Cinéma :: Critiques

FFCF 2010 – Mon bilan de spectateur Ecrit par Pierre le 28.11.10

Moi qui voulais vous faire partager sur ce blog un FFCF 2010 vu de l’intérieur (puisque je faisais partie cette année de l’équipe de programmation), c’est raté ! Faute de temps et/ou de motivation, mes belles intentions sont tombées à l’eau. Malgré tout, je vais quand même évoquer ici quelques-uns de mes coups de coeur de cette édition. Je ne parlerai donc pas des films que j’avais vu de longue date pendant la période de sélection et qui méritent autant votre attention (My Dear Enemy, Oishi Man, Elbowroom, ou encore le prix du jury, Vegetarian, qui comme prévu a divisé les spectateurs), mais bel et bien de ce que j’ai découvert pendant le festival.

L’une des sections clés du festival et l’une des plus attirantes est la section KOFA-FFCF Classiques, puisqu’elle permet de découvrir des films par ailleurs totalement introuvables (ou presque). Nous avions donc droit cette année à 3 films estampillés “action”. Le premier d’entre eux, Returned Single-legged Man, est celui qui rentre le plus dans les codes du genre, avec son quota de coups de tatane et de bruitages associés. J’en retiens son titre, qui devient hilarant quand on comprend qu’il n’y a aucun unijambiste dans le film, mais aussi et surtout sa galerie de personnages : un méchant japonais caricatural à outrance dont la mise à mort ressemble plus à un concours de grimaces, un autre vilain, chauve et moustachu, vêtu de cuir et armé de petites hachettes, et “Le Tigre”, ce héros aux jambes démesurées et au casque capillaire fièrement arboré.
Les deux autres films présentés étaient dans un genre bien différent, tous deux réalisés par l’acteur stakhanoviste Park Nou-sik. Dans son premier film en tant que réalisateur, Quit Your Life, Park Nou-sik se fait passer pour son meilleur ami décédé auprès de la veuve de celui-ci, aveugle. Après une mise en bouche en mode horrifique très amusant à base d’apparitions de de chats et de cordes, le film embraye sur un très long flash back 100% mélo, histoire de satisfaire le public féminin de l’époque. C’est presque tant mieux tant notre héros semble peu à l’aise avec l’action, en témoigne sa seule cascade, une roulade au ralenti en réception d’une chute. Par contre, pour incarner l’homme moderne et séduisant, Park Nou-sik sait y faire : il impressionne les minettes au bowling, il fait du cheval vêtu d’un costume et de bottes blanches, il vit dans un meublé dernier cri… La dernière partie du film renoue avec l’action, lors d’une course poursuite en voiture s’achevant tel le mélo le plus tragique, la télépathie en plus. Un point qui m’a particulièrement marqué dans ce film est le soin apporté par le réalisateur aux transitions entre les scènes. Presque systématiquement, le premier plan de chaque scène répond directement au dernier plan de la précédente, parfois de manière très subtile voire totalement hilarante (un plan sur une prostituée est suivi d’un gros plan sur un doigt dans une bouche, qui après un dézoom s’avérera celle d’une fillette assise à table).

Le dernier film présenté, le douzième de Park Nou-sik, était sans doute moins bon que le précédent mais c’est pourtant celui-là qui m’a laissé le souvenir le plus mémorable en raison de ses situations totalement délirantes. Park Nou-sik campe cette fois-ci un aveugle tendance Zatoichi. Sauf que pour se battre, point de sabre mais des noix qu’il lance sur ses adversaires afin de les assommer. Mais ce n’est pas tout : après avoir retrouvé son amour d’enfance (qui bizarrement a bien 30 ans de moins que lui alors qu’ils avaient le même âge à l’époque), celle-ci lui enseigne plusieurs techniques pour mener à bien leur vengeance : attraper des flèches en vol ou encore conduire une voiture (je rappelle qu’il est aveugle). Elle aussi est bien gratinée, puisque pour subsister à sa pauvre condition d’orpheline, elle a appris à se défendre en crachant des aiguilles (!), d’abord sur des rats pour se nourrir, puis sur ses ennemis (elle est aussi capable de dompter des serpents). A chaque fois, point d’effets spéciaux : tout est dans l’attitude. Je pourrais aussi parler des costumes délirants ou encore des intrigues à tiroirs à base de greffes de cornée… Je vous invite juste pour finir à lire cette petite ode à Park Nou-sik.

