Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 4 Ecrit par Pierre le 18.03.10

Dernière journée de festival, loin, très loin d’être la meilleure au contraire de l’an dernier où nous avions pu découvrir le génial “All Around Us” (en même temps c’est plutôt rassurant de ne pas avoir à attendre la dernière séance pour avoir une révélation).

Le calvaire commence avec “My Daughter”, réalisé par la productrice Charlotte Lim. L’histoire est… inexistante. Au départ, une mère revient de chez son petit ami qui l’a tabassée. Sa fille la ramasse et c’est à peu près tout. Le reste du film nous montre les deux femmes en train de glander et de faire la gueule. J’aurais aimé en rester au stade de l’indifférence mais ici l’ennui est tel que cela en devient quasi insoutenable ! Je n’avais pas eu envie de péter les plombs et d’hurler ma rage pendant un film depuis “Beetles”, rage que j’ai freinée en fermant les yeux pour chercher à tout prix à m’endormir. Car jamais un film aussi court (1h18) ne m’aura paru aussi long. A tel point que la deuxième vision de la mère tabassée m’a arraché un rictus libérateur. Impossible d’en rajouter à propos de ce film-néant. Verdict : 0.5/5 (on me souffle que sur trois personnes, c’est actuellement la meilleure note du film sur cinémasie).

Ca continue tout aussi mal avec le film indien “The Eternal”. Bon il faut l’admettre, j’aurais peut-être été moins sévère avec lui si je ne l’avais pas vu juste après le film précédent. Car – et je ne pensais pas ça possible – il m’a à peu près autant ennuyé. Il y a au moins un scénario : lorsqu’un célèbre réalisateur indien décède, sa famille se retrouve dans la maison familiale. La visite d’une actrice avec qui celui-ci a eu une liaison va raviver les douleurs (et les flash-backs). Et c’est parti pour deux heures de film presque intégralement constitué de dialogues et d’engueulades hystériques à l’intérieur de cette maison. Avec une musique pompière et insupportable dès le moindre instant dramatique (et attention, ça se veut très profond). Moi ça m’a endormi au bout de 20 minutes (malheureusement j’étais éveillé pour la deuxième heure). Verdict : 0.75/5.

Après trois heures et demi d’ennui, j’ai eu très peur d’un grand chelem de la moisitude. Heureusement, “Sawasdee Bangkok” a finalement relevé un peu le niveau et nous a permis de quitter le festival sur une bonne note. Il s’agit d’un omnibus en quatre parties de réalisateurs différents. Le premier segment met en scène la poétique rencontre entre une aveugle SDF de Bangkok et un ange mystérieux. Malgré un personnage principal qui avait tout pour faire un film misérabiliste (ce qu’on peut craindre au début), cette partie est au contraire drôle, fraîche et joliment colorée. On reconnait le style décalé du réalisateur de “Citizen Dog”, que j’aime beaucoup. La deuxième partie nous plonge dans l’univers de deux amis, l’un étant plaqué par sa copine et essayant de la reconquérir, l’autre enregistrant des sons comme on prendrait des photos. Il ne se passe pas forcément grand chose, mais la réalisation aérienne tout comme le travail sur le son réussissent à créer une ambiance envoûtante que j’ai beaucoup apprécié. La troisième partie, la plus faible, suit la rencontre d’un jeune homme de la campagne et d’une prostituée de la ville. Ca n’est pas très original, voire assez quelconque même si ça se laisse regarder. Passons plutôt à la dernière partie réalisée par Pen-Ek Ratanaruang, dont le film “Nymph” m’avais laissé une impression très mitigée il n’y a pas si longtemps. Je me réconcilie donc en partie avec lui puisque ce segment est mon préféré. Il suit deux femmes, dont l’une complètement bourrée, en train de rentrer chez elles en voiture. La conductrice tombe en panne après avoir déposé son amie, et va faire la rencontre d’un clochard. Déjà, c’est très bien filmé. La nuit, les bars, les voitures dégagent une ambiance très forte en quelques plans à peine. L’actrice principale est assez magnétique et lorsqu’elle fond en larmes à la fin du film, c’est en plein coeur que je suis touché, et la petite leçon de morale passe comme une lettre à la poste. Verdict : 3/5.

