J’en avais parlé, je me lance. Voici donc le premier article de cette (lente) série dédiée à l’exploration d’un thème anodin dans le cinéma coréen. Et quoi de mieux pour commencer qu’un petit verre de soju ! Pour les non-initiés, le soju est un alcool coréen assez similaire à la vodka, facilement reconnaissable à sa bouteille de couleur verte (plus d’infos sur wikipedia). D’ailleurs il faudrait également consacrer un plein article aux publicités pour ce breuvage (je connais des collectionneurs), idée que je note pour plus tard.

Mais revenons au cinéma. Le soju est un élément essentiel de la vie quotidienne des coréens, aussi est-il normal d’en retrouver à foison dans les films. Car la scène de soju est avant tout marque d’un rapport social : collègues de bureau autour d’un repas, couple d’amoureux transis dans une gargote de rue ou encore rencontre terrifiante avec ses beaux-parents… En permettant aux personnages de “briser la glace”, aux langues de se délier, ces scènes renferment souvent des pics dramatiques intéressants.

Tout comme le langage s’adapte, l’attitude d’un buveur dépend avant tout de la relation “hiérarchique” qu’il entretient avec son partenaire. Ainsi, le personnage en position de force n’utilisera qu’une main, que ce soit pour servir l’alcool ou pour le boire, alors que le personnage en position “inférieure” utilisera toujours les deux, allant même jusqu’à se tourner sur le côté en s’efforçant d’être le plus discret possible.

La scène de soju en elle-même peut se décomposer en 3 actes fondamentaux, que je vais détailler ici.
Acte 1 – Prise en main et mise en bouche
La première étape consiste à se saisir du traditionnel petit verre de soju et à l’amener délicatement sur ses lèvres. L’attention est à porter sur le regard du personnage, souvent fixé sur son partenaire de boisson, et qui reflète généralement les enjeux de la scène. Regard défiant et la scène sera celle d’un combat, obligeant l’autre à surenchérir. A l’inverse, un regard langoureux sera porteur de nombreuses promesses.


Variante bad boy : plutôt que d’attraper le verre délicatement, le bad boy préfère y plonger sa cigarette fraîchement allumée.

Variante alcoolique : après avoir consommé quelques verres, le personnage déjà bien atteint ne se contente pas d’attraper le verre, il aime jouer avec et s’émerveiller de ses vertus déformantes.


Acte 2 – Absorption cul sec
Le second acte fondamental de la scène de soju consiste à vider entièrement le verre d’un geste bref et précis, tout en fermant les yeux. Plus il est effectué rapidement, plus il aura tendance à impressionner les autres. La violence peut y être telle qu’on entende le ruissellement du liquide claquer contre le palais du personnage, ainsi qu’un bruit de succion.

On notera la délicatesse des personnages féminins, avec toujours ce petit doigt levé.


Variante bad boy : puisqu’il vient de pourrir le verre avec sa cigarette, le bad boy n’a pas d’autre choix que de se débarrasser de la boisson. Il choisit alors de l’envoyer en pleine face de son interlocuteur.

Variante alcoolique : le verre étant trop petit, pourquoi ne pas utiliser directement la bouteille ?

Acte 3 – Double effet Kiss Cool
Enfin, le dernier acte (que j’affectionne particulièrement) peut prendre différentes formes. Il illustre la capacité du personnage à encaisser la boisson ingurgitée. Cela peut se traduire par un rictus facial plus ou moins prononcé, mais également par des sons parfois étranges. Les personnages ont également tendance à reposer vigoureusement leur verre sur la table, comme pour masquer cette vulnérabilité fugace. Car contrairement à l’étape précédente (qui revient en gros à montrer les gros bras pour impressionner), il n’est ici pas possible de mentir, car seule une mine totalement impassible démontre la réelle force du buveur.

Assez amusante, la propension des réalisateurs à filmer ces visages féminins particulièrement évocateurs en gros plan.


Variante bad boy : la conséquence directe de l’action précédente se doit d’être plus violente. Mieux que le verre, le personnage se saisit alors d’une bouteille et après l’avoir cassé en deux, menace l’oeil de son partenaire.

Variante alcoolique : au bout du n-ième verre, cette étape se termine par un effondrement sur la table.

Les captures sont tirées des films suivants : “All for Love”, “A Moment to Remember”, “My Sassy Girl”, “Plum Blossom”, “Rough Cut”, “The Host” et “Who are you”. N’hésitez pas à enrichir vous-même cet article !