Un autre séance que j’attendais particulièrement était la séance consacrée aux courts de Bong Joon-ho et Na Hong-jin (réalisateur très remarqué pour son premier film, The Chaser). Incoherence est fort intéressant puisqu’il s’agit du premier film de Bong Joon-ho, on y retrouve quelques caractéristiques de son cinéma, comme son humour ou son goût pour les courses poursuites qu’on retrouvera dans Barking Dogs Never Bite. Influenza a lui été réalisé en 2004, et est intégralement constitué d’images de caméras de surveillance. Si certaines scènes sont dispensables, d’autres sont très drôles (pas facile de dévaliser une vieille dame !) ou exposent des angles de vue très intéressants (notamment ceux en split screen ou avec une caméra mobile), s’amusant avec le cadre pour mieux nous surprendre. Mais c’est surtout le troisième film qui m’a le plus impressionné : Sweat de Na Hong-jin. En noir et blanc et sans dialogues, au son martelé d’un instrument traditionnel, Sweat suit la journée d’un homme à travers la ville. La caméra se focalise sur un seul élément : la sueur, la sueur que cet homme va provoquer tout autour de lui, la sueur des hommes qui travaillent pour lui. Masseur, cuisinier, ouvrier… tous dégoulinent à son passage, comme une métaphore du pouvoir qu’il exerce sur eux. Cette homme dégage très vite quelque chose d’aussi monstrueux que fascinant, comme s’il se nourrissait des autres. Le film est court (12 minutes) mais quel impact ! Le deuxième court du réalisateur, A Perfect Red Snapper Dish, qui met en scène un cuisinier tentant désespérément de réussir le plat parfait, est également très incisif et visuel, mais aussi beaucoup plus potache.

Côté courts, la sélection 2010 était comme d’habitude variée avec de l’animation, de la comédie pure mais aussi des choses plus expérimentales. Comme beaucoup de spectateurs, je retiendrai le loufoque Suicide of the Quadruplets, petit délice d’inventivité en deux parties. La première est un long plan-séquence mettant en scène quatre lycéennes sur un toit en train de répéter une chanson, scène a priori banale qu’un élément extérieur absurde viendra perturber, la seconde est une hilarante parodie d’émission télévisée policière “d’investigation”. Autre film récompensé, Somewhere Unreached décrit le quotidien difficile d’un jeune homme obligé de partir effectuer son service militaire alors qu’il fait vivre sa mère malade et sa petite soeur. Malgré ce sujet lourd, le film évite le misérabilisme et profite d’une mise en scène plutôt inspirée, ainsi que d’un humour froid (on l’incite indirectement au meurtre s’il veut être dispensé de service !). Enfin, un dernier coup de coeur pour le joli A Trip to the Moon, sorte d’hommage à Méliès à la narration éclatée, mélangeant les techniques et les effets, complètement foutraque mais également empreint de poésie et doté d’un charme certain. Par un hasard d’organisation, ces trois courts étaient regroupés ensemble, c’était donc la séance à ne pas rater !

Vous pourrez retrouver d’autres articles de bloggeurs nettement plus productifs que moi sur le blog officiel du festival.

Die Bad – de Ryu Seung-wan (2000) Ecrit par Pierre le 01.11.10

A noter que vous pourrez découvrir (entre autres) ce film en présence de son réalisateur (et en 35 mm !) au Festival Franco-Coréen du Film la semaine prochaine. Toutes les infos sur http://www.ffcf-cinema.com/.

Die Bad, le premier film de Ryu Seung-wan sorti en 2000 en Corée, est en réalité constitué de 4 courts-métrages mis bout à bout, reliés entre eux par un ou plusieurs personnages et mettant en scènes différences “étapes” de la vie d’un gangster. Ces quatre films n’ont pas été réalisés en même temps : Ryu Seung-wan a d’abord fait le premier, qu’il a présenté à des festivals avec succès puisqu’il a remporté quelques prix lui permettant de financer le second segment, l’histoire se répétant pour former au bout de compte ce long métrage qui fit sensation à sa sortie.