En guise de bilan, vous aurez droit à un petit Ze Palmarès à la manière de l’Insecte Nuisible.

- Prix “Le petit détective” de la fausse piste limite surnaturelle : “Symbol”, pour sa partie mexicaine de 30 minutes justifiée par un délire WTF de 10 secondes
- Prix “Courjaut” du bébé martyrisé avec le plus de soin : “Paju” pour son nourrisson ébouillanté plein cadre dès la cinquième minute
- Prix “Bricorama” du design d’intérieur : “Cast Away On the Moon” pour sa chambre de Hikikomori aux murs en papier bulle, trop classe
- Prix “Eriko Sato” de la créature terrestre la plus désirable : Eriko Sato
- Prix “Chez Miocque” du vomi collectif, récompensant le film qui parviendra à faire vomir deux personnages féminins différents en l’espace d’une heure : “Sawasdee Bangkok” et “My Daugther” ex-aequo (rude compétition cette année)
- Prix “Anti King of Jailbreakers” de la scène que là, oui, on a envie de voir et revoir : la scène de danse d’”Au revoir Taipei”
- Prix “Je conteste” attribué à un prix officiel : le Prix de la Critique Internationale pour “My Daughter”

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Compte-rendus de mes comparses : Insecte NuisibleSlimdodsGhostDog/Junta/Xavier sur CinémasieAlban – ainsi que d’autres à découvrir sur la page dédiée de Taste of Asia.
Voilà, c’est fini, je suis déjà nostalgique de ce festival passé dans une ambiance totalement jubilatoire, riche en rencontres et en fous-rires (j’espère que ce compte-rendu est lisible malgré les private jokes). Vivement la suite.

Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 3 Ecrit par Pierre le 17.03.10

Troisième journée de festival, la plus chargée avec 5 films au programme.

Ca commence fort avec “Clash”, un film d’action vietnamien qui avait tout pour être le digne successeur du “Fireball” de l’an dernier. Et c’est plutôt une bonne surprise, car le film se révèle presque aussi jubilatoire que son prédécesseur, mais aussi nettement mieux filmé. Point de caméra épileptique ou de montage surdécoupé (enfin tout est relatif, c’est pas “Judge” non plus), mais des scènes d’actions à la fois claires, lisibles et bien bourrines. On notera la forte influence de Tarantino, de l’intrigue très Kill Bill à l’introduction des personnages façon Reservoir Dogs, tout en ralentis et Raybans, jusqu’à un remake de la fameuse scène de Mr Pink (ici avec des noms d’animaux !). Les deux acteurs principaux sont charismatiques et le film, très poseur mais assez classe, est plutôt drôle (le sommet restant une bande de gangsters français, tous chauves et bodybuildés, totalement improbables). Bon ça n’est pas un chef d’oeuvre non plus, des atroces scènes de flashback mélo sur musique d’opéra viennent fréquemment nous le rappeler. Mais je n’en demandais pas tant et “Clash” remplit parfaitement sa mission. Verdict : 2.75/5.

On enchaîne avec le dernier espoir de cette édition côté cinéma japonais, “The King of Jailbreakers”, réalisé par le sympathique acteur Itsuji Itao. Le début du film est assez excitant, on y voit un prisonnier de longue date (à en juger par la barbe) s’évader d’une des prisons les mieux gardées du pays. L’action est alors coupée en plein milieu pour repartir quelques années auparavant, pour nous montrer comment cet homme en est arrivé là, comment il s’est évadé de prison en prison, récoltant à chaque fois des peines plus lourdes.
Le gros problème, c’est que c’est ultra répétitif ! Une fois, deux fois… il s’évade, on le retrouve sur une voie ferrée, on le tabasse, il s’évade, on le transfère dans une prison plus grande. Le scénario se répète encore et encore sans véritable évolution ou idées nouvelles. Au contraire celles-ci sont assez saugrenues, comme une séquence montrant l’éclosion d’une mouche immonde dans la cellule du prisonnier : pas vraiment drôle et sans réelle utilité. Le film tourne comme cela à vide pendant très longtemps avant un regain d’intérêt dans la dernière partie, lorsque le héros investit une prison de Freaks sur une île très Shutter Island. Alors il est vrai que le final en pied de nez est assez drôle, mais ça reste très anecdotique : tout ça pour ça ! Verdict : 1.5/5.

