Agenda début 2010 Ecrit par Pierre le 03.01.10

A peine le temps de vous souhaiter une bonne année et de digérer la dinde, toute une série d’évènements sympathiques nous attend en 2010. En voici quelques-uns pour les semaines à venir :

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- Le 20 janvier prochain aura lieu au Centre Culturel Coréen une rencontre avec l’écrivain coréen Hwang Sok-Yong (surement l’écrivain coréen le plus traduit en France, auteur entre autres du roman “Le Vieux Jardin” pour les cinéphiles) à l’occasion de la parution d’un nouvel ouvrage intitulé “Shim Chong, fille vendue”. Plus d’infos ici.

- Toujours au Centre Culturel Coréen, le 1er février aura lieu en partenariat avec le festival d’Angoulême une nouvelle rencontre avec des auteurs de manhwa parmi lesquels Shim Seung-hyun (“Nono et Mimi”), Ki Sun (“Please, please me”), Ha Il-kwon (“Le robot Kim Chang-nam”), Park So-hee (“Palais”), Lee Bin (“Salut Jadu”), Jung Hye-na (“J’envie…”) et Cho Seok (“Le son du coeur”). Une exposition se tiendra également pendant les 3 premières semaines de février. Plus d’infos ici.

- Un des tous meilleurs films de la décennie, le fou fou fou “Love Exposure” de Sono Sion va enfin être diffusé en salles en France (4h de plaisir garanti) ! Ca se passera au cinéma L’Écran Saint-Denis la semaine du 3 au 9 février (horaire encore inconnu). Plus d’infos ici. (via @wildgrounds)

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- Trois films coréens en salles : “Une vie toute neuve” d’Ounie Lecomte le 6 janvier (film franco-coréen présenté hors compétition au dernier festival de Cannes), “Mother” de Bong Joon-Ho le 27 janvier (qui m’a un peu déçu par rapport à ses précédents films mais bon, ça reste du Bong Joon-Ho donc allez-y), et enfin “Breathless” de Yank Ik-June courant février (voir ma critique). En espérant que le nombre de salles ne soit pas trop réduit.

Voilà qui commence bien. Autre chose ?

Goemon – de Kiriya Kazuaki (2009) Ecrit par Pierre le 15.09.09

Petit retour sur l’un des nombreux films vu la semaine dernière à l’Etrange Festival avec “Goemon”, sorte de Robin des Bois japonais, dans un film dont les décors ont été entièrement réalisés en images de synthèse.

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“Goemon” démarre plein de promesses. Une scène d’ouverture bien rythmée, une galerie de personnages hauts en couleurs rapidement introduite, et une scène délicieusement anachronique où notre héros, ravi de son cambriolage réussi, se repose en compagnie d’un groupe de danseuses. C’est visuellement assez délirant, et c’est vraiment ce que j’ai le plus apprécié dans ce film : la création de tout un univers graphique, des décors aux costumes somptueux. Tout cela permet de créer une vraie identité aux personnages qui sont tous plus classes les uns que les autres. Les acteurs, Goemon et son frère d’armes en tête, sont très bons, on retrouve avec plaisir Susumu Terajima dans le rôle du légendaire Hattori Hanzo et on croise même le champion de K1 coréen Choi Hong-Man dans le rôle d’un vilain colosse blond très bourrin (ce qu’il est dans la vraie vie en fait).

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Malheureusement, le traitement laisse beaucoup plus à désirer. Si les images sont parfois très belles, certaines sont aussi vraiment hideuses (je pense en particulier à un plan récurrent où Goemon court face caméra est particulièrement ignoble). Les scènes d’action sont particulièrement foutraques, voire totalement illisibles par moments. Mais je crois que le pire c’est qu’à côté de ça, Kiriya Kazuaki nous colle une musique pompeuse et omniprésente pour tenter à chaque instant de renforcer l’aspect épique ou romanesque du film, ce qui devient très vite insupportable.

