Mère Porteuse - d’Im Kwon-Taek (1986) Ecrit par Pierre le 01.11.08
Vu lors de la Rétrospective du cinéma coréen, “Mère Porteuse” (aka “The Surrogate Womb”) a été pour moi la découverte la plus marquante de cette première dizaine de jours (10 films vus en 10 jours, je maintiens mon cap !
).

Un couple de nobles n’arrive pas à avoir d’enfant. Ils décident alors de payer une jeune fille pour leur servir de “mère porteuse” (en coréen, 씨받이 = ssibaji). C’est bel et bien une relation amoureuse qui va naitre entre cette fille et le mari, un amour totalement interdit…
Comment parler de ce film sans évoquer la prestation époustouflante de son actrice principale, Kang Su-Yeon, qui fut d’ailleurs récompensée à l’époque du Prix d’Interprétation Féminine au festival de Venise. Elle y dégage quelque chose de magnétique, d’hypnotisant, crevant totalement l’écran. A tel point qu’on se met à sentir le sang chaud et bouillonnant dans son corps d’effrontée.
Im Kwon-Taek ne s’y trompe d’ailleurs pas en s’attardant sur son visage à de nombreuses reprises, son expression mutine, ses yeux perçants, sa bouche se tordant tantôt de douleur, de plaisir ou de suffocation. Elle illustre à merveille ce rôle ingrat réservé aux femmes : la grand-mère qui au nom des coutumes ancestrales, va organiser l’opération, la femme qui doit tenir la chandelle de son mari accomplissant son “devoir conjugal” avec une autre, et la mère porteuse qui n’a d’autre destinée que d’être rejetée une fois son “ouvrage” accompli. Celles-ci doivent subir toutes les souffrances : des techniques inhumaines censées favoriser la fécondité ou la naissance d’un garçon (ils sont très imaginatifs pour ça !) à l’accouchement, qui donne lieu à une scène pratiquement apocalyptique, monstrueuse et bouleversante, apothéose de la cruauté.

“Mère Porteuse” est un chef d’oeuvre fascinant et injustement méconnu d’Im Kwon-Taek, découvert en France pour “La Chanteuse de Pansori”, puis quelques années plus tard, “Le Chant de la fidèle Chunhyang” et “Ivre de femmes et de peinture”, tout deux diffusés dans le cadre de la Rétrospective, à ne pas manquer !






