2 films coréens en compétition à Cannes Ecrit par Pierre le 15.04.10

Une petite breaking news pour vous annoncer la présence de deux films coréens en compétition lors du festival de Cannes 2010. On se demandait qui du sulfureux “The Housemaid” de Im Sang-Soo et du mélodramatique “Poetry” de Lee Chang-Dong aurait les faveurs d’une telle sélection (en imaginant un scénario similaire à l’an dernier où “Thirst” était en compétition et “Mother” à Un Certain Regard), et bien ils ont finalement été choisis tous les deux.

Et en cadeau bonus, la présence dans la sélection Un Certain Regard du nouveau Hong Sang-Soo, le bien-nommé “Hahaha”, que les parisiens pourront donc découvrir dès la fin du festival (j’en connais qui sont déjà impatients :) ).

The Romantic Movement, Seoul Ecrit par Pierre le 11.04.10

Je suis tombé un peu par hasard sur un projet assez peu commun mené par plusieurs réalisateurs coréens, appelé “The Romantic Movement, Seoul“. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de l’écrivain suisse Alain de Botton (très populaire en Corée) sous la forme d’un omnibus de 4 segments réalisés chacun par un réalisateur différent, avec la même actrice (Min Hyo-Rin). Là où ce film se différencie encore plus des autres, c’est dans sa diffusion. Celui-ci est ainsi diffusé progressivement et gratuitement sur Youtube avec des sous-titres anglais, en utilisant à fond les réseaux sociaux pour la promotion (compte Twitter, groupe Facebook, stills sur Flickr, webisodes, trailers et making of sur Youtube…).

Les deux premiers segments (chacun en 2 épisodes) sont déjà disponibles : “My Bloody Valentine” et “My Sweet Blanket“. Plus que la qualité du résultat (pas terrible pour le moment, même s’il y a quand même quelques trucs chouettes), c’est surtout l’idée que je souhaitais mettre en avant. Le but des réalisateurs est assez simple : prendre du plaisir en faisant librement le film qu’ils ont envie de faire, et peut-être se faire connaitre ainsi (ils parlent de self branding). Quand on sait le nombre de réalisateurs tombés dans l’oubli et de films (notamment les courts) impossibles à visionner (même en Corée) car jamais sortis, on ne peut qu’espérer voir se multiplier de telles initiatives !

Good Morning President – de Jang Jin (2009) Ecrit par Pierre le 04.04.10

Les films de Jang Jin représentent généralement le haut du panier des comédies coréennes. On est d’accord, ça ne veut pas dire grand chose, mais des films comme “Guns and Talks” ou “Someone Special” étaient assez savoureux avec leur humour décalé et leur sens du contre-pied. Je misais donc quelques espoirs sur son dernier film, “Good Morning President”, présenté en ouverture au dernier festival de Busan, et dont les billets se sont vendus en 1min35, record du festival (ça c’est de la stat !).

Le film commence par nous montrer un vieux président en fin de mandat, clairement basé sur Kim Dae-jung (président de 1998 à 2003). Lors de l’inauguration d’une grande loterie nationale créée à l’occasion de la Coupe du Monde de football, il se prête au jeu, sauf que quelques jours plus tard son ticket va s’avérer gagnant ! C’est le point de départ de quelques quiproquos (en apprenant la nouvelle, il fait une attaque que la presse interprète à tort comme la conséquence d’un rebondissement dans un drama populaire), parfois assez drôles. C’est assez décousu, entrecoupé de petites passages humoristiques (lorsque le président cherche à récupérer l’argent anonymement), mais bien vite rattrapé par une morale décevante (lors d’un discours, le gentil patriarche avouera tout et reversera ses gains à une œuvre de charité). Ca n’est pour le moment pas trop désagréable, mais sacrément anecdotique.