Côté histoire, ce n’est guère mieux, on sent que le réalisateur a voulu mettre dans son histoire tous les ingrédients possibles du genre : le jeune disciple avide de vengeance, le fidèle serviteur, le frère d’armes qui deviendra ennemi mais en fait non, le vieux maître ninja, le méchant ninja, la princesse bien-aimée… A trop vouloir multiplier les enjeux, la narration est assez décousue et s’essouffle très vite. Le pire c’est que certains personnages qu’on aurait aimé voir plus présents disparaissent très vite (je pense par exemple à Eriko Sato, dont la bouille faisait des merveilles dans “Funuke Show Some Love, You Losers !”, les personnages féminins sont d’ailleurs particulièrement balancés), alors que d’autres comme le serviteur de Goemon ne servent à rien (son implication dans la scène finale est pitoyable).

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De plus, la scénario souffre d’invraisemblances empêchant encore plus le spectateur de se sentir impliqué dans l’histoire. Exemple : lorsque son frère d’armes est sur le point d’être exécuté, Goemon tente vainement de traverser la foule pour lui venir en aide. Mais la foule est très nombreuse et il n’arrive pas à avancer assez vite. Le seul hic, c’est que pendant les combats, Goemon en bon ninja est parfaitement capable d’effectuer des sauts dans les nuages et de se déplacer à la vitesse de la lumière. Comment donc nous faire pleurer avec ça ?! Globalement aucune émotion n’arrive à passer, si bien qu’on se demande si les larmes finales de la belle Cha-Cha ne sont pas en images de synthèse également !

Bref, l’univers avait tout pour me plaire, mais au final j’ai été assez déçu par ce film qui malgré sa forme se révèle sans surprises ni étincelles. En fait, il me fait beaucoup penser à Aladdin.

Vital – de Shinya Tsukamoto (2004) Ecrit par Pierre le 09.08.09

Toujours plongé dans la filmographie de Tsukamoto (et zut, j’arrive bientôt à la fin !), je vais cette fois évoquer “Vital”. Non pas que les autres m’aient déplu (bien au contraire, “Snake of June” est très bon, et que dire de “Haze” qui est tellement énorme qu’il est capable de fonctionner même sans l’image), mais j’ai été plutôt surpris de l’abondance d’avis négatifs publiés ça et là sur ce film. Du coup, je veux prêcher la bonne parole : non, “Vital” n’est pas un gros râtage de Tsukamoto ni un film sur la nécrophilie !

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“Vital” débute sur un retour à la vie. Celui de Tagaki, qui sort du coma après un grave accident de voiture, auquel sa petite amie n’a pas survécu. Amnésique, il reprend ses études de médecine dans l’espoir de comprendre le mal qui le ronge. Pendant son cours de dissection, il découvre que le corps sur lequel il travaille n’est autre que celui de son amie disparue.

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On retrouve dans ce film les contrastes visuels chers à Tsukamoto. Sombre et noir, repaire de cafards sans intérêt, c’est ainsi que Tagaki perçoit le monde dans lequel il se trouve à son réveil. Tout le contraire des souvenirs de son amour disparu qui lui reviennent par bribes, souvenirs auxquels il tente désespérément d’accéder et de s’accrocher et qui se situent dans une nature riche et luxuriante. Entre les deux, la salle de dissection, jaunâtre comme les corps qu’elle héberge, sert de purgatoire, le corps inanimé de Ryoko établissant un dernier lien avec ce passé oublié que Tagaki refuse d’abandonner. Le tout s’accorde comme un ensemble parfaitement cohérent, et ce n’est qu’en faisant disparaitre ces trois mondes à la fois que Tagaki parvient à revenir à une vie “normale”.

Contrastes également au travers du personnage de Tagaki. Complétement solitaire et mutique vu de l’extérieur, il est interprété avec un talent fou par Asano Tadanobu qui n’est jamais “fade” malgré l’attitude du personnage, mais au contraire par son regard et sa présence dégage vraiment quelque chose de puissant. Intérieurement c’est l’inverse, cette obsession qui le ronge se caractérise par des séquences plus proches du “style Tsukamoto” habituel (sa douleur est par exemple illustrée par un nuage de fumée se dégageant laborieusement d’une usine dans un vacarme assourdissant). Obsession qu’il n’arrive à exprimer qu’en disséquant, triturant, explorant du regard ou au toucher, dessinant encore et encore chaque parcelle du corps de sa bien-aimée dans l’espoir d’en tirer un souvenir.