Le premier segment, Rumble, montre bien la passion du réalisateur pour les films d’action et les films d’arts martiaux. La rivalité banale entre deux groupes de lycéens va dégénérer en combat meurtrier. L’occasion pour le réalisateur de s’essayer à plein de choses : des cadrages de dingue, des vues subjectives (la caméra prend cher), une ambiance survoltée sur fond de hard rock et des cascades en pagaille (y compris par Ryu Seung-wan lui-même) pour donner à ce bref déchaînement de violence un aspect brut et direct. Et tout au long du court, en parallèle, le point de vue d’un adulte sur cette jeunesse sauvage.

Le second court, Nightmare, toujours aussi fauché, met en scène l’un des jeunes à sa sortie de prison. Il aborde brièvement d’autres thèmes comme la cellule familiale, lors d’un dîner de famille assez terrifiant, ou les remords du jeune délinquant, l’occasion d’insérer quelques éléments fantastiques. Peut-être le court le moins percutant, on retrouve encore une fois un montage déjanté avec un combat final d’une rare violence.

Le troisième, Modern Man, monte en parallèle les interviews d’un gangster et d’un policier avec un combat opposant les deux hommes. Il est particulièrement réussi puisqu’au-delà des scènes de combat particulièrement bien chorégraphiées (avec un combat jusqu’à épuisement total des protagonistes qu’on retrouvera dans son long-métrage Crying Fist), les dialogues proférés par les deux personnages lors de leur interview sont sensiblement les mêmes. Chacun raconte son quotidien, ses doutes ou ses espoirs devant la caméra, pour qu’on constate au final, non sans un humour bien noir, qu’il n’y a que la profession qui sépare les deux hommes.

Le dernier court, Die Bad, est aussi le plus long et le plus travaillé. L’histoire est plus proche d’un film noir classique avec la trajectoire d’un jeune délinquant au sein d’un gang (Ryu Seung-beom, le frère du réalisateur, y arbore pour ses débuts au cinéma une naïveté et une sincérité incroyable qui parviennent à le rendre attachant). L’image impeccable en noir et blanc tranche avec celle des films précédemment, et permettent à la mise en scène de Ryu Seung-wan de dégager une intensité différente, plus profonde. Pour se terminer en apothéose lors de cinq dernières minutes à couper le souffle.

Compte-rendu Etrange Festival 2010 Ecrit par Pierre le 18.09.10

Comme promis, petit compte-rendu des films que j’ai vu à l’Etrange Festival. Dommage tout de même que le festival ne propose pas de “pass” donnant accès à toutes les séances et qui m’aurait permis de faire plus de découvertes (mais vu la très forte fréquentation on peut le comprendre).

Le Guerrier Silencieux – Nicolas Winding Refn (2009)
Le festival a commencé pour moi par une grosse claque avec ce film du danois Nicolas Winding Refn que j’avais raté en salles. Le film était choisi et présenté par Alejandro Jodorowsky qui a ainsi pu nous donner un aperçu de sa vision du cinéma contemporain : “La 3D, ces connarrrrrds !”. On se retrouve directement plongé au beau milieu de nulle part en compagnie d’une bande de Vikings mutiques et d’un gamin tout droit sorti d’un clip de Sigur Rós. Et la magie fonctionne instantanément : les images sont saisissantes, les sons nous transpercent, les personnages nous intriguent. Le scénario peut paraître simple et avare de paroles mais pourtant on sent une vraie richesse tout au long du film, des questions qui se posent… Certaines séquences sont à couper le souffle tellement elles allient à merveille les images et les sons (quelle musique) et m’ont personnellement mis dans un état de transe. La sensation provoquée par ce film est difficile à décrire, quasi mystique, donc je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience. Jodorowsky comparait un grand film à un virus : quelque chose qui vous laisse une marque, vous obsède, vous ronge de l’intérieur. Sa définition colle parfaitement à ce Guerrier Silencieux.

