L’Ile - de Kim Ki-Duk (2000) Ecrit par Pierre le 13.09.07

L’Ile est le film qui a fait connaître Kim Ki-Duk, son premier chef d’oeuvre, après 3 films-ébauches certes intéressants mais pas forcément très accessibles (Crocodile, Wild Animals et Birdcage Inn). Bon, on reste encore loin du grand public, que les aficionados se rassurent ;)

L’ile

Le cadre est assez original : un lac perdu au milieu de nulle part, sur lequel flottent de petites cabanes de pêche, servant accessoirement de cabanes de passe. La propriétaire des lieux, une femme mystérieuse et muette, transporte ainsi pêcheurs et jeunes filles dans ces îlots sur son unique barque. Un homme en fuite débarque alors pour s’y cacher.

L’ile

Je dois dire que ce film m’a magnétisé, c’est le mot. Magnétisé par cette actrice eu jeu viscéral, sorte de naïade, de créature hybride du lac, mais surtout de femme en souffrance. On l’imagine femme de confort pour l’ancien propriétaire, incapable de quitter les lieux une fois libre, continuant sa besogne sans espoir. L’arrivée de cet homme fait naître quelque chose en elle, pulsion inconnue, désir de renaître, amour destructeur. S’ensuit un subtil et cruel jeu de jalousie, de folie et d’amour. A la vie, à la mort.

La caméra flotte, dans l’eau , sur l’eau, au rythme de l’eau. Dans une ambiance très particulière, la capacité de Kim Ki-Duk a faire naître le romantisme et la beauté dans les situations les plus désespérées est sidérante. A la viscosité des lieux, de ses habitants, l’espoir d’un monde meilleur, ou tout simplement différent, apparaît parfois par fragments, avant de s’évaporer.

L’ile

Ce film est envoûtant du début à la fin (même si certains restent hermétiques). Un petit bijou que je conseille vraiment.

ce film sur Taste of Asia

Time - de Kim Ki-Duk, cette semaine dans les salles Ecrit par Pierre le 06.08.07

Ne ratez pas à partir de mercredi le film “Time” de Kim Ki-Duk. Il a mis du temps avant de sortir en salles, j’en avais fait la critique dans l’un des premiers articles de ce blog au mois de décembre dernier.

Je vous remet le pitch :
“Une jeune femme se sent délaissée par son copain, persuadée qu’il est lassé de voir toujours la même tête, le même corps. Elle opte pour une méthode radicale : elle le quitte sans rien dire et se rend chez un chirurgien spécialisé pour changer complètement de visage. Six mois plus tard, elle tente de le séduire à nouveau, sans lui avouer son identité. Mais lui n’a pas oublié son amour pour elle.”

Je vous invite à lire la suite de ma critique.

Time

Nouvelles du cinéma coréen Ecrit par Pierre le 24.06.07

Quelques petites news pour les amateurs de cinéma coréen, trouvées ça et là sur le net :

Tout d’abord, dans un interview publié dans la revue trimestrielle de la KOFIC, Kim Ki-Duk dévoile ce qui devrait être son prochain film. Et oui, déjà, alors que le génial “Time“, puis “Souffle” ne sont pas encore sortis en France. Le titre serait “I am Dreaming and You are Acting” et l’histoire : “One man has a dream, and that dream is actually realized at some point. A woman executes those dreams while she is sleepwalking.” Voila qui promet une bonne dose de poésie, avec tout le talent de Kim Ki-Duk.

Autre nouvelle, le thriller noir et décalé “No mercy for the rude” est actuellement en compétition du festival du film policier de Cognac, dans la catégorie Sang Neuf. Le verdict du jury sera donné ce soir à partir de 18h30. C’est une bonne surprise pour moi puisque ce film inconnu en France était un de mes préférés de l’année 2006. Il met en scène un tueur muet amateur de corrida et de fruits de mer, qui n’accepte de tuer que des “méchants”. Pour info, l’excellent Memories of murder avait obtenu 4 récompenses dont le Grand Prix de ce festival en 2004.

