Deauville 2010 – programme disponible Ecrit par Pierre le 28.02.10

Dans une dizaine de jours se déroulera la 12ème édition du Festival du Film Asiatique de Deauville. Comme l’an dernier, je m’y rendrai avec quelques camarades et vous aurez probablement droit à un petit compte-rendu à la fin. Contrairement aux années précédentes, le programme a été annoncé plus de deux semaines avant l’ouverture : http://www.deauvilleasia.com/2010/pdf/FFA12-communique-presse-02.pdf.

Quelques réactions en vrac :
- Disparition de la section Panorama, ce qui du coup limite fortement le nombre de films inédits hors hommages…
- Hommage à Lou Ye : même si tous ses films sont trouvables facilement, ce sera l’occasion de voir le très beau “Suzhou River” sur grand écran (et de découvrir son dernier, même si celui-ci est assez critiqué).
- Côté films coréens, on trouve en compétition “Paju” et “Cast Away on the Moon” qui ont tous deux plutôt bonne réputation, ainsi que le film épique “The Sword with No Name”.
- Après le Kirghizistan, on pourra se vanter cette année d’avoir vu un film Tadjik (ou pas).
- “Clash”, un film d’action vietnamien mettant en scène “une femme entraînée au combat” nous fera-t-il oublier le thaïlandais “Fireball” et sa variante du basket gavée à la testostérone ?
- Il parait que “City of Life and Death” est très bon, chouette.
- Il vaut mieux ne pas être allergique à Mendoza sous peine d’avoir quelques trous d’emploi du temps.
- Enfin, la palme du pitch le plus déjanté revient au japonais “Symbol”, de Matsumoto Hitoshi. Jugez plutôt : “Un japonais se réveille un beau jour dans une pièce immaculée de blanc, sans fenêtres, ni portes. Lorsqu’il appuie sur une protubérance en forme de pénis fixée au mur, une brosse à dents rose apparaît comme sortie de nulle part et enclenche une série d’événements vraiment étranges…“.

Ad-Lib Night – Lee Yoon-Ki (2006) Ecrit par Pierre le 14.02.10

Devant le peu d’intérêt des nouveautés côté cinéma coréen, je me suis enfin décidé à regarder l’un des plus grands Poulidors de ma watchlist (toujours bien placé mais jamais choisi) : Ad-Lib Night. Bon, il faut dire que je prenais peu de risques au vu de son dernier film, le génial “My Dear Enemy” (jetez-vous dessus si vous ne l’avez pas encore vu). Je n’ai pas été déçu.

Deux hommes interpellent une fille dans la rue. Ils la prennent pour une ancienne camarade de classe dont le père est en train de mourir et qu’ils essayent désespérément de retrouver. S’apercevant de leur erreur, ils convainquent tout de même cette fille de se faire passer pour l’autre auprès du père mourant.

Ce film possède pas mal de points communs avec “My Dear Enemy”. A commencer par un personnage principal dont on ignore tout. Plutôt que démarrer avec une scène d’exposition censée nous présenter les enjeux ou les protagonistes, Lee Yoon-Ki nous jette dans l’action et nous laisse les découvrir par nous-mêmes, sans autre artifice que ce qui apparait à l’écran. Cette entame tout comme le reste du film stimule continuellement l’intérêt et l’imagination en conférant aux personnages, en particulier à la fille interprétée par Han Hyo-Joo, une zone d’ombre, un côté ambigu délicieux. C’est tellement réussi chez Lee Yoon-Ki qu’au final (ce qui peut paraitre assez étonnant) cela leur donne plus de profondeur que si plus d’informations sur eux nous étaient données. Avec cette intrigue dépouillée, tout son talent est d’utiliser la caméra non pas pour poser ou adopter une quelconque attitude auteurisante mais bien pour essayer de nous faire ressentir ce qui se trame au plus profond de ses personnages.