No Mercy – Kim Hyeong-jun (2010)
On enchaîne avec un autre film choisi par Jodorowski et que celui-ci décrit comme d’une violence inouïe, comportant une vengeance encore plus terrible que celle d’Old Boy. Au vu du film précédent, on se met à y croire. Malheureusement les espoirs seront un peu déçus. Non que le film soit mauvais : il s’agit d’une histoire assez classique où l’on retrouve un tueur manipulateur, un médecin légiste dont la fille est enlevée par ce dernier et une fliquette plus maline que les autres. Le tout est plutôt bien mené et efficace malgré quelques fautes de goût (les flashbacks…). Quelques séquences rappellent furieusement Old Boy mais sans dégager le même impact. Les acteurs assurent le job, en particulier Ryu Seung-beom qui interprète le tueur avec un certaine douceur. On se met quand même à attendre la fin avec impatience pour découvrir ce qu’a cette vengeance de si horrible, au point qu’on est limite déçu quand elle arrive. Bon d’accord, c’est quand même assez ignoble et dévoilé de façon plutôt intelligente, mais le tout manque quand même un peu de piquant.

The Runaways – Floria Sigismondi (2010)
Je n’aurais pas cru être tenté de voir un film avec Kristen Stewart et Dakota Fanning. Je n’aurais pas cru l’aimer. Et je n’aurais pas cru les trouver formidables mais c’est pourtant le cas. The Runaways suit le parcours de l’éphémère groupe de rock du même nom fondé en 1975 par Joan Jett et Sandy West. La reconstitution des années 70 est particulièrement soignée, des talons géants à paillettes aux coupes de cheveux improbables, avec évidemment une bande-son de rêve… Dakota Fanning promène sa dégaine incroyable et son visage mutique pendant toute la première partie du film. Elle interprète dans une scène géniale une chanson de Bowie (avec le même maquillage !) devant un parterre d’écoliers moqueurs qui lui balancent toutes sortes de détritus, ce qui ne l’empêche pas de rester imperturbable. Mais c’est surtout la mise en scène qui m’a plu, en particulier lors des nombreuses scènes musicales pleines de vie et d’intensité. La réalisatrice qui vient du clip se concentre plus sur les personnages que sur la performance, sur ce qui se joue à l’intérieur d’elles, ce qui au final nous immerge totalement dans l’action. Un mot enfin sur le personnage de Kim Fowley, le producteur du groupe, totalement déjanté et hystérique et dont chaque apparition est un régal, comme par exemple la scène où, dans une caravane miteuse, naquit la chanson “Cherry Bomb”.

Dream Home – Pang Ho-Cheung (2010)
On retourne en Asie du côté de Pang Ho-Cheung, que j’avais découvert avec jubilation dans le très drôle “Trivial Matters”. Cette fois-ci, c’est avec un thriller gore qu’on retrouve le réalisateur qui n’a pas perdu son sens de l’humour. Le film nous comporte deux parties montées en parallèle : dans la première on découvre la sympathique Josie Ho en tueuse redoutable mais un peu dépassée par les évènements, dans la seconde on la retrouve, beaucoup plus sage, en proie aux difficultés liées à la crise du logement. Si cette seconde partie sert à expliquer la première et replacer la tuerie dans un contexte social (les plans de buildings sont presque aussi effrayants que le reste), ça n’est clairement pas la plus intéressante et elle permet surtout de se reposer entre les déferlements de violence qui peuplent le reste du film. Car Pang Ho-Cheung a choisi la méthode bourrin et met en scène les meurtres en ne nous épargnant aucun détail : boyaux déposés sur le sol, gorges sectionnées, martyrisation de femmes enceintes… le tout dans une mise en scène survoltée et pas avare de gros plans. En fait, il est particulièrement amusant de voir cette Madame Tout-le-monde et son visage angélique se muer en une féroce assassine et le spectacle est tel qu’on en redemande à la fin.

Cargo – Ivan Engler et Ralph Etter (2009)
Après l’excellent Moon découvert l’an dernier, on pouvait découvrir cette année un pur film de science-fiction suisse. Dans un futur plus ou moins lointain, la Terre est devenue inhabitable et les humains obligés de vivre dans des petites stations spatiales surpeuplées, dans l’espoir de rejoindre un jour la planète Rhea, véritable paradis. Si l’intrigue n’est pas particulièrement novatrice (elle reprend des schémas très classiques de la science-fiction, et on en devine presque immédiatement l’issue), j’ai trouvé qu’elle était vraiment très bien exploitée ici. Sans vouloir dénigrer l’industrie cinématographique suisse, les effets spéciaux m’ont surpris par leur qualité. Le film maintient un climat oppressant et même s’il est un peu long, on ne s’ennuie pas une seconde.

