Pour tous les vieux groupies comme moi qui attendent le prochain Kim Ki-Duk avec impatience (j’en parlais il y un peu plus de 2 mois, le casting avec notamment Lee Na-Young me parait très prometteur), voici les deux premiers posters de “Bi-Mong” (”Dream”) histoire de saliver un peu :
Je ne pouvais pas passer à côté, en bon fanboy de Kim-Ki-Duk que je suis (et dont je vais enfin pour voir visionner le premier opus, “Crocodile”, merci Jérôme !). Le DVD de son excellent film, intitulé “Time” et sorti en France en août dernier, va sortir demain chez TF1 Videos.
Bon, l’éditeur n’étant pas connu pour sa philanthropie, on peut regretter que l’édition ne soit pas plus fournie pour un film de cette qualité. J’ai d’ailleurs eu peur en voyant aussi bien sur fnac.com que sur asia-diffusion qu’aucun bonus n’était annoncé. Après petite enquête, soulagement puisqu’il y a tout de même un making-of de 40 minutes suivant le tournage… toujours bon à prendre !
A suivre dans les prochaines semaines : le très attendu coffret “Suicide Club” qui se fait plus qu’attendre et qui devrait enfin voir le jour le 21 mars, puis “Le vieux jardin”, “Crying Fist” et encore “Cello”. Autant de sorties sur lesquelles je reviendrai. Et vous, qu’attendez-vous ?
(Ce billet est la traduction d’un article publié dans le Korean Film Observatory N°25 (magazine trimestriel en anglais sur le cinéma coréen), rédigé et publié avec l’aimable accord de la KOFIC (Korean Film Council). Bonne lecture )
Il est probable que la vision de “Beautiful” vous rappelle un nom immédiatement : Kim Ki-Duk. Et oui, votre intuition est bonne. Le film est un fleur épineuse de plus dans le jardin de KKD. Une telle comparaison n’est pas seulement due au fait que le film est basé sur un travail original écrit par KKD. Mais aussi par le fait que le réalisateur débutant Jeon Jae-Hong, qui avait jusqu’alors réalisé un unique court-métrage, “Fish”, a travaillé à la réalisation de “Time” et “Breath” avec Kim Ki-Duk. Il est vrai que Jeon Jae-Hong est un des soi-disant “enfants” de KKD. Tous les deux sont d’ailleurs en train de préparer la production d’un nouveau script de KKD, même si rien de concret n’est encore réalisé. “Beautiful” dresse le portrait d’une série de tragédies entre une femme souffrant de sa beauté naturelle et un homme qui ferait n’importe quoi - jusqu’à commettre un meurtre - pour obtenir ses faveurs.
Eun-Young (Cha Su-Yeon) est une belle femme. Elle est si belle, que même lorsqu’elle s’assoit simplement à la terrasse d’un café, des hommes viennent lui parler ou lui demander de prendre une photo avec elle. Même le copain de son amie la regarde secrètement. Un jour, un homme appelé Sung-Min s’introduit chez Eun-Young pour la violer, proclamant être amoureux d’elle. C’est alors qu’elle commence à maudire sa propre beauté. Elle en vient à la conclusion que pour survivre, elle doit détruire cette partie d’elle-même. (…)
Cela va sans dire, le monde de Kim Ki-Duk n’a rien d’épique ni de réaliste. Tous les personnages apparaissent soudainement de nulle part et agissent sans réserve, comme si leurs actions étaient socialement acceptables. Ce n’est ni le hasard ni la réalité, mais un concept choisi par le film, et une volonté persistante d’explorer ce concept qui sont importants dans le cinéma de Kim Ki-Duk. Et il semble que Jeon Jae-Hong ait respecté cette volonté du réalisateur. Sung-Min, qui prétend aimer sincèrement Eun-Young, n’a pas d’autre alternative que de la violer pour exprimer son amour. (…)
Il parait que vous êtes le fils d’une fille de Kim Heung-Soo, un fameux peintre coréen. Dans le film, il y a aussi une toile d’une photo de Cha Soo-Yeon, peinte par Kim. Vous avez raison. Pour être franc, c’est même lui qui m’a aidé à contacter Kim Ki-Duk pour la première fois.
