[Dossier] Le cinéma coréen sous la dictature de Park Chung-hee (1961-1979) – Partie 2 Ecrit par Pierre le 07.08.10

(voir la Partie 1 : Histoire, politique et cinéma)

Partie 2 : Thèmes et films majeurs

Cinéma de propagande
Comme mentionné dans la première partie, le pouvoir récompensait les compagnies produisant des films “de qualité” en leur octroyant des quotas d’importation de films étrangers. On assiste donc à une explosion de la production de tels films pouvant s’apparenter plus ou moins fortement à de la propagande (certains sont même produits directement par les autorités, comme Testimony, film de guerre à succès réalisé en 1973 par Im Kwon-taek). Parmis ces films, il existe plusieurs catégories bien distinctes : “bangong” (films anti-communistes), “gyemong” (films mettant en scène l’éducation du peuple), et “saemaeul” (littéralement “nouveau village”, qui désigne les films encourageant le développement collectif, la recherche d’une meilleure qualité de vie par l’effort national).


Testimony – Im Kwon-taek (1973)

Certains de ces films connaissent un énorme succès populaire, comme Six Daughters de Bae Seok-in. Pur film de propagande produit sous la tutelle du Ministère de l’Information, ce film à gros budget suit les traces d’un couple de vieux décidant de rendre visite à chacune de leurs filles, celles-ci habitant aux quatres coins du pays. C’est ainsi l’occasion d’une visite complète de la Corée, permettant de s’extasier sur ses beaux paysages (au moyen d’une succession de plans carte postale à chaque lieu visité), sa culture et son industrie florissante. On assiste donc à des moments surréalistes où les deux vieux s’émerveillent de la fumée noire s’échappant d’une usine pétrochimique ou visitent “une magnifique usine d’engrais”. A l’inverse d’un film comme Le Fils Aîné (Lee Doo-yong) sorti une quinzaine d’années plus tard, où un couple assez identique souffrait de leur total décalage avec un pays ayant évolué trop vite, le couple est ici invariablement positif à mesure qu’il arpente le pays à travers une multitude de moyens de transport (bus, voiture, bateau et même avion). Au delà des progrès techniques effectués par le pays, la culture coréenne est également mise en avant, à travers ses produits les plus emblématiques (alcool de giseng, céladon) ou ses contes (une courte scène de rêve rejoue Chunhyang avec les deux vieux dans le rôle des tourtereaux), avec des phrases surréalistes comme “Quand même, notre culture est vraiment formidable !”. Le film connait un tel succès que pas moins de quatre suites seront produites.


Love Me Once Again – Jeong So-young (1968)

Cinéma populaire
Parmi les films tournés très rapidement, on note aussi une grande variété de films de genre, destinés à un public jeune : films fantastiques à petit budget, thrillers ou films d’actions influencés par Hong-Kong, la série James Bond ou encore les westerns spaghetti. Il s’agit de films extrêmement difficiles à visionner aujourd’hui car ils n’ont pas les faveurs des historiens, des programmateurs de festival ou des éditeurs de films du patrimoine coréen qui leur préfèrent des films plus “sérieux”. Cependant, leur popularité était importante et ces films ont influencé plusieurs générations de cinéastes. Bon nombre de films prennent pour cadre une Corée plus ancienne, par exemple pendant l’occupation japonaise, pour éviter d’avoir à traiter de problématiques plus actuelles. Ces années voient aussi l’explosion des mélodrames appelés “shinpa”. Si au départ ces films mettent en scène des problèmes familiaux ou la vie difficile de pauvres gens, ils s’orientent vers un public plus féminin à la fin des années 1960, en prenant une tournure plus sentimentale. Le sommet du genre sera atteint en 1968 avec Love Me Once Again, de Jeong So-young. Ce film met en scène un triangle amoureux : un homme est tiraillé entre sa femme et son amante, qui finit par le quitter alors qu’elle est enceinte de lui. Huit années plus tard, elle lui amène l’enfant que l’épouse accepte d’élever… Le film battra de peu le record de Seong Chunhyang, grâce notamment à son grand succès chez les femmes mariées. Sa popularité entrainera pas moins de six remakes, et son schéma sera repris par bon nombre de films de l’époque.


Heavenly Homecoming to Stars – Lee Jang-ho (1974)

Dans les années 1970, ces films mettent en scène des héroïnes qui sont serveuses ou prostituées (on parle des “films d’hôtesses”) malmenées par les hommes et qui connaissent souvent un destin tragique. Le véritable point de départ de cette vague de films est Heavenly Homecoming to Stars (Lee Jang-ho, 1974), dans lequel une jeune fille pure et innocente est tour à tour abandonnée, mariée à un homme d’âge mûr, contrainte de travailler dans un bar à hôtesse, séparée de son grand amour à cause d’un vil chantage avant de sombrer dans l’alcoolisme. Le précédent record d’audience est explosé puisque le film attire 460 000 personnes dans les salles. Une année plus tard, un autre film similaire connait un grand succès. Yeong-ja’s Heydays (Kim Ho-seon, 1975) suit le parcours de Yeong-ja, jeune femme ayant quitté sa campagne natale pour travailler à Séoul comme domestique. Elle fait la connaissance de Chang-su, un ouvrier, qui tombe amoureux d’elle. Violée par le fils de la maison, elle est chassée sans ménagement. Malgré les efforts de Chang-su pour l’aider, Yeong-ja est amputée d’un bras à la suite d’un accident de bus et finit sans ressources, obligée de se prostituer. Plus qu’un simple drame personnel, le film montre la Corée sous un jour bien différent des films de propagande cités plus tôt. Car si le pays se modernise, ses personnages sont des laissés pour compte, et n’arrivent pas à s’en sortir malgré leur bonne volonté (Chang-su est pourtant un vétéran du Vietnam et ne rechigne pas à la tâche) : leur rêve de réussite via le travail s’effondre vite face à la difficile réalité. Le film possède également des qualités visuelles étonnantes en comparaison d’autres films de la même époque. La séquence d’ouverture par exemple, qui montre une violente descente de police dans le quartier des prostituées, est saisissante et pleine d’audaces. A plusieurs reprises tout au long du film, on remarque un vrai effort dans la composition du cadre et les mouvements de caméra qui dénote d’une créativité formelle assez peu commune pour l’époque.