Pour terminer, la KOFIC prévoit de publier de nouveaux livres consacrés aux réalisateurs coréens. Sont prévus : Hong Sang-Soo (La femme est l’avenir de l’homme, Turning Gate), Jang Sun-Woo (A petal, Fantasmes), Park Chan-Wook (Old Boy, etc), Kim Dong-Won (auteur de documentaires comme Repatriation) pour mi-2007 (bientôt donc) et Im Sang-Soo (Le vieux jardin), Lee Myung-Se (Sur la trace du serpent), Lim Soon-Rye (Waikiki Brothers), Yoo Hyun-mok (La saison des pluies) pour fin 2007. J’espère qu’ils seront disponibles gratuitement en PDF comme la première série de livres (Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et Ryu Seung-Wan).

En direct de Cannes : Souffle de Kim Ki-Duk Ecrit par Pierre le 22.05.07

Souffle (Breath en anglais, Soom en coréen), le dernier film de Kim Ki-Duk a été présenté au festival de Cannes ce samedi. Les réactions ? Mitigées, comme pour chacun de ses films, évidemment. Certains n’y ont vu qu’un objet froid, insondable et vain, d’autres un film poignant, plein de poésie. Les amateurs dont je fais partie devraient donc apprécier, les autres ne changeront donc pas d’avis. La performance des acteurs a tout de même été saluée, notamment l’actrice Park Ji-Ah, familière du cinéaste (notamment dans The Coast Guard). L’acteur taïwanais Chang Chen est également impressionnant dans son rôle quasi-muet (il ne parle d’ailleurs pas coréen). A ce sujet, il a déclaré « Soom est mon premier film coréen. C’était un rôle particulier pour moi car il n’y avait pas de dialogues. J’ai appréhendé cela comme un véritable défi. J’ai beaucoup travaillé sur le côté psychologique de mon personnage. J’ai dû utiliser mon corps afin de transmettre des sentiments. »

A propos de son film, Kim Ki-Duk décrit les composantes majeures de son cinéma : « Avec ce film, je me suis concentré sur les individus. Ce qui m’intéressait était de faire ressentir l’incommunicabilité entre les êtres humains. J’évoque par ailleurs indirectement ma difficile relation avec la société coréenne, et comme souvent dans mes films, j’essaie d’exprimer l’inexprimable, quelque chose d’à priori impossible. (…) La première chose qui me vient à l’esprit quand je fais un film, ce n’est pas une idée. C’est plutôt une vision de la société. C’est généralement le reflet de ce que je ressens au sujet de la société qui m’entoure. » Composantes majeures donc : une vision de la société qu’il s’évertue à montrer de films en films de manière plus ou moins explicites, et la notion de ressenti, qui s’exprime par le caractère viscéral et poignant de son oeuvre. Et ceci avec une alchimie si particulière, très peu de dialogues et beaucoup de poésie. Film après film, il est pour moi l’un des auteurs actuels les plus importants et les plus fascinants d’aujourd’hui.

La conférence de presse a été l’occasion pour Kim Ki-Duk de parler de sa vision du cinéma coréen : « Dans le cinéma coréen, je pense que ce ne sont pas le style, la forme, qui priment. Le plus important est que dans ce cinéma, il y a une vérité, quelque chose de plus profond. Et c’est cela, je pense, qui émeut et excite les spectateurs étrangers. »

Le film sortira le 21 novembre en France.

Films coréens à Cannes Ecrit par Pierre le 13.05.07

Le festival de Cannes débutera ce mercredi 16 mai, avec au menu une sélection officielle alléchante, comprenant notamment 2 films coréens en compétition. Je suivrais l’actualité du festival sur ce blog et présenterait quelques films intéressants (pas forcément asiatiques), en compétition ou dans les sections parallèles. Mais pour commencer, petit focus sur les films coréens en compétition.

