Ad-Lib Night – Lee Yoon-Ki (2006) Ecrit par Pierre le 14.02.10
Devant le peu d’intérêt des nouveautés côté cinéma coréen, je me suis enfin décidé à regarder l’un des plus grands Poulidors de ma watchlist (toujours bien placé mais jamais choisi) : Ad-Lib Night. Bon, il faut dire que je prenais peu de risques au vu de son dernier film, le génial “My Dear Enemy” (jetez-vous dessus si vous ne l’avez pas encore vu). Je n’ai pas été déçu.
Deux hommes interpellent une fille dans la rue. Ils la prennent pour une ancienne camarade de classe dont le père est en train de mourir et qu’ils essayent désespérément de retrouver. S’apercevant de leur erreur, ils convainquent tout de même cette fille de se faire passer pour l’autre auprès du père mourant.
Ce film possède pas mal de points communs avec “My Dear Enemy”. A commencer par un personnage principal dont on ignore tout. Plutôt que démarrer avec une scène d’exposition censée nous présenter les enjeux ou les protagonistes, Lee Yoon-Ki nous jette dans l’action et nous laisse les découvrir par nous-mêmes, sans autre artifice que ce qui apparait à l’écran. Cette entame tout comme le reste du film stimule continuellement l’intérêt et l’imagination en conférant aux personnages, en particulier à la fille interprétée par Han Hyo-Joo, une zone d’ombre, un côté ambigu délicieux. C’est tellement réussi chez Lee Yoon-Ki qu’au final (ce qui peut paraitre assez étonnant) cela leur donne plus de profondeur que si plus d’informations sur eux nous étaient données. Avec cette intrigue dépouillée, tout son talent est d’utiliser la caméra non pas pour poser ou adopter une quelconque attitude auteurisante mais bien pour essayer de nous faire ressentir ce qui se trame au plus profond de ses personnages.
En s’attachant à un regard, un errement, un doute, Lee Yoon-Ki semble en dire plus qu’avec des paroles. Les scènes les plus bavardes ne sont d’ailleurs pas exceptionnelles en elles-mêmes, mais elles trouvent leur intérêt dans le contraste qu’elles provoquent avec les instants où les personnages sont livrés à eux-mêmes (entre la fille et la famille du mourant, on retrouve un peu le contraste muet/bavard qui existait entre les personnages de Jeon Do-Yeon et Ha Jeong-Woo dans “My Dear Enemy”).
Tourné avec un budget semble-t-il dérisoire, le film ne possède certes pas une image éclatante, mais ça ne l’empêche aucunement d’être visuellement superbe par instants. C’est un point commun assez amusant avec son film suivant, mais Lee Yoon-Ki filme merveilleusement bien les personnages en voiture ! Reflets, lumières, regards à travers la vitre : ces deux longues séquences qu’on retrouve au début et à la fin du film sont admirables, en particulier la deuxième qui donne son sens au voyage. C’est simple, profond et beau.
Une fois de plus, je ne peux que vous conseiller de voir ce joyau pur, surtout si vous avez apprécié “My Dear Enemy” (pour lequel j’ai une légère préférence). Next step for me : “Love Talk” et la boucle sera bouclée.