Vient maintenant la plus belle surprise du festival : le film dont on n’attend rien et qui pourtant va complètement nous embarquer. “Au Revoir Taipei” débute sur une séparation, celle de Kai et de sa copine, qui part étudier en France. Celui-ci entreprend d’apprendre le français en squattant la librairie du coin. Entre temps, on lui propose un marché douteux en échange d’un billet d’avion pour Paris… Très coloré (on pourrait dire acidulé), “Au Revoir Taipei” est un film de loosers magnifiques : les garçons ont la trouille de parler aux filles (qui sont trop mimis), les gangsters finissent par jouer au mah-jong avec leur otage, les policiers perdent leurs traces à cause de leurs propres déboires sentimentales…
Le réalisateur joue avec les codes du thriller pour nous surprendre sans cesse et nous offrir une comédie Jarmuschienne pleine de flegme. Il filme avec douceur, avec beaucoup d’humour (une course poursuite sur le quai du métro voit les fuyards, puis le policier sommés de ralentir par un agent de sécurité auxquels ils obéissent docilement, le tout en un travelling latéral de toute beauté), se permettant de vraies envolées lyriques, comme lorsque les deux héros joignent un groupe de danseurs de rue pour échapper à leur poursuivant. Et pour couronner le tout, “Au Revoir Taipei” se termine sur une note romantique qu’on accepte avec un plaisir non dissimulé. Je veux le revoir ! Verdict : 4/5.

Etrange séance que celle de “Chengdu I love you” : d’abord parce que ce film qui était censé être un omnibus en trois parties se retrouve amputé de l’une d’entre elles, celle réalisé par le coréen Heo Jin-Ho (partie dont un long-métrage a d’ailleurs été tiré). Ensuite parce que la copie proposée était d’une qualité déplorable, aussi bien le son que l’image, ce qui est légèrement gênant quand on se situe au troisième rang du CID. Les deux films sont eux aussi assez bizarres : le premier se situe dans un futur proche où les looks tribaux sont assez sympathiques (ce qui n’est pas le cas des effets numériques). Cette histoire très foutraque des retrouvailles entre une femme et un homme qui lui a fait du mal mais l’a aussi sauvé est carrément vide et ne m’a pas laissé un grand souvenir. La deuxième partie, réalisée par Fruit Chan, est un peu mieux conçue. Elle y met en scène une famille de marchands de thé dans les années 70, qu’un vieux fou va initier à l’art des théières à long bec. On est peu habitué à un tel classicisme de la part de Fruit Chan, et même si les scènes avec les théières sont assez réussies et spectaculaires, ça reste très ennuyeux. Verdict : 2/5.

On termine le marathon avec un nouveau film d’action, cette fois-ci hong-kongais : “Bad Blood”. Un bon gros nanar des familles qui nous aura involontairement bien fait rire. Déjà parce qu’il est doublé en mandarin et que les sous-titreurs ont cru bon de traduire les noms des personnages, ce qui donne “Mr Funky” pour un parrain de mafia, “Brother Zen”, “Calf”, “Bobo” ou encore “Dumby” ! Ca peut paraître un détail mais en contexte, on a frôlé la crise de fou-rire nerveux en pleine séance.
Au contraire de son prédécesseur vietnamien du matin, les scènes de combat sont vraiment ratées, hachées au montage pour cacher les carences des acteurs (l’actrice principale est particulièrement mauvaise, et Simon Yam est d’un lourd). Seuls deux personnages s’en sortent : un jeune homme qu’on suit pendant toute la première partie du film, avant qu’il se fasse subitement trahir et poignarder dans le dos par son amie lors d’une partie de badminton (bonjour le scénario !), l’autre étant une petite puce sourd-muette surexcitée et super balèze. C’est la seule qu’on sent détachée des câbles et dont les plans durent plus de quelques secondes. Ses (trop rares) apparitions donnent lieux aux meilleurs séquences de combat du film, malgré un doublage qui la crédite de petits cris suraigus. Il y a pire : la grand-mère de la famille de gangsters hérite elle d’une pure voix de brebis désamorçant complètement toute éventuelle tension lors du final. On aura au moins rigolé. Verdict : 1.5/5.

