Premières fois #4: The Peter Pan Formula – de Cho Chang-Ho (2005) Ecrit par Pierre le 15.04.09

A force de choisir des films un peu au hasard, on finit bien par tomber sur de mauvaises surprises… Pourtant j’avais mis ce “Peter Pan Formula” dans ma watchlist depuis un bon moment déjà après avoir lu quelques avis positifs (le film avait d’ailleurs remporté le prix du jury au festival de Deauville 2006). Avis que je suis donc loin de partager, ayant trouvé ce film extraordinairement mauvais !

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La première demi-heure est déjà difficile à surmonter : on y suit un jeune adolescent dont la mère vient de se suicider. La mine invariablement renfrognée, mâchoire serrée et sourcils froncés, il va lui rendre visite à l’hôpital et abandonne peu à peu toute activité sociale. L’ennui est profond, et lorsqu’enfin il se passe quelque chose, on se dit que la relation naissante entre cet adolescent et sa voisine plus âgée va déboucher sur quelque chose d’intéressant. Mais non, cela donne droit au contraire à une avalanche de scènes plus improbables les unes que les autres, servies par des dialogues d’un ridicule sans nom. Le problème majeur de ce film est son manque de cohérence conjugué à un manque de finesse certain. Derrière chaque action qui s’enchaîne sans réel lien logique, on sent toute la lourde symbolique qu’a voulu injecter le réalisateur. Exemple : pour bien montrer que l’adolescent se rebelle contre l’autorité, on le filme en train de braquer des supérettes (avec un bas sur la tête rappelant “Arizona Junior” des frères Coen, mais ici ça ne donne pas lieu à une course poursuite hilarante avec des chiens). Pour bien montrer comme son “mal-être” va le pousser à des expériences subversives, on lui fait échanger des dialogues inspirés tels que :
“- Tu t’es masturbé en pensant à moi ?
- …
- Et comment va ta mère ?
- Dans le coma.”
Et lorsque, summum de l’absurdité, on le filme en train de pousser des cris d’animaux sur un toit, on ne comprend même plus ce que le réalisateur a voulu montrer !

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Cette lourdeur du scénario se retrouve également dans la réalisation, où l’on a droit par exemple lorsqu’un personnage rend son dernier souffle, à pas moins de 6 plans d’un cerf-volant en train de chuter. Finesse, quand tu nous tiens… Il y a pourtant parfois quelques bonnes idées, mais elles sont trop souvent noyées par le propos du film. Quant aux acteurs, le jeune adolescent dégaine sa deuxième expression (un sourire niais) à partir de la moitié du film. L’autre adolescente qui croise sa route n’est guère plus expressive (il faut dire qu’elle se prostitue puis finit par euthanasier sa propre mère, ça n’aide pas). Seule l’actrice jouant le personnage de la voisine arrive à dégager quelque chose, mais quel dommage qu’elle soit aussi mal utilisée ! Un film à oublier définitivement.

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Premières fois #3: Road Movie – de Kim In-Sik (2002) Ecrit par Pierre le 12.04.09

Je continue les découvertes de premiers films avec le premier film de Kim In-Sik, “Road Movie”, datant de 2002 et dont j’avais entendu plutôt du bien au détour d’une conversation deauvilloise sur l’homosexualité masculine dans le cinéma coréen. Il faut dire que ce thème est généralement assez peu et souvent mal abordé, même si cela est peut-être en train de changer (voir cet article). Ainsi dans “Bungee”, si un professeur tombe amoureux d’un de ses élèves, c’est uniquement parce qu’il est persuadé qu’il s’agit de la réincarnation de sa fiancée disparue, ou encore dans “Le Roi et le Clown”, l’attirance du roi pour un androgyne n’est vue que comme une facette de sa folie dégénérée.

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Au contraire, dans “Road Movie”, le sujet de l’homosexualité est traité d’une manière franche et directe, sans “excuses scénaristiques”, et avec beaucoup de justesse. S’il met en scène un personnage homosexuel, c’est avant tout l’être humain qui est considéré, un être humain qui a des sentiments, qui souffre ou qui aime comme les autres. Celui-ci est en plus interprété avec brio par Hwang Jeong-Min, un acteur souvent cantonné aux rôles de brave type dans un corps trop grand pour lui. Ici, il semble pour une fois ne pas se retenir, assumer sa stature et ainsi dégager une présence animale, mêlant à la fois force et douceur. Je ne l’avais jamais vu comme ça et c’est de loin son rôle le plus intéressant.

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Pour en revenir au film en lui-même, celui-ci démarre dans une ambiance très glauque, dans les bas-fonds de Seoul, avec une vision quasi-documentaire du quotidien d’un groupe de SDF. Un univers que l’un des SDF, accompagné d’un trader ruiné et suicidaire, décide de quitter pour partir à la campagne, où il feront connaissance d’une prostituée aussi paumée qu’eux.
Le film est assez décousu, enchainant les scènes plutôt sombres et pessimistes avec des scènes totalement surréalistes et réjouissantes : l’attaque d’un caddie par des motos, un striptease dans un “room salon”, ou encore la poursuite infernale engagée par le personnage féminin refusant de se séparer des 2 autres. On y retrouve avec plaisir cette vitalité foutraque de films comme “Tears” (Epikt citerait “Bad Movie” de Jang Seon-Woo à ma place). Les scènes plus sombres peuvent aussi parfois être très belles, chacun essayant avec un désespoir presque touchant de lutter contre la fatalité, d’essayer de changer sa “route”, mais aussi celle des autres en dépit d’obstacles insurmontables. Et si la deuxième partie n’échappe pas aux longueurs, le final très réussi se charge de les faire oublier pour faire de ce “Road Movie” une vraie réussite.