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Une fois la dissection intégralement terminée, Tagaki tente bien une dernière fois de substituer son existence actuelle avec celle de ses souvenirs, mais c’est un dernier adieu qu’il obtiendra. Résigné mais aussi apaisé, il peut laisser le corps de Ryoko reposer en paix et commencer à regarder devant lui. Comme il avait commencé, “Vital” se clôt sur un retour à la vie.

“Vital” est avant tout un film sur le deuil, un sujet éprouvé, et souvent de manière assez austère, mais que Tsukamoto traite sous un angle bien à lui pour parvenir à le rendre d’autant plus touchant. Plus calme et posé que lors de ses précédents films, mais toujours aussi virtuose (la danse sur la plage !), Tsukamoto réalise sans doute ici son film le plus beau.

Gemini – de Shinya Tsukamoto (1999) Ecrit par Pierre le 14.07.09

Je poursuis mon exploration émerveillée de la filmographie de Shinya Tsukamoto. Après la double-claque “Tetsuo”, c’est carrément un poing, un gros poing en plein figure, que je me suis pris à la vision de “Tokyo Fist”, un film monumental et déchainé qu’il me faudra d’abord revoir au moins une fois pour pleinement le digérer et peut-être en parler ici. Puis j’ai enchainé avec “Bullet Ballet”, qui même si je l’ai trouvé un peu trop fouillis par instants, reste quand même du très haut de gamme, avec notamment toute une dernière partie (et une fin !) époustouflante.

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Suite logique, j’ai donc regardé “Gemini”, film qui me faisait un peu peur à la base puisqu’il semblait s’éloigner de l’univers moderne et endiablé des précédents films de Tsukamoto, avec cette adaptation d’un roman situé dans le Japon du début du siècle dernier. Pourtant, dès le tout premier plan du film, on se sent rassuré : des rats et des asticots dévorant une carcasse sur une musique assourdissante : une vraie vision de l’enfer ! Le film débute tout de même de manière assez classique en nous introduisant au sein du famille japonaise dans laquelle, on le devine bien vite, quelque chose de trouble est en train de se passer. Ce classicisme apparent va vite se décanter à l’apparition, telle une bête sauvage, du frère jumeau du personnage central. Dans l’univers bleuté et ouaté de cette résidence de médecins, son apparence détonne. On le verra plus tard dans son élément naturel, les bas-fonds de la cité, un univers incroyable et coloré où les mendiants ont des allures de punks bigarrés. Et lorsqu’un membre de la haute-société entre en contact avec ce monde, c’est vêtu d’une combinaison de décontamination post-apocalyptique ! On est bien chez Tsukamoto.

La symbolique des couleurs est une fois de plus importante dans ce film, associée à une photographie particulièrement soignée qui rend certains plans sublimes (et cette musique !). A mesure que l’on découvre le passé et les enjeux qui régissent les personnages, on assiste à un jeu passionnant sur la dualité de l’individu. Jusqu’où le jumeau rejeté va-t-il pousser la schizophrénie pour se venger de son frère ? Que va ressentir la femme qu’ils aiment tous les deux ? Le travail de l’acteur Masahiro Motoki est particulièrement intéressant dans la mesure où il parvient à rendre parfaitement dissociables ces deux jumeaux qui vont pourtant prendre tour à tour l’apparence de l’autre.

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Tout cela m’amène à me poser une question : quand vais-je “moins” apprécier un film de Tsukamoto ? Loin de me plaindre, il ne me reste qu’à continuer !