La deuxième partie du film nous fait suivre le président suivant, un golden boy de 35 ans au sourire plus blanc que blanc (la mégastar Jang Dong-Gun, que j’ai trouvé bien plat). Le ton n’est plus le même et le film s’avère beaucoup plus sérieux (et mauvais). Accrochez-vous bien : confronté à des manœuvres belliqueuses de l’armée japonaise sur la mer de l’est, notre golden-boy va tenir tête aux Etats-Unis en leur refusant l’accès maritime, réussir à raisonner les nord-coréens pour au final retoquer les japonais, rapprocher les deux Corées et (pratiquement) éviter une 3ème guerre mondiale. Mais ce n’est pas tout ! Dans le même temps, un homme dont le père a besoin d’une greffe d’un rein réussit à convaincre le président (qui bien sûr est la seule personne compatible) à se faire opérer au pire de la crise militaire. Ajoutez à cela la relation platonique du président avec sa porte-parole (qui n’est autre que la fille du président précédent, lien entre les histoires oblige), une musique pompeuse et des hélicoptères et vous comprendrez à quel point ce film devient indigeste. Le pire c’est que Jang Jin se croit malin en voulant rajouter sa petite touche personnelle, son petit grain décalé, par exemple après une longue séquence mièvre entre les deux tourtereaux, en faisant lâcher au président un gros pet. Un chef d’oeuvre de finesse.

Par un effort inouï, j’ai réussi à tenir jusqu’à la dernière partie, qui s’attache une fois de plus au successeur de ce cher président. Qui est ici une femme, la première “présidente” de l’histoire de la Corée du Sud. Tristesse, on ne retrouve même pas le faible humour de la première partie, puisque ce segment nous fait le coup du drame familial, ou “comment faire pour diriger le pays et en même temps mener une vie de couple épanouissante”. Encore une fois de grosses ficelles et de gros sentiments qui transforment ce film en véritable supplice de 2h11 (et oui, en plus c’est long !). Même l’époux de la présidente obligé d’aller à un dîner de premières dames n’est pas drôle : on a déjà vu l’époux de Mme Merkel le faire en vrai ! Non, le seul petit rayon de soleil du film (qui en plus vous permettra de n’en voir que les 13 premières minutes), c’est un petit caméo de Jeong Yumi en héroïne du drama pourri qui fait selon la presse collapser le président, “Mimi qui va mourir en découvrant qu’elle est en fait la soeur de son amant”. C’est peu, beaucoup trop peu.


“Mais qu’est-ce que je fais dans ce film ?!”

The Housemaid par Im Sang-Soo : le trailer (UPDATE: + affiche) Ecrit par Pierre le 01.04.10

Je vous en ai déjà parlé, Im Sang-Soo est en train de terminer son nouveau long-métrage, un remake du film “The Housemaid” de Kim Ki-Young, avec un casting royal composé de Jeon Do-Yeon, Lee Jeong-Jae et Seo Woo. En attendant de pouvoir découvrir ce film très attendu, en voici le trailer. Enjoy!

Source : Seen in Jeonju

UPDATE : maintenant, l’affiche.

Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 4 Ecrit par Pierre le 18.03.10

Dernière journée de festival, loin, très loin d’être la meilleure au contraire de l’an dernier où nous avions pu découvrir le génial “All Around Us” (en même temps c’est plutôt rassurant de ne pas avoir à attendre la dernière séance pour avoir une révélation).

Le calvaire commence avec “My Daughter”, réalisé par la productrice Charlotte Lim. L’histoire est… inexistante. Au départ, une mère revient de chez son petit ami qui l’a tabassée. Sa fille la ramasse et c’est à peu près tout. Le reste du film nous montre les deux femmes en train de glander et de faire la gueule. J’aurais aimé en rester au stade de l’indifférence mais ici l’ennui est tel que cela en devient quasi insoutenable ! Je n’avais pas eu envie de péter les plombs et d’hurler ma rage pendant un film depuis “Beetles”, rage que j’ai freinée en fermant les yeux pour chercher à tout prix à m’endormir. Car jamais un film aussi court (1h18) ne m’aura paru aussi long. A tel point que la deuxième vision de la mère tabassée m’a arraché un rictus libérateur. Impossible d’en rajouter à propos de ce film-néant. Verdict : 0.5/5 (on me souffle que sur trois personnes, c’est actuellement la meilleure note du film sur cinémasie).