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Premières fois #2: The Unforgiven – de Yun Jong-Bin (2005) Ecrit par Pierre le 09.04.09

Pour son premier film, ce jeune réalisateur d’à peine 30 ans (26 au moment du film !) a décidé de s’intéresser à un passage obligé de la vie de tout homme coréen : le service militaire, un sujet dont on peut s’étonner qu’il soit aussi rarement traité dans le cinéma national. Pourtant, ce service obligatoire long de 2 années (durée qui était même auparavant de 3 ans) est en général quelque chose de très marquant pour les jeunes coréens, une sorte d’arrivée à maturité et de passage forcé à l’âge adulte.

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On sent fortement à travers le film que le réalisateur (également scénariste) a été profondément marqué par cette période, ne cessant d’en pointer les aberrations à travers son personnage refusant les rapports hiérarchiques. De manière assez subtile, on y retrouve les mêmes schémas relationnels que dans la société extérieure, mais en accéléré. Ce sont les plus âgés qui font la loi, mais à peine une année plus tard, leurs anciens subordonnés se retrouvent en position de force face aux nouveaux-venus. D’où la question qui fait le coeur du film : comment vont-ils réagir ?

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Le propos du film est donc tout à fait intéressant, mais la réalisation est un peu laborieuse, le film étant composé de (parfois trop) longs plans fixes, manquant de rythme par moments à force de trop tourner autour du pot, et où le réalisateur s’en remet entièrement à ses acteurs. Heureusement, ceux-ci sont très bons, en particulier Ha Jeong-Woo qui ne cesse de m’épater de film en film (“The Chaser“, “My Dear Enemy“…) et sur lequel je reviendrai lorsque j’aurai fini de voir ses films les plus marquants. A ses côtés, Seo Jang-Won possède une retenue et un physique troublant que je trouve parfait dans ce genre de rôle énigmatique (je l’avais déjà remarqué dans “Pruning the Grapevine“). Enfin, le troisième personnage qui a vraiment l’air d’un benêt fini n’est autre que le réalisateur lui-même ! Un énergumène à suivre, car malgré sa forme pas toujours au point, “The Unforgiven” n’en reste pas moins un portrait croisé assez touchant et pas dénué de sens.

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Premières fois #1: Flower Island – de Song Il-Gon (2001) Ecrit par Pierre le 05.04.09

J’entame une nouvelle série d’articles (enfin elle avait déjà plus ou moins commencé inconsciemment) consacrée aux premiers films de réalisateurs coréens. Choisis par hasard ou par curiosité, réalisateurs dont on est sans nouvelles ou ayant confirmé par la suite, déterrage de films enfouis ou pourquoi pas talents de demain, on verra bien où cela pourra nous mener !

Je commence sans trop prendre de risques par “Flower Island”, le premier film de Song Il-Gon, un réalisateur dont j’ai beaucoup apprécié les deux derniers films : “Feathers in the Wind” et “Magicians“.

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“Si vous allez sur Flower Island, vous oublierez tous vos chagrins et toutes vos peines.” C’est avec ce désir que trois femmes aux destinées très différentes mais tout aussi torturées vont entreprendre un périple afin de se rendre sur cette fameuse île.

L’introduction du film est déjà très marquante : celui-ci commence par la longue tirade d’une femme qui d’une voix déchirante, face caméra, exprime par une anecdote toute l’intensité des regrets qui sont en train de la ronger. Dès lors, elle ne prononcera pratiquement plus un mot du reste du film. S’ensuit une scène d’accouchement dans des toilettes sordides, à la fois terrible et d’une puissance incroyable. Après cette exposition frontale et violente, les trois femmes prennent la décision de poursuivre un rêve commun, une dernière échappatoire. Ce qui marque dans ce premier film, c’est son identité très forte, aussi bien esthétiquement que dans l’univers qu’il met en place. Malgré la situation on ne peut plus dramatique des personnages, le film ne vise point le réalisme, mais s’affirme au contraire comme une sorte de conte à la fois très dur et empreint de poésie, de magie. Celle-ci fait irruption à chaque fois que la douleur devient insoutenable, comme un dernier recours.

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Peu de mots suffisent dans ce film à ce qu’on ait l’impression de bien connaitre les personnages. La caméra est très souvent proche des visages, déchiffrant dans leurs yeux tout ce que les mots ne peuvent plus exprimer. Lors d’une très belle scène, un membre d’un groupe de musiciens rencontré en route chante tout sa rage d’une voix rauque, les visages de chaque spectateur en gros plan lui répondant comme un écho. A cet instant et comme par magie, de la souffrance naît la beauté. Et si le film connait une petite baisse de rythme au milieu, comme c’est souvent le cas dans les road-movies, son final onirique achève définitivement de nous enchanter.

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A suivre : “The Unforgiven”, premier film de Yun Jong-Bin (2005), “Road Movie” de Kim In-Sik (2002), et “The Peter Pan Formula” de Cho Chang-Ho (2005)…