-beom, le frère du réalisateur, y arbore pour ses débuts au cinéma une naïveté et une sincérité incroyable qui parviennent à le rendre attachant). L’image impeccable en noir et blanc tranche avec celle des films précédemment, et permettent à la mise en scène de Ryu Seung-wan de dégager une intensité différente, plus profonde. Pour se terminer en apothéose lors de cinq dernières minutes à couper le souffle.

Les Coréens ont les meilleurs films…drames sont généralement les mieux réalisés