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Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 2 Ecrit par Pierre le 17.03.10

On enchaine avec la deuxième journée de festival, passée intégralement dans la grande salle du CID (étonnamment pleine, l’an dernier il avait fallu attendre la projection de “L’Enfant de Kaboul” pour voir la salle investie par le troisième âge deauvillois).

Premier film du jour, “Paju” est le deuxième film de la réalisatrice sud-coréenne Park Chan-Ok. Il s’agit là d’un drame familial avec son lot de lourds secrets qui ressurgissent, sur fond de crise sociale (ici un problème d’expropriation). Le film possède une structure narrative assez alambiquée puisque les scènes se succèdent dans un ordre non chronologique sur plus de 7 ans avec très peu d’indications temporelles. C’est assez perturbant, notamment dans la première partie où de nombreuses questions restent sans réponse. Lors de discussions d’après film, on s’est d’ailleurs aperçu que chaque spectateur avait une vision un peu différente des choses. Ce qui n’est pas forcément un mal et démontre à quel point cette histoire est riche et complexe en cumulant différents points de vue dans le temps. Heureusement, la réalisation apporte beaucoup d’intensité au récit et crée une tension qui maintiendra l’intérêt jusqu’à ce que les secrets finissent enfin par se découvrir. Avec ses travellings particulièrement réussis, très noirs (j’en ai deux en tête, notamment l’un d’une force incroyable où l’héroïne déambule sous des jets de cocktails molotov) et sa musique superbe, “Paju” possède une vraie grâce. Un mot également sur les acteurs qui sont parfaits, en particulier l’actrice Seo Woo qui passe d’un plan à l’autre d’une gamine à une vraie femme, de manière assez ambiguë et troublante. Verdict : 3.75/5.

Suit ensuite le film qui a finalement remporté le Grand Prix cette année, à mon grand énervement. “Judge” constituait en effet un choix tellement prévisible pour le jury en cette année mettant la Chine à l’honneur. Film “social” mettant en scène un juge tiraillé entre ses convictions au moment de condamner à mort un voleur de voiture, “Judge” se révèle particulièrement pauvre. Les plans fixes et dépressifs sur des personnages immobiles s’y succèdent dans un silence assourdissant. On notera tout de même quelques plans sympathique, en particulier la séquence sur le terrain d’exécution qui utilise plutôt bien la profondeur de champ (il y aura beaucoup mieux dans un lieu similaire dans “City of Life and Death”), mais je retiens davantage la lourdeur du message, l’absence de rythme et de charisme, et surtout l’ennui. Verdict : 1/5.

Après un petit discours de sa réalisatrice qui ressemblait plus à une récitation de CV lors d’un entretien d’embauche, c’est le film japonais “All to the sea” qui a été projeté. L’histoire d’une jolie libraire (interprétée par la bombe interstellaire Eriko Sato) vivant des relations sentimentales désastreuses qui va se lier peu à peu avec un lycéen torturé. Le scénario de cette bluette, tiré en plus d’un roman de la réalisatrice, est particulièrement navrant. Les personnages ne cessent d’agir de manière stupide tout au long du film, jusqu’à une scène d’anthologie où lorsqu’Eriko décide enfin d’offrir son corps au jeune lycéen, celui-ci se défile et réagit par un pitoyable “Ssssumimasen!” (et je vous passe le bruitage). Reste le show Eriko qui même en surjouant effrontément n’est jamais désagréable à regarder, ainsi que quelques seconds rôles savoureux (on retrouve avec plaisir des actrices de “Love Exposure” et “Noriko’s Dinner Table”, avec une mention pour Sakura Ando et son “film dans le film”, où elle parcourt le monde pour coucher avec des hommes de tous les pays afin de devenir une meilleure prostituée !). Côté réalisation, on avait plus l’impression de voir un téléfilm ou un drama qu’un film de cinéma, d’où la question : que faisait ce film dans la sélection ? Surtout qu’il y avait d’autres films japonais plus judicieux. Verdict : 1.5/5 (merci Eriko).