Yeong-ja’s Heydays – Kim Ho-seon (1975)

Nouvelle vague
Lee Jang-ho et Kim Ho-seon font d’ailleurs partie en 1975 avec quelques autres réalisateurs d’un mouvement appelé “Visual Age” ayant pour volonté d’apporter quelque chose de nouveau dans le cinéma coréen, avec pour modèle une certaine Nouvelle Vague. Ces films ont en commun de représenter de manière réaliste et moderne la société contemporaine, tout en considérant le cinéma comme un objet artistique. En 1977, le film de Kim Ho-seon Winter Woman met en scène une jeune étudiante aux mœurs sexuelles très libérées. Le film suscite la polémique et rencontre un succès considérable auprès des jeunes, établissant un nouveau record au box-office avec 586 000 spectateurs (record qui tiendra jusqu’en 1990 et The General’s Son de Im Kwon-taek). Il est également nécessaire de mentionner le réalisateur Ha Kil-Jong, pilier de ce mouvement, et son film The March of Fools (1975). Véritable expérience esthétique, le film dépeint le malaise et l’oppression ressentis par la jeunesse coréenne. Confronté à une censure impitoyable (The March of Fools film fut amputé de 30 minutes à sa sortie), les films de ce réalisateur décédé très jeune en 1979 furent des échecs en terme d’audience mais se révèlent aujourd’hui majeurs à tel point qu’une rétrospective lui a été consacrée au dernier festival de Busan.


Winter Woman – Kim Ho-seon (1977)

Conclusion
Après la mort de Park Chung-hee en 1979, le cinéma coréen connait un relatif regain de vitalité au début des années 1980, tandis que les règles régissant la censure s’assouplissent dans certains domaines, notamment la représentation du sexe à l’écran. Avec la politique des 3S (Sex, Screen, Sports), le pouvoir souhaite utiliser le cinéma comme un outil capable de divertir le peuple et lui faire oublier ses préoccupations sociales.
Les années 1960 et 1970 auront donc été lourdement bridées par les différentes politiques de censure mises en place par la dictature de Park Chung-hee, et les cinéastes n’auront eu d’autre choix que de s’accommoder de ces règles. Malgré un environnement n’encourageant pas la création et l’audace, certains réalisateurs se mirent en danger pour tenter, parfois sans réussite, d’apporter aux spectateurs quelque chose de nouveau ou de différent. Il faut donc bien garder ce contexte en tête lorsqu’on regarde des films de cette époque, pour ainsi mieux les comprendre et les apprécier.

[Dossier] Le cinéma coréen sous la dictature de Park Chung-hee (1961-1979) – Partie 1 Ecrit par Pierre le 01.08.10

Le cinéma coréen a complètement explosé sur la scène internationale à la fin des années 1990, exportant ses films dans le monde entier à tel point que l’on trouve aujourd’hui aisément dans le commerce des dizaines de DVD de films coréens. Il sera par contre impossible de trouver en France un film datant d’avant 1995. Pourtant, le cinéma coréen n’est pas né dans les années 1990 et possède une longue histoire derrière lui, avec des nouvelles vagues, des périodes de crise et des “âges d’or” successifs.

Cet article propose de découvrir une partie d’histoire de ce cinéma méconnu : les années 1960 et 1970 dans la Corée du général et président Park Chung-hee.


Seong Chunhyang – Shin Sang-ok (1961)

Partie 1 : Histoire, politique et cinéma

Situation Initiale
Pendant toute la première partie du siècle, l’industrie cinématographique a été utilisée par l’occupant japonais pour diffuser sa propagande. Malgré la libération en 1945, la situation évolue peu. Au contraire, le pouvoir militaire américain en place instaure un véritable système de censure dont le gouvernement de Rhee Syngman (premier président de la République de Corée du Sud) hérite lors de son élection en 1948. Les films sont d’abord contrôlés par le Bureau de l’Information Publique, puis directement par le Ministère de la Défense pendant la Guerre de Corée (1950-1953) avant d’incomber enfin au Ministère de la Culture et de l’Éducation en 1955.
Un cas intéressant de censure par ce régime est celui du film La Vallée de Pia (Lee Kang-cheon, 1955), mettant en scène une petite troupe de soldats nord-coréens en fuite dans la montagne. Malgré une représentation peu glorieuse des ennemis (coupables entre autres de viol, pillage, meurtre…), le film est tout de même interdit parce qu’il dépeint un portrait des nord-coréens jugé “trop humain”. Il est finalement autorisé avec un final modifié dans lequel la dernière survivante du groupe décide de se rendre, un drapeau sud-coréen flamboyant occupant tout l’écran.