Rubber – Quentin Dupieux (2010)
La première (et seule) vraie grosse déception de ce festival. Le pitch était pourtant séduisant puisque le film met en scène un pneu télépathe tueur en série ! Les premières scènes maintiennent l’illusion par de très bonnes idées visant à faire paraître le pneu “humain”. Mais cette idée qui aurait pu faire un excellent court-métrage se révèle vite insuffisante, et les bonnes idées s’espacent de plus en plus, enchaînant les temps morts jusqu’à un final il est vrai hilarant. Sans doute conscient que son idée de départ ne permettait pas de tenir un film, le réalisateur a rajouté toute une intrigue avec des spectateurs à l’intérieur du film, sur un totalement volontairement décalé qui m’a laissé de marbre la plupart du temps. Le générique est à l’image du film puisqu’il nous repasse la séquence introductive qui était pourtant drôle la première fois : paresseux.

Monsters – Gareth Edwards (2010)
Réalisé avec un micro-budget de 15000 dollars, Monsters est un film épatant. Il part d’un fait assez similaire à District 9 : les extra-terrestres ont débarqué sur la terre depuis quelques années. Cette fois, ils ne sont pas parqués dans un ghetto mais occupent sauvagement une partie du Mexique et des Etats-Unis. On suit le périple d’un journaliste escortant la fille de son boss à travers cette zone dangereuse et inquiétante. Le film joue beaucoup sur le côté réaliste et nous place au niveau des personnages, ceci jusqu’à la fin d’une superbe brutalité. On a peu d’informations sur ce qui se passe, et à part quelques bribes de journaux télévisés seule l’observation nous donne des indices sur la situation. Ce procédé mêlé à la tension croissante qui habite le film au fur et à mesure que les personnages s’enfoncent dans la forêt est captivant pour le spectateur. Malgré le peu de moyens, les effets spéciaux sont très réussis, minutieux et cohérents, basés plutôt sur l’économie et le réalisme. Le sous-contexte politique est également palpable tout au long du film et distille une certaine ironie sur le monde d’aujourd’hui (le mur à la frontière). On pourra reprocher au film de se focaliser un peu trop sur la relation sentimentale entre les deux protagonistes, j’ai trouvé au contraire que celle-ci était bien écrite.
- Don’t you feel bad, that you need something bad to happen to profit from it?
- What? Like a doctor?

Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (3) Ecrit par Pierre le 17.07.10

Suite et fin du compte-rendu : trois films et deux documentaires au programme !

Sweet Little Lies – Hitoshi Yazaki (2010)
Avant que le film ne démarre, le réalisateur Hitoshi Yazaki a prévenu les couples présents dans la salle de ne pas prendre son film trop au sérieux. Pourtant, c’est un couple en apparence uni qui apparait à l’écran. Depuis le balcon, Ruriko susurre des mots doux à Satoshi, son mari endormi, dans un cadre de bisounours (son métier est créatrice d’ours en peluche !). C’est la vision que partage l’entourage du couple. Pourtant peu à peu, on découvre la misère affective qui peuple leur intimité. Malgré leur sourire de façade, leur vie quotidienne est un enfer de monotonie : lui passe son temps dans sa salle de jeux (où elle n’entre jamais : elle lui téléphone pour lui dire de venir manger), elle lui parle de choses qui ne l’intéressent pas. C’est en vivant chacun une aventure extra-conjugale qu’ils vont commencer à réfléchir à leur couple… En dépit des longueurs et d’une symbolique parfois un peu grosse dans la dernière partie, j’ai trouvé le film bien écrit. La relation totalement déphasée entre les deux personnages centraux est amenée progressivement et avec beaucoup d’humour. La réalisation est quant à elle plutôt sobre et l’image impeccable. C’est surtout du côté des acteurs que vient la satisfaction. Nao Omori est incroyable en Droopy hébété récalcitrant envers tout contact physique, je n’ai absolument pas reconnu en lui le routier blond de “Vibrator”, vu pourtant quelques jours plus tôt ! Et que dire de Chizuru Ikewaki dont chaque apparition est un cadeau (et dont le nombre de scènes est inversement proportionnel à mon objectivité sur un film, vous êtes prévenus). Sans ses quinze dernières minutes, c’est un film vraiment chouette.
Note : 3.25/5.