Pendant le tournage de “Time” et “Breath”, vous apparteniez à l’équipe réalisation de Kim Ki-Duk. A l’origine, j’étais absorbé par la musique vocale. J’ai ensuite étudié le management. A New York, j’ai participé à des court-métrages, en produisant 13 en deux ans. J’ai assisté aux cours de la New York Film Academy, mais n’y ai appris que très peu de choses. Cependant, j’ai eu l’occasion de visionner “Locataires”, de KKD, et suis devenu un de ses admirateurs les plus enthousiastes. Dans l’espoir de le rencontrer, je suis allé à Cannes, où “L’arc” était présent. Il était la seule personne de qui je voulais apprendre. Quand je lui ai montré mon court-métrage, il m’a dit “Votre travail est unique”, ce qui m’a donné un courage énorme. Après avoir beaucoup appris dans son équipe, j’ai décidé de quitter New York et suis revenu en Corée pour commencer une nouvelle carrière. Quand je lui rend visite, je touche en cachette tous les trophées qu’il a reçu dans des festivals internationaux, dans l’espoir de devenir un réalisateur aussi important que lui ! (rires)
“Beautiful” est un film basé sur une histoire de Kim Ki-Duk. Le script original avait la forme d’un synopsis composé de cinq chapitres environ. Après l’avoir lu, j’ai du passer une semaine à penser à ce qu’est la beauté, et à comment elle commence. Les contes de fée de notre enfance semblent illustrer une sorte de beauté sombre, effrayante et grotesque. J’ai réfléchi à ce qu’est réellement la beauté, quelle influence elle peut avoir, ou comment une belle femme peut agir comme si elle avait perdu le pouvoir de se protéger elle-même. J’ai voulu donner au violeur, Sung-Min, la femme blessée, Eun-Young, et le policier, Eun-Cheol, des images respectivement de pureté, de beauté et de mort. J’ai ajouté le rôle d’Eun-Cheol, et légèrement modifié la fin du script.
Pourquoi avez-vous débuté sur un scénario original de Kim Ki-Duk, plutôt que sur votre propre création ? Vous savez, chaque nouveau réalisateur essaye de faire entendre sa voix. Je ne voulais pas faire cela. Le réalisateur n’est pas un scénariste. En réalité, je lui ai demandé de m’apprendre quelque chose. Il m’a dit : “si tu projettes d’étudier quelque chose, je vais te donner quelque chose qui s’en éloigne le plus possible.” C’était ça.
Vous devez avoir beaucoup appris en travaillant avec lui. Si je n’avais pas eu l’opportunité de travailler dans les équipes de réalisation de “Time” et “Souffle’, je n’aurais jamais appris comment réaliser un film. La seule différence entre moi et Kim, c’est que j’ai tendance à répéter beaucoup plus avec les acteurs.
Jung Han-Seok, Cine 21
Voici la première de mes traductions dont je parlais dans un précédent article. Le format vous plait ? Je continue ? En cadeau bonus, le trailer du film :
Parmi les films coréens annoncés au festival de Berlin, mis à part le Hong Sang-Soo, un film a retenu mon attention : “Beautiful”. D’abord puisqu’il est écrit et produit par le réalisateur que j’affectionne tant, j’ai nommé Kim Ki-Duk. Ensuite parce qu’en lisant le pitch, j’ai reconnu ce qui devait être il y a quelques mois le prochain film de Kim Ki-Duk. Depuis, on le sait, il a changé de projet pour mettre en scène “Bi-mong” (aka “Dream”) avec Lee Na-Young.
Le projet a donc été repris par Jeon Jae-Hong, son assistant réalisateur sur “Souffle”, co-auteur du script ainsi que de celui de “Time”. On retrouve d’ailleurs des thèmes similaires entre “Time” et “Beautiful”, notamment l’apparence et le culte du corps.
Petite traduction du synopsis : Une jeune fille, Eun-Young, est malheureuse à cause de sa trop grande beauté. Elle se sent solitaire, fatiguée du regard des hommes et de la jalousie des femmes. Un jour, elle se fait violer par un des hommes qui la harcèlent, Sung-Min, qui prononce ces mots terribles : “J’ai juste fait ça car tu es si belle.” Elle décide alors de détruire sa belle apparence. Mais un homme continue de lui tourner autour…
On reconnaît là la patte cruelle mais souvent poétique de Kim Ki-Duk. Le film sortira le 14 février prochain en Corée, et sera je l’espère remarqué à Berlin. Bref, à suivre de très près !
Conformément à son rythme endiablé habituel, Kim Ki-Duk a commencé le tournage de son nouveau film, intitulé “Bi-mong”. Très jolie surprise pour ma part, on retrouve au casting l’actrice coréenne Lee Na-Young, dont j’avais fait le portrait ici-même, et que j’apprécie beaucoup. C’est surprenant car elle est très populaire en Corée, contrairement à Kim Ki-Duk qui est quasiment ignoré. Un beau choix de carrière pour cette actrice rare et précieuse qu’on n’avait pas vu depuis l’excellent “Maundy Thursday” en 2006.
A ses côtés on trouve un autre acteur assez connu, japonais celui-là : Joe Odagiri, vu dans “Scrap Heaven” ou “Shinobi”. Voila qui illustre bien les difficultés de Kim Ki-Duk à trouver de bons acteurs en Corée (il avait déjà fait appel au taïwanais Chang Chen pour son précédent film) à cause de sa réputation, et qui honore le choix de Lee Na-Young.