On finit la journée par le monument de ce festival, présenté grâce au focus consacré à son réalisateur Lu Chuan : “City of Life and Death” retrace la prise, l’occupation et le massacre de la ville de Nankin par les Japonais en 1937. Il ne s’agit pas exactement d’un “film de guerre” traditionnel puisque les scènes de combats se situent majoritairement au début du film. Le film suit plusieurs hommes ou femmes dans des situations bien différentes, qu’ils soient soldats japonais ou chinois, humanitaires ou collaborateurs. C’est d’ailleurs un point qui a fait polémique lors de la sortie du film, puisqu’il lui était reproché d’avoir montré des Japonais trop humains (ça me rappelle un peu la censure en Corée dans les années 50). Au contraire, c’est bien l’une des forces du film d’avoir su éviter les caricatures tout en restant réaliste et en n’hésitant pas à montrer ce qu’est vraiment la guerre et les actes les plus horribles qu’elle peut engendrer, du massacre des prisonniers de guerre à l’esclavage sexuel des “femmes de réconfort”. Et si ces actes sont bel et bien montrés, ils le sont sans complaisance : soit ils sont relégués en arrière-plan, presque suggérés mais tellement présents qu’on peut les sentir, soit une coupe arrive au moment opportun, à la limite de l’insoutenable.

Et que dire de la réalisation de Lu Chuan. Le film est présenté dans un noir et blanc somptueux et captivant. Les scènes de combat ont beau être spectaculaires, c’est au plus près des personnages, dans leurs yeux, que le réalisateur préfère chercher des réponses. Au début du film, c’est un soldat chinois qui capte l’attention, ses yeux magnifiques inondent l’écran et dégagent un tel charisme, une telle dignité. A la fin du film, c’est le visage du soldat japonais sur lequel on s’attarde lors d’une parade célébrant la victoire, ses yeux habités, hantés, presque fous. Je pourrais en citer encore et encore, tant les scènes à couper le souffle sont nombreuses. On dirait que Lu Chuan a toujours su faire le bon choix, dans l’utilisation du ralenti (très rare, mais quel impact !), de la musique… On en ressort lessivé (je n’avais plus vraiment envie de voir un autre film après celui-là), conscient d’avoir assisté à un réel chef d’oeuvre sur lequel il y aurait beaucoup plus à écrire. Verdict : 4.5/5.

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Compte-rendu Deauville 2010 – Jour 1 Ecrit par Pierre le 15.03.10

Et voilà, le festival est terminé. Sans en dire trop tout de suite, il s’est avéré bien meilleur que celui de l’année précédente au niveau de la programmation (et visiblement au niveau de l’affluence). Rassurez-vous, on a eu quand même eu droit à notre lot de purges. Plutôt que de tout poster d’un coup, j’opte cette année pour un compte-rendu jour par jour, voici donc le premier.

On commence plutôt mal avec “Tactical Unit – Comrades in Arms” (solution de repli après avoir appris que la projection de “Purple Butterfly” était annulée). Car comme l’an dernier, alors que j’arrivais plein d’entrain et d’espoir, j’ai réussi à m’endormir dès la première séance. Le film débute pourtant de manière assez amusante en jouant sur la rivalité entre deux “unités” policières préférant se taper dessus plutôt que de poursuivre un criminel. S’ensuit une chevauchée dans les bois à la poursuite d’une bande de malfrats, qui permettra à nos ennemis de finalement collaborer… En plus d’être particulièrement téléphoné, le film est mou et sans identité, avec des personnages sans réel charisme. Même les scènes d’action sont ennuyeuses, et les quelques éléments comiques sont plus risibles qu’autre chose. On oublie et on passe à la suite. Verdict : 1.5/5.

Le premier film coréen de cette édition, “Cast Away on the Moon” m’a lui au contraire carrément bluffé. Le point de départ est assez original : après avoir tenté de se suicider en se jetant d’un pont dans le fleuve Han (qui coupe Séoul en deux), un malheureux employé se retrouve coincé et coupé du monde sur une mini île déserte en plein milieu du fleuve. En petit Robinson Crusoé des temps modernes, il profite des déchets de la ville environnante pour survivre.

Le film fait un peu peur au début, puisqu’il démarre en mode comédie un peu lourde, avec surjeu et humour scato au programme. Pourtant assez vite, il se révèle particulièrement prenant, rythmé et fourmillant d’idées, avec en plus de vraies qualités visuelles. Il prend même une autre dimension avec l’introduction d’un second personnage à l’univers particulièrement intéressant (je ne vous en dis pas plus), avec qui va s’instaurer une relation subtile et décalée, jouant beaucoup sur les points de vue. Et si la fin peut paraitre un peu convenue, “Cast Away on the Moon” ne se sépare jamais de son petit grain de folie qui le rend si délicieux. Verdict : 4/5.