En s’attachant à un regard, un errement, un doute, Lee Yoon-Ki semble en dire plus qu’avec des paroles. Les scènes les plus bavardes ne sont d’ailleurs pas exceptionnelles en elles-mêmes, mais elles trouvent leur intérêt dans le contraste qu’elles provoquent avec les instants où les personnages sont livrés à eux-mêmes (entre la fille et la famille du mourant, on retrouve un peu le contraste muet/bavard qui existait entre les personnages de Jeon Do-Yeon et Ha Jeong-Woo dans “My Dear Enemy”).

Tourné avec un budget semble-t-il dérisoire, le film ne possède certes pas une image éclatante, mais ça ne l’empêche aucunement d’être visuellement superbe par instants. C’est un point commun assez amusant avec son film suivant, mais Lee Yoon-Ki filme merveilleusement bien les personnages en voiture ! Reflets, lumières, regards à travers la vitre : ces deux longues séquences qu’on retrouve au début et à la fin du film sont admirables, en particulier la deuxième qui donne son sens au voyage. C’est simple, profond et beau.

Une fois de plus, je ne peux que vous conseiller de voir ce joyau pur, surtout si vous avez apprécié “My Dear Enemy” (pour lequel j’ai une légère préférence). Next step for me : “Love Talk” et la boucle sera bouclée.

Gore, Japan Gore ! (spécial Nishimura) Ecrit par Pierre le 07.02.10

Hier soir avait lieu au cinéma Nouveau Latina une Absurde Séance intitulée “Gore, Japan Gore !”. Au programme, les deux films du réalisateur et spécialiste des effets spéciaux Yoshihiro Nishimura : d’abord l’excellent “Tokyo Gore Police” puis son petit dernier au titre dément, “Vampire Girl vs Frankenstein Girl”.

Tokyo Gore Police – de Yoshihiro Nishimura (2008)
Dans un futur pas si lointain, les forces de police japonaises ont été privatisées et n’hésitent désormais plus à employer la force pour faire régner l’ordre. De dangereux criminels appelés “ingénieurs” terrorisent la ville et possèdent un étrange pouvoir mutant : lorsqu’on leur coupe un membre, celui-ci repousse sous la forme d’une arme. La chasseuse d’ingénieurs Ruka est appelée en renfort.

Qu’est-ce qui l’emporte au sortir de ce film fou ? Son enthousiasme débordant, ses surprises permanentes, cette impression d’être submergé par un torrent d’idées toutes plus délirantes les unes que les autres. Le film n’hésite devant rien, pour proposer les mutants les plus dingues (mention à la femme aux jambes / gueule de crocodile) ou pour inventer les armes les plus loufoques (le canon à poings), avec toujours beaucoup d’humour. C’est un festival de mauvais goût sacrément tordu qui nous est offert, de manière aussi foutraque que généreuse. Visuellement, c’est parfois réussi, parfois carrément moche. Les scènes de mutation notamment sont très décevantes puisqu’elles consistent à agiter la caméra dans tous les sens pour un résultat très laid. En revanche, certaines scènes sont ultra stylisées (avec des tons de couleurs saisissants) à tel point qu’on se demande pourquoi tout n’est pas comme ça. Et puis Eihi Shiina a trop la classe, ça aide.

Mais il serait bien réducteur de réduire “Tokyo Gore Police” à un catalogue d’effets gores, aussi réussis et surprenants soient-ils. Le film met en place un vrai univers. Au moyen de courtes et hilarantes publicités tout au long du film, le réalisateur dépeint un Japon (à peine) exagéré, où l’on vend des cutters kawai “parfaits pour se taillader les veines”, et où les jeux Wii permettent de torturer des criminels. Plus encore, il fait de Tokyo une ville glauque et emplie de solitude, oppressée par un état policier. Lors d’une scène dans un bar des bas-fonds de la ville, le film va encore plus loin dans cette ambiance en mettant en scène une galerie de freaks tous plus étranges les uns que les autres, avec un point d’orgue un être-chaise à la limite du nauséeux et particulièrement dérangeant. Cet aspect donne au film une dimension intéressante et je serais curieux de voir Nishimura abandonner pour un film son côté potache et s’engager dans quelque chose de vraiment noir.