Coup d’état et premières lois
Le gouvernement démocratique issu de la révolution d’avril 1960 instaure, en même temps qu’une nouvelle constitution et des mesures pour la liberté de la presse, un comité civil pour l’éthique des films avec pour volonté de garantir la liberté de parole et d’expression. Ces quelques mois permettent notamment à des films comme Aimless bullet (Yu Hyun-mok) et La Servante (Kim Ki-young), considérés comme deux des films les plus importants de l’histoire du cinéma coréen, de voir le jour. Mais le souffle démocratique de courte durée puisqu’à peine un an plus tard, en mai 1961, a lieu un coup d’état militaire dirigé par Park Chung-hee, qui va rester au pouvoir jusqu’à son assassinat en 1979.

Ce comité d’éthique est aboli et remplacé dès l’année 1962 par une loi sur le cinéma définissant les nouvelles règles en matière de censure. Tout film doit désormais recevoir une autorisation avant d’être produit ou projeté. Il faut également obtenir une autorisation gouvernementale pour exporter ou importer un film (à l’origine non pas pour promouvoir l’industrie locale, mais plutôt pour éviter la propagation d’idéologies jugées néfastes dans la population). En deux temps (d’abord en septembre 1961 sur ordre du Ministère de la Culture et de l’Éducation, puis en 1963 avec la première révision de la loi sur le cinéma), les soixante et onze compagnies existant à l’époque sont fusionnées en seulement seize. Chacune doit posséder ses réalisateurs, acteurs et techniciens “homologués” et se doit de produire au minimum quinze films par an pour continuer à exister. Les compagnies produisant les meilleurs films anti-communistes (un prix récompense d’ailleurs le meilleur film anti-communiste lors de la cérémonie des Grand Bell Awards, les Oscars locaux créés en 1962) ou mettant en valeur l’action du gouvernement reçoit le droit lucratif d’importer des films étrangers, véritable manne financière, ce qui permet ainsi au gouvernement de contrôler parfaitement l’industrie cinématographique. Une quantité impressionnante de films de piètre qualité sont ainsi réalisés à la va-vite pour atteindre ces quotas, une partie d’entre eux n’étant même pas diffusés dans les salles. En 1966, une révision de cette loi rend même obligatoire la soumission des scénarios afin de censurer les films dès la source. Dans les salles, les films sont précédés de “films culturels” faisant la promotion du gouvernement.


The Empty Dream – Yu Hyeon-mok (1965)

Censure
L’année 1965 voit apparaitre deux cas importants de censure puisque deux réalisateurs de renom sont arrêtés à cause d’un de leurs films. Le premier est Lee Man-hee pour son film The Seven Female War Prisoners. Ce film met en scène un officier nord-coréen escortant sept  infirmières sud-coréennes prisonnières de guerre. Alors qu’il croise des soldats chinois, ceux-ci tentent de violer les femmes. Aidé par ses hommes, l’officier nord-coréen tue les chinois et décide de se rendre au sud pour éviter l’exécution. Encore une fois jugé trop humain dans sa représentation  “sentimentale” des nord-coréens et sous-entendant l’inefficacité de l’armée sud-coréenne (notamment à cause du titre), le film est d’abord interdit et son réalisateur arrêté. Il sera finalement libéré et le film sortira amputé des scènes problématiques et avec un nouveau titre équivoque : Return of the Female Soldiers. Trois ans plus tard, son film Holiday est également mis en cause. La censure lui demande de modifier la fin, exigeant que le personnage principal se coupe les cheveux puis rejoigne l’armée. Refus du réalisateur, du scénariste et même du producteur : le film ne sortira donc pas en salles. Toujours en 1965, le réalisateur Yu Hyeon-mok est également arrêté pour son film The Empty Dream, à cause d’une séquence de 6 secondes durant laquelle l’actrice principale apparait nue. Également critiqué pour son soutien à Lee Man-hee exprimé lors d’un discours public radical, il est condamné à un an et demi de prison, et le film est largement remanié.

Déclin de l’industrie
Si l’on peut considérer les années 1960 comme un véritable âge d’or pour la production cinématographique du pays, les années 1970 sont celle du déclin (à l’opposé de la situation économique du pays). Chute des audiences, public lassé de ces films à l’idéologie unique, banqueroute des principales sociétés de production (20 sur 23 existantes !)… l’arrivée de nouveaux moyens de divertissement, notamment la télévision, est fatale au milieu du cinéma. Des quotas encore plus restrictifs sont alors mis en place, afin que le nombre de films étrangers importés ne dépasse pas le tiers du nombre de films coréens produits. En 1973, alors que Park Chung-Hee renforce sa dictature, de nouvelles mesures sont prises pour inciter les films à promouvoir la politique de “revitalisation” du gouvernement : identité nationale, unité, patriotisme et développement du pays. A l’opposé, toute vision critique de la réalité sociale est allègrement censurée et taxée de pro-communisme. De même, les scènes de sexe sont totalement interdites. Le nombre moyen d’entrées pour les films étrangers atteint le double voire le triple de celui pour les films coréens. De même, la durée moyenne d’exploitation des films étrangers augmente sensiblement : entre 15 et 25 jours dans les années 1960, contre plus d’une quarantaine à la fin des années 1970 (entre 10 et 20 pour les films coréens). Bon nombre de films étrangers sont d’ailleurs exploités à plusieurs reprises.