Hole in the Sky – Kazuyoshi Kumakiri (2001)
Encore une jolie surprise avec ce film de 2001 présenté dans le cadre du focus sur Rinko Kikuchi. Tae, une jeune fille, est larguée par son copain dans une station service paumée dans la campagne. Elle se met à travailler pour Ichio, propriétaire d’un petit restaurant. Pour commencer, j’ai trouvé ce film très beau. Le réalisateur utilise beaucoup de plans larges mais ceux-ci ne sont jamais figés, il se passe toujours quelque chose à l’écran (et puis filmer des gens sur un toit, c’est toujours chouette). Et comment ne pas parler des deux acteurs qui contribuent beaucoup à l’émotion provoquée par le film. Rinko Kikuchi impose une présence magnétique, presque animale avec sa voix bizarrement aiguë, son petit air mutin et son caractère à fleur de peau. Susumu Terajima est quand à lui particulièrement touchant en homme solitaire reprenant goût à la vie. J’ai été totalement conquis par ces deux personnages perdus, voilà tout.
Note : 3.5/5.

Live Tape – Tetsuaki Matsue (2009)
“Live Tape” est un documentaire peu commun. Formé d’un unique plan-séquence, il suit le chanteur et musicien Kenta Maeno jouer ses chansons en marchant dans les rues de Tokyo. Au fur et à mesure de son impressionnant périple, il croise des musiciens qui l’accompagnent sur une chanson ou deux (j’ai cru un instant au hasard sur le tout premier !), jusqu’à ce qu’il rejoigne une scène de concert en plein air pour jouer avec son groupe. S’il a choqué certains spectateurs, ce dispositif est très intéressant et je ne me suis pas ennuyé une seconde (évidemment il vaut mieux apprécier la musique, sinon l’expérience peut s’avérer vraiment douloureuse). La durée du film permet de se concentrer sur différents aspects : la musique d’abord, le musicien, les paroles, la réaction des passants entre indifférence et intérêt timide. Puis peu à peu ce sont des questions plus profondes sur la musique, voire des questions personnelles qui viennent à l’esprit. A un moment, Kenta Maeno retrouve un musicien dans une ruelle sombre et étroite, le réalisateur prend un peu de recul pour le filmer. Tout au fond, on voit un passant déboucher dans la rue, quand soudain il s’aperçoit de ce qui se passe et fait immédiatement demi-tour : c’est bizarre mais ce plan m’a immédiatement fait penser à une séquence similaire du film “Irréversible”, sauf qu’il s’agissait alors d’un viol ! Une expérience plus intéressante qu’il n’y parait.

Intérimaire en détresse – Hiroki Iwabuchi (2009)
Il s’agit là d’un documentaire entièrement réalisé par un jeune japonais désespéré par sa situation précaire et misérable d’intérimaire au Japon. Se filmant lui-même pendant une année entière, il nous montre sa réalité : un travail payé une misère, sans primes ni augmentations ni sécurité sociale, où chaque jour de congé est un jour non payé. Il participe à des manifestations qui ne mènent nulle part et fait même l’objet d’une émission de télévision censée montrer son quotidien. Cette scène est particulièrement édifiante et prouve l’intérêt de son documentaire : la séquence est mise en scène pour donner une vision totalement misérabiliste de sa situation. Le visage masqué et la voix modifiée, il a l’air d’un criminel. J’aurais aimé connaitre la visibilité et l’impact de son documentaire au Japon, un film courageux comme un appel au secours.