Vampire Girl vs Frankenstein Girl – de Yoshihiro Nishimura et Naoyuki Tomomatsu (2009)
La bataille sanglante entre Monami, élève discrète mais surtout vampire à travers les âges, et Keiko, ramenée à la vie par son savant fou de père, pour obtenir l’amour du plus beau garçon du lycée.

Autant le dire tout de suite, ce film ne joue pas dans la même catégorie que le précédent. Il s’agit là d’une comédie pure, et si elle donne lieu à quelques idées sympathiques, c’est totalement insuffisant. Les acteurs sont (au choix) niais ou hystériques, et le côté caricatural ne va pas si loin que ça. On a bien droit à un concours de tranchage de veine mais j’ai franchement du mal à me souvenir d’autres délires m’ayant marqué. Certains sont carrément à côté de la plaque, comme les 4 élèves “ganguro” de la classe dont la représentation est particulièrement nauséabonde.

Côté action, le combat inaugural restera le seul moment de bravoure du film, le final étant lui particulièrement pitoyable. Nishimura a cette fois opté pour des effets spéciaux numériques (alors qu’il excelle pourtant dans les effets “à l’ancienne”) qui se révèlent particulièrement hideux. La réalisation est quelconque, dépourvue d’intentions esthétiques au contraire du film précédent. Pire encore, certains détails (flashbacks repassant des scènes antérieures du film, sang dégoulinant sur l’écran pour “cacher” l’image) donne la furieuse impression que le film a été vraiment bâclé (il peine à meubler ses 1h20).

Bilan : un “Tokyo Gore Police” vaut mieux que deux “Vampire Girl vs Frankenstein Girl” tu regarderas.

5 films coréens à surveiller en 2010 Ecrit par Pierre le 30.01.10

L’année 2010 s’avérera-t-elle plus riche en bons films coréens que l’année précédente ? Avant de le savoir, je vous livre quelques films que j’attends avec impatience ou curiosité, et qui méritent à mon sens une attention tout particulière.

Breakfast at Tiffany’s – de Lee Yoon-Ki
On commence par un soulagement. En octobre dernier, on apprenait que le tournage du nouveau film de Lee Yoon-Ki avait été brutalement interrompu pour une durée indéterminée faute de financements. Une nouvelle étonnante au vu du joli succès de son film précédent, le génial “My Dear Enemy” et plus encore de la présence au générique de deux acteurs à priori bankables, Ha Jeong-Woo et Su Ae. Il faut dire que pile au même moment, les deux acteurs cartonnaient au box-office avec respectivement “Take off” (la comédie sportive ayant réussi à déloger “Haeundae”) et “The sword with no name”. Heureusement, les fonds nécessaires à la poursuite du film ont été débloqués à temps et le film devrait sortir cette année. Reste à savoir à quel point il aura été impacté par cet événement.

The Neighbor Zombie – de Oh Yeong-Doo, Ryu Hun, Hong Yeong-Geun et Jang Yun-Jeong
Un film dont je vous parlais récemment. Il s’agit d’un omnibus composé de 6 parties et consacré aux zombies, partant du pitch suivant : “Le 15 octobre 2010, le virus Zombie ravage Séoul. Le gouvernement ordonne le massacre de toutes les personnes infectées !”. Avec un budget minuscule, les quatre réalisateurs se sont impliqués à tous les niveaux (production, scénario mais aussi lumières, maquillages et même cascades…). Et nous promettent un film créatif et jouissif à l’imagination débordante. Le film a été particulièrement apprécié dans les quelques festivals où il a été projeté.

Café noir – de Jeong Seong-Il
Premier film de Jeong Seong-Il, célèbre critique coréen (également programmateur au festival de Jeonju et directeur du KAFA), “Café noir” intrigue déjà par sa durée : 3h17. Voilà qui est peu commun pour un film coréen et qui laisse présager un minimum d’ambition. Inspirée par Dostoïevski et Goethe, cette histoire d’amour au propos politique bénéficie en plus d’un casting raffiné avec Shin Ha-Gyun (qu’on ne présente plus), Jeong Yumi (vous n’avez pas fini d’en entendre parler ici) ou encore Kim Hye-Na (“Flower Island”). Projeté pour la première fois au dernier festival de Venise, le film a beaucoup impressionné et continue à bien tourner (Rotterdam cette semaine, puis Deauville ?).