Le Riz – Shin Sang-ok (1963)

Réalisateurs et pouvoir : le cas de Shin Sang-ok
La trajectoire du réalisateur Shin Sang-ok, considéré comme l’un des cinéastes coréens les plus importants, suit un parallèle assez intéressant avec celui du président Park Chung-Hee. L’année du coup d’état correspond exactement à l’avènement de Shin Sang-ok dans le milieu du cinéma. En 1960, le réalisateur se lance dans l’adaptation du conte de Chunhyang (célèbre pièce de pansori connue de tous les coréens, et adaptée une multitude de fois au cinéma) en même temps qu’un réalisateur bien plus établi à l’époque, Hong Seong-ki (à noter que ces films sont les deux premiers films coréens en Cinémascope couleur). La version “concurrente” est en plus boostée par la présence au casting de l’actrice montante Kim Ji-mi (dont la carrière compte le total ahurissant de 304 films, avec par exemple 34 films pour la seule année 1970, ce qui montre bien à quel point les films étaient tournés à toute vitesse), âgée d’une vingtaine d’années seulement. Dans le film de Shin Sang-ok, Chunhyang est interprétée par Choi Eun-hee, sa muse et épouse, déjà trentenaire. Et pourtant, c’est l’interprétation de la seconde qui va le plus toucher les coréens. Seong Chunhyang sort en janvier 1961 et attire les foules, plus de 360 000 spectateurs sur la seule ville de Séoul (un record qui ne sera battu que sept ans plus tard).

En 1963 sort Le Riz, un film évoquant directement l’arrivée au pouvoir de Park Chung-hee. Le film met en scène un ancien militaire de retour dans sa campagne natale. Bien décidé à construire un tunnel afin d’irriguer les rizières environnantes, il se heurte à l’immobilisme et à la corruption du pouvoir en place, et notamment du maire de la ville. A l’issue d’un chemin parsemé d’embûches, et alors qu’il est peu à peu abandonné par tous, le héros parvient finalement à son but grâce à l’arrivée des militaires au pouvoir, ceux-ci destituant les politiciens corrompus et accordant les crédits nécessaires à cette construction. Le film véhicule à merveille l’idéologie gouvernementale et chaque citoyen va ainsi participer à l’effort de reconstruction du pays : femmes, vieillards, estropiés, chacun ira de son coup de pioche. Lors d’une scène particulièrement réussie à la fin du film, deux groupes de citoyens s’emploient à piocher de plus en plus fort, chacun à un bout du tunnel. A mesure qu’ils se rapprochent les uns des autres, la caméra effectue des travellings latéraux d’un côté à l’autre, de plus en plus rapidement, jusqu’à ce qu’enfin que les deux bouts se rejoignent dans la liesse la plus totale. Uni dans l’effort national, et grâce à l’aide bienveillante du pouvoir en place, le peuple a enfin triomphé.


Eunuch – Shin Sang-ok (1968)

Pourtant, au fil des années, les relations se dégradent entre Shin Sang-ok et le régime militaire. En 1968, c’est son film Eunuch qui a des problèmes avec la censure en raison d’un contenu à l’érotisme omniprésent. Dans les années 1970, sa compagnie de production a de plus en plus de mal, et les succès se font de plus en plus rares. En 1975, la censure lui retire même sa licence pour avoir laissé des scènes provocantes, qui auraient normalement dues être coupées, dans son film Rose and Wild Dog. C’est le début de la fin : en 1978, alors que son ex-femme Choi Eun-hee a été enlevée par des agents nord-coréens à Hong-Kong, Shin Sang-ok se rend sur place et est enlevé à son tour. Un part de mystère entoure encore cet enlèvement, quand on considère la véritable impasse cinématographique dans laquelle se trouvait Shin Sang-ok à l’époque, mais également ses déclarations indiquant qu’il avait rejoint le régime communiste de son plein gré (sous la contrainte, dira-t-il plus tard).

Voir la Partie 2 – Thèmes et films majeurs

Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (3) Ecrit par Pierre le 17.07.10

Suite et fin du compte-rendu : trois films et deux documentaires au programme !

Sweet Little Lies – Hitoshi Yazaki (2010)
Avant que le film ne démarre, le réalisateur Hitoshi Yazaki a prévenu les couples présents dans la salle de ne pas prendre son film trop au sérieux. Pourtant, c’est un couple en apparence uni qui apparait à l’écran. Depuis le balcon, Ruriko susurre des mots doux à Satoshi, son mari endormi, dans un cadre de bisounours (son métier est créatrice d’ours en peluche !). C’est la vision que partage l’entourage du couple. Pourtant peu à peu, on découvre la misère affective qui peuple leur intimité. Malgré leur sourire de façade, leur vie quotidienne est un enfer de monotonie : lui passe son temps dans sa salle de jeux (où elle n’entre jamais : elle lui téléphone pour lui dire de venir manger), elle lui parle de choses qui ne l’intéressent pas. C’est en vivant chacun une aventure extra-conjugale qu’ils vont commencer à réfléchir à leur couple… En dépit des longueurs et d’une symbolique parfois un peu grosse dans la dernière partie, j’ai trouvé le film bien écrit. La relation totalement déphasée entre les deux personnages centraux est amenée progressivement et avec beaucoup d’humour. La réalisation est quant à elle plutôt sobre et l’image impeccable. C’est surtout du côté des acteurs que vient la satisfaction. Nao Omori est incroyable en Droopy hébété récalcitrant envers tout contact physique, je n’ai absolument pas reconnu en lui le routier blond de “Vibrator”, vu pourtant quelques jours plus tôt ! Et que dire de Chizuru Ikewaki dont chaque apparition est un cadeau (et dont le nombre de scènes est inversement proportionnel à mon objectivité sur un film, vous êtes prévenus). Sans ses quinze dernières minutes, c’est un film vraiment chouette.
Note : 3.25/5.