Poetry – Lee Chang-Dong (2010)
Le pitch avait tout pour faire peur : une grand-mère élevant seule son petit-fils, un soupçon d’Alzheimer et des cours de poésie. Bref, alors que tous les ingrédients étaient réunis pour nous pondre un film larmoyant plein de pathos, Lee Chang-Dong s’en est sorti haut la main pour nous offrir quelque chose tout en émotion contenue. Les scènes traitant de la poésie ne sont jamais lourdes, au contraire très accessibles puisqu’on est placé au niveau de Mi-Ja, quelqu’un d’extérieur au “milieu” qui va essayer d’ouvrir ses yeux sur quelque chose de nouveau. Le film possède presque un côté ludique puisque nous expérimentons en même temps qu’elle. Tout comme Mi-Ja grâce à ses cours de poésie, Lee Chang-Dong réussit le tour de force de nous faire voir ses images autrement. Un fruit. Une partie de badminton. Une rivière. L’effet est saisissant lors des derniers plans. L’actrice Yoon Jeong-Hee rayonne tout au long du film, et ses petits yeux d’un noir absolu animés d’une petite lumière dévoilent la noirceur de ce qu’elle vit à l’intérieur. On retrouve également un émouvant Kim Hee-Ra, autre monument de l’histoire du cinéma coréen.
Note : 4/5.

En conclusion, on a eu droit à un joli festival : une programmation japonaise particulièrement variée, des salles bien remplies, des interprètes un peu à côté de leurs pompes, des présentations de film collector (mention à Bastian pour Tetsuo), et au final comme toujours après un festival à force de découvertes et discussions, une watchlist qui s’est bien agrandie.

Reste du compte-rendu : 1ère partie2ème partie

Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (2) Ecrit par Pierre le 12.07.10

Deuxième partie du compte-rendu avec au menu la plus grosse claque sensorielle et la plus grosse déception de ce festival.

To Walk Beside You – Yuya Ishii (2009)
Un jeune homme décide de fuir sa campagne natale pour Tokyo en compagnie de sa prof d’anglais. Premier des deux films de Yuya Ishii présenté la même journée, “To Walk Beside You” séduit très vite par son ton décalé. Les personnages affichent une naïveté presque enfantine et leur confrontation avec un univers inconnu (la grande ville), déclenchant un festival de réactions absurdes, est savoureuse. Les tokyoïtes sont dépeints de manière gentiment caricaturale et l’on rit beaucoup. Il y a également beaucoup de douceur et de tristesse dans ces personnages, comme si leur apparente naïveté n’était qu’un moyen d’échapper à leurs doutes. Après tout c’est bien celui le sujet du film : la fuite.
Note : 3/5.

Tetsuo : The Bullet Man – Shinya Tsukamoto (2009)
Difficile d’exprimer ce qu’on ressent à la vue d’un tel film en salles. J’ai d’ailleurs du mal à l’évaluer et à savoir ce que j’en aurais pensé si je ne l’avais pas vu dans ces conditions. Dès les premières secondes du film, au son du métal frappé et à la vue des grosses lettres TETSUO projetées violemment sur l’écran, j’ai été totalement happé. Cloué à un siège qui doit encore être marqué par mon empreinte, les yeux écarquillés et un pouls qui mettra longtemps à redescendre. Vivre pleinement comme cela ce déluge d’images et de sons me fait occulter tout défaut. Mais je pense sincèrement que le film en a peu, le principal étant qu’on y comprend pas grand chose : entre les explications alambiquées et un anglais difficilement compréhensible (que ce soit celui de Tsukamoto ou celui d’Eric Bossick transformé en métal), on est un peu déboussolé. Mais est-ce vraiment important devant un tel film ? La réalisation est à couper le souffle, en particulier dans les scènes de “furie” (je pense notamment à la confrontation avec la voiture, véritable monstre crissant et rugissant). Tsukamoto sait aussi faire naitre la beauté et l’émotion, comme lorsque la femme du “monstre” enlève des petits morceaux de métal de son mari à bout de force. Une évidence, un besoin : je veux voir les deux premiers Tetsuo en salles, non je veux voir TOUT Tsukamoto en salles !
Note : 4/5.

Mundane History – Anocha Suwichakornpong (2009)
Voici un film plutôt bizarre constitué en majeure partie de plans sur un homme handicapé par un accident et allongé dans son lit. L’image a beau être chouette, c’est lent, peu intéressant, bref on s’ennuie ferme. Sauf qu’étrangement s’y ajoutent quelques séquences plutôt audacieuses qui font ressortir un peu le film du lot : un générique qui s’affiche au bout de 20 minutes, des images sublimes de l’explosion d’une étoile accompagnées par une musique tout aussi intense, et enfin la naissance d’un enfant par césarienne ainsi que sa première toilette lors d’un long plan-séquence. Des images qui marquent profondément certes, mais qui ne sont absolument pas intégrées au reste du film, qu’elles ne parviennent donc pas vraiment à rehausser.
Note : 1.75/5.