L’histoire est intrigante, mêlant rêve et réalité : le personnage principal (Joe Odarigi) rêve qu’il a causé un accident de voiture. Il se rend alors sur les lieux de son rêve et découvre un accident bien réel. La police recherche alors la conductrice suspecte (Lee Na-Young), qu’ils trouvent chez elle en train de somnambuler. Arrêtée, elle clame son innocence, même si elle admet être somnambule. Joe Odagiri admet alors avoir causé l’accident : leurs rêves et la réalité commencent à se mélanger…
Le tournage devrait s’achever le 25 janvier prochain. Prêt pour Cannes ? (je rêve là, KKD y était déjà l’année dernière) En tout cas, je suis déjà impatient de le voir ! Merci à Alban pour la news, et plus d’infos sur lunapark6.
J’ai (enfin) pu voir le dernier film de Kim Ki-Duk, “Souffle”, dont je parlais récemment ici. Et bien malgré quelques avis mitigés que j’ai pu entendre par-ci par-là, je dois dire que je n’ai pas été déçu du voyage.
Jang Jin (aucun rapport avec le cinéaste), un prisonnier condamné à mort, tente une nouvelle fois de se suicider. De son côté, Yeon, une femme déboussolée et délaissée par son mari, décide subitement de lui rendre visite. En redécorant les murs de leur cellule de rencontre, elle va faire naître une relation forte avec le prisonnier.
Dans ce film on retrouve d’abord des thèmes bien chers au réalisateur : l’amour et la jalousie (thème central depuis “L’Arc”, voire même “Locataires”), les cycles temporels (les 4 saisons, ou même la structure de “Time”) ou le pardon. Mais aussi des aspects plus inattendus : un certain humour burlesque et décalé, et même des soupçons de comédie musicale (!).
Ce qui me frappe le plus avec Kim Ki-Duk, c’est la virtuosité avec laquelle il compose ses cadres, comme il les explore, comme il joue avec pour mieux nous surprendre. Ainsi, le co-prisonnier de Jang Jin vampirise le cadre comme il vampirise son partenaire, apparaissant sans cesse dans le champ. De la même manière, le directeur de la prison (interprété par Kim Ki-Duk lui-même !), tel le metteur en scène d’une tragédie, décide à quel moment interrompre les rencontres entre le prisonnier et sa visiteuse.
Le plan visuel est très travaillé, alternant entre la réalité extérieur aux tons gris, la blancheur de la prison, et les explosions de couleur provoquées lors de visites de Yeon. Cet aspect m’a d’ailleurs fait penser à un excellent film (qui n’a rien à voir), “Soleil vert”, dans lequel les hommes souhaitant mourir pouvaient subir une sorte d’euthanasie en regardant un film aux couleurs éclatantes provoquant un effet impressionnant en contraste avec les couleurs jaunies et estompées de la réalité.
L’histoire laisse la part belle à la dualité, avec à chaque fois un arbitre : les disputes de Yeon et son mari devant leur fille, les relations entre Yeon et Jang Jin sous l’oeil du directeur de la prison ou du garde ébahi. L’utilisation de la parole est aussi notoire, le personnage central est muet comme souvent chez Kim Ki-Duk, que ce soit Jang Jin, privé de ses cordes vocales, ou Yeon devant son mari. Le co-prisonnier, lui, ne s’exprimer que pour crier.
Après une lente exposition, le film monte peu à peu en puissance (et en souffle) au fur et à mesure des rencontres entre Jang Jin et Yeon, pour atteindre un pic dramatique très réussi, un épilogue destiné à rétablir la paix entre les personnages.
Moins grand public que son dernier film, Time, ou même Locataires, Souffle est une nouvelle variation sur le thème de l’amour, de la mort, qui séduira les aficionados du réalisateur.
Demain sortira, quelques mois à peine après “Time“, le dernier film de Kim Ki-Duk, intitulé “Souffle”. J’en avais déjà parlé pendant le festival de Cannes, où l’interprétation de Kim Ji-Ah avait été remarquée. On retrouve à ses côtés l’acteur taiwanais Chang Chen (Tigre et Dragon, Three Times).
L’histoire nous emmène dans une prison, où un condamné tombe amoureux de la femme chargée de décorer sa prison. Comme souvent, peu de paroles en perspective mais tout le talent de Kim Ki-Duk pour créer l’émotion, l’intensité de chaque instant.
Je ne peux que vous conseiller de vous ruer voir chaque film de cet auteur unique et fascinant. J’en ferai une critique dès que j’aurais eu la chance de le voir.