Hole in the Sky – Kazuyoshi Kumakiri (2001)
Encore une jolie surprise avec ce film de 2001 présenté dans le cadre du focus sur Rinko Kikuchi. Tae, une jeune fille, est larguée par son copain dans une station service paumée dans la campagne. Elle se met à travailler pour Ichio, propriétaire d’un petit restaurant. Pour commencer, j’ai trouvé ce film très beau. Le réalisateur utilise beaucoup de plans larges mais ceux-ci ne sont jamais figés, il se passe toujours quelque chose à l’écran (et puis filmer des gens sur un toit, c’est toujours chouette). Et comment ne pas parler des deux acteurs qui contribuent beaucoup à l’émotion provoquée par le film. Rinko Kikuchi impose une présence magnétique, presque animale avec sa voix bizarrement aiguë, son petit air mutin et son caractère à fleur de peau. Susumu Terajima est quand à lui particulièrement touchant en homme solitaire reprenant goût à la vie. J’ai été totalement conquis par ces deux personnages perdus, voilà tout.
Note : 3.5/5.

Live Tape – Tetsuaki Matsue (2009)
“Live Tape” est un documentaire peu commun. Formé d’un unique plan-séquence, il suit le chanteur et musicien Kenta Maeno jouer ses chansons en marchant dans les rues de Tokyo. Au fur et à mesure de son impressionnant périple, il croise des musiciens qui l’accompagnent sur une chanson ou deux (j’ai cru un instant au hasard sur le tout premier !), jusqu’à ce qu’il rejoigne une scène de concert en plein air pour jouer avec son groupe. S’il a choqué certains spectateurs, ce dispositif est très intéressant et je ne me suis pas ennuyé une seconde (évidemment il vaut mieux apprécier la musique, sinon l’expérience peut s’avérer vraiment douloureuse). La durée du film permet de se concentrer sur différents aspects : la musique d’abord, le musicien, les paroles, la réaction des passants entre indifférence et intérêt timide. Puis peu à peu ce sont des questions plus profondes sur la musique, voire des questions personnelles qui viennent à l’esprit. A un moment, Kenta Maeno retrouve un musicien dans une ruelle sombre et étroite, le réalisateur prend un peu de recul pour le filmer. Tout au fond, on voit un passant déboucher dans la rue, quand soudain il s’aperçoit de ce qui se passe et fait immédiatement demi-tour : c’est bizarre mais ce plan m’a immédiatement fait penser à une séquence similaire du film “Irréversible”, sauf qu’il s’agissait alors d’un viol ! Une expérience plus intéressante qu’il n’y parait.

Intérimaire en détresse – Hiroki Iwabuchi (2009)
Il s’agit là d’un documentaire entièrement réalisé par un jeune japonais désespéré par sa situation précaire et misérable d’intérimaire au Japon. Se filmant lui-même pendant une année entière, il nous montre sa réalité : un travail payé une misère, sans primes ni augmentations ni sécurité sociale, où chaque jour de congé est un jour non payé. Il participe à des manifestations qui ne mènent nulle part et fait même l’objet d’une émission de télévision censée montrer son quotidien. Cette scène est particulièrement édifiante et prouve l’intérêt de son documentaire : la séquence est mise en scène pour donner une vision totalement misérabiliste de sa situation. Le visage masqué et la voix modifiée, il a l’air d’un criminel. J’aurais aimé connaitre la visibilité et l’impact de son documentaire au Japon, un film courageux comme un appel au secours.

Poetry – Lee Chang-Dong (2010)
Le pitch avait tout pour faire peur : une grand-mère élevant seule son petit-fils, un soupçon d’Alzheimer et des cours de poésie. Bref, alors que tous les ingrédients étaient réunis pour nous pondre un film larmoyant plein de pathos, Lee Chang-Dong s’en est sorti haut la main pour nous offrir quelque chose tout en émotion contenue. Les scènes traitant de la poésie ne sont jamais lourdes, au contraire très accessibles puisqu’on est placé au niveau de Mi-Ja, quelqu’un d’extérieur au “milieu” qui va essayer d’ouvrir ses yeux sur quelque chose de nouveau. Le film possède presque un côté ludique puisque nous expérimentons en même temps qu’elle. Tout comme Mi-Ja grâce à ses cours de poésie, Lee Chang-Dong réussit le tour de force de nous faire voir ses images autrement. Un fruit. Une partie de badminton. Une rivière. L’effet est saisissant lors des derniers plans. L’actrice Yoon Jeong-Hee rayonne tout au long du film, et ses petits yeux d’un noir absolu animés d’une petite lumière dévoilent la noirceur de ce qu’elle vit à l’intérieur. On retrouve également un émouvant Kim Hee-Ra, autre monument de l’histoire du cinéma coréen.
Note : 4/5.