Ca continue tout aussi mal avec le film indien “The Eternal”. Bon il faut l’admettre, j’aurais peut-être été moins sévère avec lui si je ne l’avais pas vu juste après le film précédent. Car – et je ne pensais pas ça possible – il m’a à peu près autant ennuyé. Il y a au moins un scénario : lorsqu’un célèbre réalisateur indien décède, sa famille se retrouve dans la maison familiale. La visite d’une actrice avec qui celui-ci a eu une liaison va raviver les douleurs (et les flash-backs). Et c’est parti pour deux heures de film presque intégralement constitué de dialogues et d’engueulades hystériques à l’intérieur de cette maison. Avec une musique pompière et insupportable dès le moindre instant dramatique (et attention, ça se veut très profond). Moi ça m’a endormi au bout de 20 minutes (malheureusement j’étais éveillé pour la deuxième heure). Verdict : 0.75/5.

Après trois heures et demi d’ennui, j’ai eu très peur d’un grand chelem de la moisitude. Heureusement, “Sawasdee Bangkok” a finalement relevé un peu le niveau et nous a permis de quitter le festival sur une bonne note. Il s’agit d’un omnibus en quatre parties de réalisateurs différents. Le premier segment met en scène la poétique rencontre entre une aveugle SDF de Bangkok et un ange mystérieux. Malgré un personnage principal qui avait tout pour faire un film misérabiliste (ce qu’on peut craindre au début), cette partie est au contraire drôle, fraîche et joliment colorée. On reconnait le style décalé du réalisateur de “Citizen Dog”, que j’aime beaucoup. La deuxième partie nous plonge dans l’univers de deux amis, l’un étant plaqué par sa copine et essayant de la reconquérir, l’autre enregistrant des sons comme on prendrait des photos. Il ne se passe pas forcément grand chose, mais la réalisation aérienne tout comme le travail sur le son réussissent à créer une ambiance envoûtante que j’ai beaucoup apprécié. La troisième partie, la plus faible, suit la rencontre d’un jeune homme de la campagne et d’une prostituée de la ville. Ca n’est pas très original, voire assez quelconque même si ça se laisse regarder. Passons plutôt à la dernière partie réalisée par Pen-Ek Ratanaruang, dont le film “Nymph” m’avais laissé une impression très mitigée il n’y a pas si longtemps. Je me réconcilie donc en partie avec lui puisque ce segment est mon préféré. Il suit deux femmes, dont l’une complètement bourrée, en train de rentrer chez elles en voiture. La conductrice tombe en panne après avoir déposé son amie, et va faire la rencontre d’un clochard. Déjà, c’est très bien filmé. La nuit, les bars, les voitures dégagent une ambiance très forte en quelques plans à peine. L’actrice principale est assez magnétique et lorsqu’elle fond en larmes à la fin du film, c’est en plein coeur que je suis touché, et la petite leçon de morale passe comme une lettre à la poste. Verdict : 3/5.

En guise de bilan, vous aurez droit à un petit Ze Palmarès à la manière de l’Insecte Nuisible.

- Prix “Le petit détective” de la fausse piste limite surnaturelle : “Symbol”, pour sa partie mexicaine de 30 minutes justifiée par un délire WTF de 10 secondes
- Prix “Courjaut” du bébé martyrisé avec le plus de soin : “Paju” pour son nourrisson ébouillanté plein cadre dès la cinquième minute
- Prix “Bricorama” du design d’intérieur : “Cast Away On the Moon” pour sa chambre de Hikikomori aux murs en papier bulle, trop classe
- Prix “Eriko Sato” de la créature terrestre la plus désirable : Eriko Sato
- Prix “Chez Miocque” du vomi collectif, récompensant le film qui parviendra à faire vomir deux personnages féminins différents en l’espace d’une heure : “Sawasdee Bangkok” et “My Daugther” ex-aequo (rude compétition cette année)
- Prix “Anti King of Jailbreakers” de la scène que là, oui, on a envie de voir et revoir : la scène de danse d’”Au revoir Taipei”
- Prix “Je conteste” attribué à un prix officiel : le Prix de la Critique Internationale pour “My Daughter”

Reste du compte-rendu : Jour 1Jour 2Jour 3

Compte-rendus de mes comparses : Insecte NuisibleSlimdodsGhostDog/Junta/Xavier sur CinémasieAlban – ainsi que d’autres à découvrir sur la page dédiée de Taste of Asia.
Voilà, c’est fini, je suis déjà nostalgique de ce festival passé dans une ambiance totalement jubilatoire, riche en rencontres et en fous-rires (j’espère que ce compte-rendu est lisible malgré les private jokes). Vivement la suite.