Hahaha – de Hong Sang-Soo
Le titre à lui tout seul suffit à éveiller l’intérêt. Le casting aussi (comme dans son précédent), comme si un film de Hong Sang-Soo était devenu pour les acteurs “the place to be”. On retrouve des habitués du réalisateur, comme Kim Sang-Gyeong (“Turning gate”) ou Kim Yeong-Ho (“Night and day”), mais aussi des petits nouveaux comme Moon So-Ri. Le pitch mentionne deux amis se retrouvant à la montagne pour échanger leurs histoires tout en buvant de l’alcool (du pur Hong Sang-Soo quoi). L’autodérision omniprésente dans son dernier film sera-t-elle de la partie (avec un titre pareil, on peut espérer) ? Et puis une question fatidique se pose : va-t-il enfin se décider à bouger sa caméra ?

The Housemaid – de Im Sang-Soo
Vous n’êtes pas sans ignorer mon amour pour ce classique de Kim Ki-Young datant de 1961. En entendant parler d’un projet de remake, je n’étais pas particulièrement chaud mais l’arrivée aux commandes d’Im Sang-Soo a ravivé mon intérêt. Tout comme l’annonce de l’attribution du rôle principal à la fantastique Jeon Do-Yeon. Elle sera accompagnée de Lee Jeong-Jae, acteur au sommet à la fin des années 90 (il a notamment tourné avec Bae Chang-Ho et Park Kwang-Su), dont la carrière bat un peu de l’aile aujourd’hui, un choix intéressant. Comment Im Sang-Soo va-t-il s’en sortir en revisitant ce mythe, je suis impatient de le savoir.

Et vous, qu’est-ce qui vous fait saliver ?

En vrac Ecrit par Pierre le 24.01.10

Petite interruption du blog à la suite d’un gentil dégroupage abusif qui nous a privé de notre connexion internet pendant une dizaine de jours (c’est là qu’on mesure à quel point on est accro). Tout est rentré dans l’ordre, je rattrape donc mon retard avec un billet fourre-tout, en attendant de repartir de plus belle.

- Le Forum des Halles hébergera du 29 janvier au 7 février prochains le festival “Un état du monde… et du cinéma”, avec une section comprenant une dizaine de films autour de l’identité coréenne, documentaires ou fictions. Au menu, quelques films dont on a déjà parlé ici (Bandhobi, Land of Scarecrows, If you were me), mais aussi des raretés comme “Moranbong, une aventure coréenne”, film français de 1958 réalisé en Corée du Nord. Tout le détail de ce programme qui sera accompagné d’une conférence et d’une table ronde est détaillé ici.

- Les amateurs de manhwas connaissent peut-être “Le Visiteur du Sud”, le récit d’un sud-coréen envoyé au nord pour travailler sur un chantier (voir cet article sur Entre France et Corée). Son auteur sera présent pour une rencontre et séance de dédicaces le 3 février prochain dans la librairie Apo (k) lyps. Plus de détails ici.

- Retour au cinéma, japonais et sanglant cette fois-ci. Les amateurs du délirant “Tokyo Gore Police” se réjouiront d’apprendre que le film sera diffusé en compagnie du nouvel opus du réalisateur Yoshihiro Nishimura, le bien-nommé “Vampire Girl vs Frankenstein Girl”, dans le cadre de l’Absurde Séance le 6 février prochain. Plus de détails ici. (merci l’Insecte)

- Le festival du film asiatique de Deauville aura lieu du 10 au 14 mars 2010. Comme l’an dernier, j’ai prévu de m’y rendre avec quelques complices, ce qui promet des débats cinéphiliques de haut niveau (après les larmes et les flashbacks moisis de l’édition précédente, quels seront les grands thèmes de cette édition 2010 ?). L’heure est encore aux fols espoirs (Tetsuo 3 ?), en attendant d’être (vraisemblablement) refroidi par la programmation qui (parait-il) sera annoncée avant la veille du festival.

- Sancho fait gagner des places pour “Love Exposure“.

A part ça ?