En conclusion, on a eu droit à un joli festival : une programmation japonaise particulièrement variée, des salles bien remplies, des interprètes un peu à côté de leurs pompes, des présentations de film collector (mention à Bastian pour Tetsuo), et au final comme toujours après un festival à force de découvertes et discussions, une watchlist qui s’est bien agrandie.

Reste du compte-rendu : 1ère partie2ème partie

Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (2) Ecrit par Pierre le 12.07.10

Deuxième partie du compte-rendu avec au menu la plus grosse claque sensorielle et la plus grosse déception de ce festival.

To Walk Beside You – Yuya Ishii (2009)
Un jeune homme décide de fuir sa campagne natale pour Tokyo en compagnie de sa prof d’anglais. Premier des deux films de Yuya Ishii présenté la même journée, “To Walk Beside You” séduit très vite par son ton décalé. Les personnages affichent une naïveté presque enfantine et leur confrontation avec un univers inconnu (la grande ville), déclenchant un festival de réactions absurdes, est savoureuse. Les tokyoïtes sont dépeints de manière gentiment caricaturale et l’on rit beaucoup. Il y a également beaucoup de douceur et de tristesse dans ces personnages, comme si leur apparente naïveté n’était qu’un moyen d’échapper à leurs doutes. Après tout c’est bien celui le sujet du film : la fuite.
Note : 3/5.

Tetsuo : The Bullet Man – Shinya Tsukamoto (2009)
Difficile d’exprimer ce qu’on ressent à la vue d’un tel film en salles. J’ai d’ailleurs du mal à l’évaluer et à savoir ce que j’en aurais pensé si je ne l’avais pas vu dans ces conditions. Dès les premières secondes du film, au son du métal frappé et à la vue des grosses lettres TETSUO projetées violemment sur l’écran, j’ai été totalement happé. Cloué à un siège qui doit encore être marqué par mon empreinte, les yeux écarquillés et un pouls qui mettra longtemps à redescendre. Vivre pleinement comme cela ce déluge d’images et de sons me fait occulter tout défaut. Mais je pense sincèrement que le film en a peu, le principal étant qu’on y comprend pas grand chose : entre les explications alambiquées et un anglais difficilement compréhensible (que ce soit celui de Tsukamoto ou celui d’Eric Bossick transformé en métal), on est un peu déboussolé. Mais est-ce vraiment important devant un tel film ? La réalisation est à couper le souffle, en particulier dans les scènes de “furie” (je pense notamment à la confrontation avec la voiture, véritable monstre crissant et rugissant). Tsukamoto sait aussi faire naitre la beauté et l’émotion, comme lorsque la femme du “monstre” enlève des petits morceaux de métal de son mari à bout de force. Une évidence, un besoin : je veux voir les deux premiers Tetsuo en salles, non je veux voir TOUT Tsukamoto en salles !
Note : 4/5.

Mundane History – Anocha Suwichakornpong (2009)
Voici un film plutôt bizarre constitué en majeure partie de plans sur un homme handicapé par un accident et allongé dans son lit. L’image a beau être chouette, c’est lent, peu intéressant, bref on s’ennuie ferme. Sauf qu’étrangement s’y ajoutent quelques séquences plutôt audacieuses qui font ressortir un peu le film du lot : un générique qui s’affiche au bout de 20 minutes, des images sublimes de l’explosion d’une étoile accompagnées par une musique tout aussi intense, et enfin la naissance d’un enfant par césarienne ainsi que sa première toilette lors d’un long plan-séquence. Des images qui marquent profondément certes, mais qui ne sont absolument pas intégrées au reste du film, qu’elles ne parviennent donc pas vraiment à rehausser.
Note : 1.75/5.

Sawako Decides – Yuya Ishii (2009)
Ce film a été une petite déception au vu de l’autre film du réalisateur présenté précédemment. On y reconnait certes le ton décalé du réalisateur, mais l’humour qui m’avait tant plu dans le premier m’a paru ici complètement différent, en tout cas plus dans le même registre, et m’a semblé beaucoup plus lourdingue (question de sensibilité sans doute, puisque certains ont trouvé celui-ci plus drôle !). Bon, il faut quand même admettre que certaines scènes sont amusantes, comme lorsque les employées de l’usine d’empaquetage de palourdes chantent vigoureusement l’hymne de leur usine, mais ces instants de folie sont rares et le film tire en longueur. Côté thématique, il est à nouveau question de fuite et de parentalité, une obsession du réalisateur ?
Note : 2.25/5.

Mélodie Tzigane – Seijun Suzuki (1980)
Film dont je ne savais rien du tout, j’ai été pour le moins surpris ! Il s’agit là d’un film très difficile d’accès (d’ailleurs un bon tiers de la salle est parti avant la fin) puisqu’on n’y comprend pas grand chose et qu’en plus il est long, très long. Pour ma part j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans, mais peu à peu les choses se sont améliorées et j’ai commencé à apprécier la multitude d’éléments intéressants. Tout d’abord visuellement, ce film est assez somptueux, dans son utilisation des couleurs, des lumières… Il est aussi très drôle par moments, par son côté totalement surréaliste ou parfois même grotesque (les trois aveugles). Dans les décors comme dans la mise en scène, on est parfois plus proche du théâtre que du cinéma. Un film mystère qui m’a laissé perplexe autant qu’il m’a subjugué, et dont je ne suis pas sûr d’avoir perçu tout le sens…
Note : 2.5/5 (je ne sais pas comment le noter).