Je prends peu de risque avec le film suivant puisqu’au lieu d’un “Lola” ou d’un “Nuits d’ivresse printanière”, je préfère profiter de l’occasion de revoir le sublime “Suzhou River“, qui m’a plu autant que la première fois. Tourné avec trois fois rien, le film mêle une narration originale à une réflexion sur l’amour pour former quelque chose d’envoûtant, de beau tout simplement. Et en plus il y a Zhou Xun. Verdict inchangé : 4.25/5.

C’est donc avec la banane que je m’apprête à découvrir le film au pitch le plus dérangé de l’année, “Symbol”, du japonais Hitoshi Matsumoto. Comme prévu, il s’agit d’un objet hautement improbable, qui nous trimballe entre une famille mexicaine déjantée comprenant entre autres un catcheur et une bonne soeur hystérique, et un pauvre malheureux se réveillant dans une pièce entièrement blanche à la “Cube”. Mais nous ne sommes pas dans “Cube”, et cette pièce est maculée de pénis d’anges sur lesquels il faut appuyer (!) pour faire apparaitre des objets à l’utilité variable, et qui permettront à l’homme de s’en sortir comme d’un donjon de Zelda.

Si le concept amuse beaucoup au départ, il s’essouffle finalement assez vite, ranimé de temps à autre par une idée de génie (tout le passage où l’homme essaye d’ouvrir la porte à l’aide des objets est hilarant, notamment grâce à des inserts de bande dessinée et à une musique enjouée). Il faut l’avouer, on est plus devant un (très long) numéro de clown que devant un véritable film, et le passage au Mexique (malgré quelques qualités) n’est qu’un prétexte pour faire durer le film et maintenir l’intérêt du spectateur jusqu’au moment où les deux histoires s’entrecroisent de manière totalement absurde. La dernière partie du film, carrément psychédélique, conforte dans cette idée. C’est dommage, car il y avait moyen de faire là un court-métrage très percutant. Verdict : 2.25/5.

Deux bons films dès le premier jour, avec deux autres tout de même regardables, voilà qui commençait plutôt bien. La suite bientôt !

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Deauville 2010 – programme disponible Ecrit par Pierre le 28.02.10

Dans une dizaine de jours se déroulera la 12ème édition du Festival du Film Asiatique de Deauville. Comme l’an dernier, je m’y rendrai avec quelques camarades et vous aurez probablement droit à un petit compte-rendu à la fin. Contrairement aux années précédentes, le programme a été annoncé plus de deux semaines avant l’ouverture : http://www.deauvilleasia.com/2010/pdf/FFA12-communique-presse-02.pdf.

Quelques réactions en vrac :
- Disparition de la section Panorama, ce qui du coup limite fortement le nombre de films inédits hors hommages…
- Hommage à Lou Ye : même si tous ses films sont trouvables facilement, ce sera l’occasion de voir le très beau “Suzhou River” sur grand écran (et de découvrir son dernier, même si celui-ci est assez critiqué).
- Côté films coréens, on trouve en compétition “Paju” et “Cast Away on the Moon” qui ont tous deux plutôt bonne réputation, ainsi que le film épique “The Sword with No Name”.
- Après le Kirghizistan, on pourra se vanter cette année d’avoir vu un film Tadjik (ou pas).
- “Clash”, un film d’action vietnamien mettant en scène “une femme entraînée au combat” nous fera-t-il oublier le thaïlandais “Fireball” et sa variante du basket gavée à la testostérone ?
- Il parait que “City of Life and Death” est très bon, chouette.
- Il vaut mieux ne pas être allergique à Mendoza sous peine d’avoir quelques trous d’emploi du temps.
- Enfin, la palme du pitch le plus déjanté revient au japonais “Symbol”, de Matsumoto Hitoshi. Jugez plutôt : “Un japonais se réveille un beau jour dans une pièce immaculée de blanc, sans fenêtres, ni portes. Lorsqu’il appuie sur une protubérance en forme de pénis fixée au mur, une brosse à dents rose apparaît comme sortie de nulle part et enclenche une série d’événements vraiment étranges…“.