Sawako Decides – Yuya Ishii (2009)
Ce film a été une petite déception au vu de l’autre film du réalisateur présenté précédemment. On y reconnait certes le ton décalé du réalisateur, mais l’humour qui m’avait tant plu dans le premier m’a paru ici complètement différent, en tout cas plus dans le même registre, et m’a semblé beaucoup plus lourdingue (question de sensibilité sans doute, puisque certains ont trouvé celui-ci plus drôle !). Bon, il faut quand même admettre que certaines scènes sont amusantes, comme lorsque les employées de l’usine d’empaquetage de palourdes chantent vigoureusement l’hymne de leur usine, mais ces instants de folie sont rares et le film tire en longueur. Côté thématique, il est à nouveau question de fuite et de parentalité, une obsession du réalisateur ?
Note : 2.25/5.

Mélodie Tzigane – Seijun Suzuki (1980)
Film dont je ne savais rien du tout, j’ai été pour le moins surpris ! Il s’agit là d’un film très difficile d’accès (d’ailleurs un bon tiers de la salle est parti avant la fin) puisqu’on n’y comprend pas grand chose et qu’en plus il est long, très long. Pour ma part j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans, mais peu à peu les choses se sont améliorées et j’ai commencé à apprécier la multitude d’éléments intéressants. Tout d’abord visuellement, ce film est assez somptueux, dans son utilisation des couleurs, des lumières… Il est aussi très drôle par moments, par son côté totalement surréaliste ou parfois même grotesque (les trois aveugles). Dans les décors comme dans la mise en scène, on est parfois plus proche du théâtre que du cinéma. Un film mystère qui m’a laissé perplexe autant qu’il m’a subjugué, et dont je ne suis pas sûr d’avoir perçu tout le sens…
Note : 2.5/5 (je ne sais pas comment le noter).

The Housemaid – Im Sang-Soo (2010)
LA grosse déception de ce festival, encore qu’on était prévenu avec les mauvais échos cannois. Le film est encore plus énervant quand on connait la version originale de Kim Ki-Young réalisée en 1961 (une petite merveille, faut-il le rappeler). On peut d’ailleurs difficilement parler de remake tant la version d’Im Sang-Soo diffère de l’original, notamment dans ses enjeux, complètement anéantis. Dans la version originale, la servante est loin d’être aussi passive, elle est au contraire formidablement ambiguë, vampirise la famille, tente d’imposer son contrôle et se fait détester des enfants. Ici, la pauvre Jeon Do-Yeon est complètement naïve (pour ne pas dire nunuche) et dépassée par la situation. Son semblant de révolte apparait bien trop tardivement lors d’un final qui frise le ridicule (ça m’a rappelé “La Guerre des Rose”, c’est dire). Pourquoi avoir modifié le scénario pour lui retirer toute sa substance ?
On nous annonçait également un film torride : quelle blague ! Avec ses quelques scènes provoc’ et gratuites rapidement expédiées, le film ne contient pas la moindre tension sexuelle. Il y avait plus de sensualité dans la version de 1961, un comble quand on connait la censure qui sévissait à l’époque. Ces scènes aux grands moyens totalement inutiles sont assez représentatives du la mise en scène du film. Qu’un film comme “Tears” semble loin ! Im Sang-Soo ferait bien de retourner un film sans le moindre budget, histoire de se rafraichir un peu les idées. Les maigres satisfactions sont à chercher au niveau des actrices : Jeon Do-Yeon est égale à elle-même, et c’est surtout Yoon Yeo-Jeong (qui jouait déjà dans les remakes de Kim Ki-Young dans les années 70 et 80) qui sort le grand jeu. Drôle et incisive, c’est vraiment la seule à donner vraiment une âme à son personnage. A part ça, Lee Jeong-Jae a de gros pectoraux. J’ai bien aimé également le dernier plan-séquence représentant la famille célébrant l’anniversaire de leur fille : chaque petit détail contribue à les rendre absolument détestables, de manière presque effrayante. On se dit que c’est dommage, et qu’il y avait moyen de faire là quelque chose plus incisif.
Note : 1.75/5.

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