The Housemaid – Im Sang-Soo (2010)
LA grosse déception de ce festival, encore qu’on était prévenu avec les mauvais échos cannois. Le film est encore plus énervant quand on connait la version originale de Kim Ki-Young réalisée en 1961 (une petite merveille, faut-il le rappeler). On peut d’ailleurs difficilement parler de remake tant la version d’Im Sang-Soo diffère de l’original, notamment dans ses enjeux, complètement anéantis. Dans la version originale, la servante est loin d’être aussi passive, elle est au contraire formidablement ambiguë, vampirise la famille, tente d’imposer son contrôle et se fait détester des enfants. Ici, la pauvre Jeon Do-Yeon est complètement naïve (pour ne pas dire nunuche) et dépassée par la situation. Son semblant de révolte apparait bien trop tardivement lors d’un final qui frise le ridicule (ça m’a rappelé “La Guerre des Rose”, c’est dire). Pourquoi avoir modifié le scénario pour lui retirer toute sa substance ?
On nous annonçait également un film torride : quelle blague ! Avec ses quelques scènes provoc’ et gratuites rapidement expédiées, le film ne contient pas la moindre tension sexuelle. Il y avait plus de sensualité dans la version de 1961, un comble quand on connait la censure qui sévissait à l’époque. Ces scènes aux grands moyens totalement inutiles sont assez représentatives du la mise en scène du film. Qu’un film comme “Tears” semble loin ! Im Sang-Soo ferait bien de retourner un film sans le moindre budget, histoire de se rafraichir un peu les idées. Les maigres satisfactions sont à chercher au niveau des actrices : Jeon Do-Yeon est égale à elle-même, et c’est surtout Yoon Yeo-Jeong (qui jouait déjà dans les remakes de Kim Ki-Young dans les années 70 et 80) qui sort le grand jeu. Drôle et incisive, c’est vraiment la seule à donner vraiment une âme à son personnage. A part ça, Lee Jeong-Jae a de gros pectoraux. J’ai bien aimé également le dernier plan-séquence représentant la famille célébrant l’anniversaire de leur fille : chaque petit détail contribue à les rendre absolument détestables, de manière presque effrayante. On se dit que c’est dommage, et qu’il y avait moyen de faire là quelque chose plus incisif.
Note : 1.75/5.

Reste du compte-rendu : 1ère partie3ème partie

Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (1) Ecrit par Pierre le 10.07.10

Le festival touche à son but et toujours pas d’article ici ? Rassurez-vous, le flemmard que je suis ne s’est pas défilé, c’est juste le manque de temps. Voici une première fournée riche en bon film, en attendant la suite.

I Love Thee for Good – Ryusuke Hamaguchi (2010)
“I Love Thee for Good” était en quelque sorte le film parfait pour commencer le festival en douceur : très court et sans grande prétention (sans ambition aussi) mais tout de même assez frais et sympathique. Quelques heures avant leur mariage, deux jeunes fiancés traversent une sérieuse crise conjugale. L’occasion de se moquer gentiment des clichés sur le mariage au Japon, notamment de l’attitude de la famille (par exemple l’importance pour le père de marier sa fille). Le tout est assez conventionnel mais comporte des personnages amusants : un ancien amant modèle de nu dont tombe amoureuse une dessinatrice à la bouille irrésistible, une bande de musiciens qu’on voit répéter une ballade rock pendant tout le film et qu’on retrouve finalement en choristes à l’église lors du mariage… Pour une raison que j’ignore, le film était présenté dans un format recadré sauvagement en 4:3 et amputé d’une bonne partie de l’image sur les côtés, ce qui donne lieu à des plans cocasses où seul le bout du nez des personnages apparaissait à l’écran, rappelant un peu les dézooms foirés d’un Hong Sang-Soo. Très vite oublié, mais OK pour l’apéro.
Note : 2.25/5.

Vibrator – Ryuichi Hiroki (2003)
On passe direct au niveau supérieur avec “Vibrator”, film de 2003 que je découvrais à l’occasion tout comme son actrice principale Shinobu Terajima (dont c’était visiblement le premier film, elle qui vient du théâtre). Rei, une femme complètement paumée rencontre au hasard d’une station service un routier mystérieux. Sur un coup de tête, elle décide de faire un bout de chemin avec lui. Ce film réussit de manière assez incroyable à nous faire rentrer dans ce personnage, le comprendre et ressentir, partager ses émotions les plus profondes. On doit cela d’une part à une narration assez subtile : à l’extérieur, Rei n’est pas très bavarde. Dans sa tête au contraire, c’est un fourmillement de voix presque oppressant. Enfin, ce qu’elle ressent vraiment est exprimé par des inserts de texte blanc sur fond noir à la manière des films muets, forme minimaliste pour exprimer ses sentiments les plus intimes. Ce sont d’ailleurs ces derniers, sans image ni son, qui émeuvent le plus. Ces trois niveaux de lecture permettent d’illustrer de manière naturelle toute la complexité du personnage. D’autre part, l’interprétation éblouissante de Shinobu Terajima donne une autre dimension au film tellement elle habite ce personnage. Ce n’est jamais l’actrice que l’on voit mais bel et bien Rei avec toutes ses blessures. La scène où celle-ci fait une crise d’angoisse dans une station-service, puis la scène du bain qui s’en suit sont à couper le souffle d’émotions brutes (pour tout vous dire, jamais une scène de vomi ne m’avait autant happé !).
Note : 4/5.