Tetsuo & Tetsuo II – de Shinya Tsukamoto (1988, 1992) Ecrit par Pierre le 18.06.09

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Dans la série “je rattrape mon retard abyssal en cinéma japonais”, après Shunji Iwai (très bien et carrément génial), j’ai commencé à m’intéresser à la filmographie de Shinya Tsukamoto. Quoi de mieux pour commencer par ses deux films peut-être les plus emblématiques, en tout cas ceux qui l’ont révélé : “Tetsuo: The Iron Man” et son pseudo-remake “Tetsuo II: Body Hammer”.

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Commençons par le premier : quel choc ! L’histoire est somme toute assez simple : un petit employé tout ce qu’il y a de plus normal assiste peu à peu à sa métamorphose en un être fait de métal. On retrouve là un thème proche des films de Cronenberg, “Tetsuo” rappelant notamment le cultissime “La Mouche” (quelques scènes sont d’ailleurs similaires, lorsque le personnage observe sa mutation progressive devant son miroir, ou encore l’oreille qui tombe). Mais c’est bien sur la forme que le film de Tsukamoto se distingue, constituant une véritable expérience viscérale, un objet psychédélique fascinant.

Dès les premiers instants, au son de percussions métalliques, la caméra déambule au milieu d’objets acérés, parcourt la ferraille, s’attarde sur les câbles, et découvre un homme au milieu de ce capharnaüm. Tout est suintant, presque organique, et la vision de cet homme, comme prêt à être avalé par tout ce métal qui l’entoure, annonce en quelque sorte ce qui va suivre (et cette fois c’est de l’intérieur que le personnage sera attaqué). Cette fascination, presque une attirance, pour les machines est présente tout au long du métrage, donnant parfois lieu à des séquences hallucinantes, comme lorsque le personnage incarné par Tsukamoto en personne est victime d’un accident de voiture : au moment de l’impact, le temps se fige et la caméra semble “caresser” la tôle, effleure les phares de manière presque sensuelle…

Le montage est hyper saccadé, quasi épileptique par instants (certaines séquences de “transformation” tendant même vers l’abstrait), et procure une atmosphère unique, aussi captivante qu’étouffante. Ce délire d’images foisonnantes, même s’il semble peut-être un peu moins maitrisé à la fin du film, lors du combat entre les deux personnages, produit un impact foudroyant, dont l’effet est accentué par le noir et blanc. Le travail sur le son est lui-aussi extraordinaire, et pour beaucoup dans l’ambiance qui se dégage du film, permettant par exemple à une fourchette d’être le connecteur insolite d’une relation sexuelle d’anthologie. Car “Tetsuo” n’est pas qu’un obscur objet expérimental, il comporte beaucoup d’humour, et son scénario ayant beau être simple, il bénéficie d’une narration intelligente qui permet aux éléments de s’emboiter à merveille.

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Le second opus n’est ni une suite ni vraiment un remake, il s’agit plutôt d’une nouvelle variation sur le même thème, réalisée avec les mêmes acteurs principaux (en particulier Tomoro Taguchi, qui est peut-être encore plus impressionnant dans celui-là) et en couleurs. Cette mise en couleurs associée à une musique parfois kitsch fait perdre au film ce côté intemporel, cet impact visuel qui faisait la force du premier. Pourtant, même s’il m’a paru légèrement en-dessous (il faut dire qu’on part de haut), il n’en reste pas moins extraordinaire.

Tsukamoto va plus loin dans son imagination d’un univers malade. Il explore plus profondément des thèmes évoqués dans le premier film : le changement physique avec ces scènes de musculation inquiétantes visant à pousser le corps humain dans ses derniers retranchements pour le rendre plus puissant, mais aussi les armes à feu, qui comme un prolongement de ce dépassement de soi, viennent à pousser directement sur les bras des personnages (dans la famille Cronenberg, “Tetsuo II” se rapproche lui beaucoup plus de “Videodrome”). C’est aussi l’occasion pour lui de faire durer certains plans plus longtemps, de filmer parfois de manière plus posée et maîtrisée, tout en parvenant à garder le même impact émotionnel.

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Voila, je me suis donc pris une magistrale double-baffe, et j’en suis très content. Vite, la suite ! :D