Pyupiruu 2001-2008 – Daishi Matsunaga (2010)
On enchaine avec un documentaire sur un artiste plastique plus qu’étonnant dénommé Pyuupiru. Le grand intérêt de ce film est que son réalisateur, très proche de l’artiste, l’a suivi depuis ses débuts pendant huit années et nous fait découvrir son évolution à la fois personnelle et artistique. On part d’un jeune garçon en casquette mal dans sa peau qui ne sait pas trop ce qu’il veut faire pour découvrir ensuite la naissance de l’univers unique et coloré de l’artiste, dans lequel le corps, son propre corps, va tenir une place centrale. Un corps dans lequel Pyuupiru ne se sent pas bien et qu’il va s’efforcer de transformer pour le rendre plus féminin. Nous partageons ses doutes, ses souffrances et ses réussites. Le résultat est déjà époustouflant en lui-même, il est encore plus attachant éclairé par ce film.

Typhoon Club – Shinji Somai (1985)
Réalisé en 1985, “Typhoon Club” est un film culte réputé pour avoir marqué une génération entière de cinéastes au Japon. Je l’ai vu et ne serai donc pas pendu. A part ça, j’ai évidemment été subjugué par ce film et sa réalisation tout en mouvement, ses plans-séquences de dingue, son ambiance chaotique et ses scènes toutes plus marquantes les unes que les autres. Et ses jeunes qui dansent ! La nuit près d’une piscine, dans une salle de classe, sur une scène de théâtre et enfin sous la pluie battante causée par le typhon. La fièvre et le malaise de ces fils et filles de paysans (comme les appelle leur professeur) livrés à eux-mêmes n’aura jamais été aussi bien retranscrit à l’écran. Je me mords les doigts d’avoir raté “The Catch”, le deuxième film du réalisateur présenté ici, mais je note cette filmographie de plus à explorer.
Note : 4/5.

Pure Asia – Ikki Katashima (2010)
Assez bizarrement, je ne pense pas que ce film soit aussi maitrisé ou cohérent qu’un “Vibrator” ou un “Typhoon Club”, mais pourtant c’est bien celui-ci qui m’a le plus enthousiasmé et surpris, un gros coup de coeur. Dans une station de train déserte, un jeune homme est racketté par une bande de voyous quand surgit une fille mystérieuse qui le tire d’affaire. Lorsqu’il la croise quelques jours plus tard, celle-ci se fait mortellement agresser sous ses yeux impuissants en raison de sa tenue (un hanbok, robe traditionnelle coréenne). Lors de l’enterrement, il découvre que sa bienfaitrice avait une soeur… C’est le point de départ d’un road-movie totalement surprenant mêlant romance décalée et revendications politiques (ils décident d’aller gazer des nationalistes japonais en représailles !). “Pure Asia” est un film particulièrement vivant et audacieux, dans sa forme comme dans son contenu. Les images en noir et blanc sont très belles et le film regorge de trouvailles tantôt poétiques (les fausses vagues), tantôt ludiques. Il contient également l’une des scènes de karaoké les plus jubilatoires vues jusqu’à présent ! L’histoire est également surprenante : il fallait oser mettre en scène ces deux jeunes exaspérés par une société individualiste et raciste aussi bien que par leurs parents insupportables devenir des terroristes en puissance pour constater avec désespoir leur incapacité à changer le monde. Les quinze dernières minutes sont d’ailleurs assez déstabilisantes puisqu’on ne sait plus vraiment où veut en venir le réalisateur (apologie du terrorisme, message de paix maladroit ?!). Je m’en serai volontiers passé mais elle permet tout de même une dernière minute délicieusement rock’n roll. J’ai envie de le revoir, c’est un signe qui ne trompe pas (espérons que malgré son sujet polémique il trouve un distributeur au Japon et à l’étranger).
Note : 4.25/5.

Solanin – Takahiro Miki (2010)
Adapté d’un manga, “Solanin” raconte les doutes d’une bande de jeunes adultes à leur entrée dans la vie active. Peu intéressés par leurs emplois respectifs, ils décident de se lancer à fond dans la musique. Commençons d’abord par le gros côté positif : la présence au casting d’Aoi Miyazaki qui nous gratifie de ses habituelles mimiques irrésistibles tout au long du film, ce qui rend tout de suite le film beaucoup plus supportable. Car même si le film est assez drôle par moments, il est desservi par un scénario tout moisi, ultra-prévisible et cliché à souhait, dans lequel les personnages passent la moitié du temps à se regarder le nombril en se pleurant dessus (“ah c’est trop dur de se lever le matin pour travailler, moi je veux vivre de la musique”). Les scènes de concert sont plutôt réussies (surtout la dernière) mais finalement peu nombreuses, et les deux heures du film mettent quand même longtemps à passer.
Note : 2/5.

Reste du compte-rendu : 2ème partie3ème partie