Breath, de Kim Ki-Duk
Premier film en compétition à Cannes pour Kim Ki-Duk pour son 14ème film (en 11 ans !), après quelques passages hors compétition. Il est pourtant habitué des honneurs festivaliers puisqu’il a remporté le prix du meilleur réalisateur Berlin pour Samaria et à Venise pour Locataires. Cependant, difficile de donner un pronostic tant ses films divisent les spectateurs. Haï dans son propre pays, il n’en reste pas moins un auteur fascinant, dont le dernier film, Time, était un excellent cru.
L’histoire rappelle un peu Locataires : Hyun, une femme qui vient de découvrir l’infidélité de son mari, et Chen, un criminel condamné, tombent amoureux inévitablement. Mais le temps passe et Hyun ne peut le laisse partir si facilement. On retrouve au casting un acteur taiwanais, Chang Chen (vu dans Tigre et Dragon, Three Times, 2046…), ainsi que l’acteur principal de Time. Un trailer est disponible.

Secret Sunshine, de Lee Chang-Dong
Le quatrième film de Lee Chang-Dong est également très attendu. Son précédent opus, Oasis, a lui aussi remporté le prix du meilleur réalisateur à Venise en 2002, ainsi que le prix de la meilleure actrice pour Moon So-Ri, dont la performance était ahurissante. Très populaire dans son pays et même ancien ministre de la culture, Lee Chang-Dong avait d’ailleurs remporté une flopée de prix aux César coréens : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleur scénario et meilleur espoir féminin ! Et Secret Sunshine pourrait bien suivre les mêmes traces : les deux acteurs principaux ne sont autres que Song Kang-Ho (l’excellent acteur présent à l’affiche de la majorité des gros succès coréens : Mr Vengeance, The Host, Memories of Murder…) et Jeon Do-Yeon (moins connue à l’étranger mais multi-primée dans son pays). L’histoire : après la mort de son mari, une professeur de piano doit élever seule son jeune fils. Elle trouve du réconfort auprès d’un vendeur de voitures…

Revue Ecrit par Pierre le 26.02.07

Voila comme prévu une revue des films coréens que j’ai vu dernièrement. Il y en a un paquet, à cause de ma période sans télé ni internet :) Globalement, il y a du plutôt bien et du très bon.

Attack the gas station
Un film assez délirant, où une bande de jeunes désœuvrés décide de braquer une station-service, juste pour le fun. De manière assez comique, de plus en plus de gens vont se retrouver mêlés à ce braquage, pour aboutir à un final complètement délirant et jubilatoire. Un film trop-plein d’énergie et bien vivant. Personnellement j’ai bien aimé la prestation peu habituelle de Yu Ji-Tae (le méchant d’Old Boy) en jeune délinquant doué pour la peinture…

Kick the moon
Même réalisateur que le film précédent, on y trouve pas mal de points communs, notamment un gout prononcé pour les bagarres générales ! Ici un ancien caïd de lycée devenu prof retrouve l’ancienne poule mouillée devenu gangster. Ils vont tous les deux tomber amoureux de la femme. Rien de bien sérieux, mais toujours une grande énergie, on s’amuse bien. Le film tient surtout grâce à ses acteurs : Lee Seong-Jae parfait en gangster, Cha Seung-Won qui rappelle un peu Great Teacher Onizuka et Kim Hye-Su dont le sourire se révèle plus efficace que tous les gangsters qui peuplent le film.

Surprise Party

Je continue avec les films pas géniaux mais quand même sympa à regarder. Surprise Party est une comédie romantique toute gentillette, où l’intérêt principal est de voir Shin Ha-Gyun dans ce genre de film, lui qui est si bon dans nombre de films noirs (Mr Vengeance, No mercy for the rude pour ne citer qu’eux). Les acteurs sont plutôt bons, le scénario est bourré d’invraisemblances prétextes à quelques gags. Vite vu, vite oublié mais pas désagréable.

Mutt Boy
Ce film est l’histoire d’un jeune homme un peu attardé qui cherche à se venger de ceux qui ont mangé son chien. Difficile quand son propre père est un flic haut gradé qui veille sur vous en permanence. Encore une fois, scénario assez léger, mais performance hallucinante de l’acteur principal Jeong Wu-Seong, qui porte le film à lui tout seul avec sa tête d’illuminé. Il est tout bonnement excellent. A voir absolument en VO pour gouter à l’accent rural délicieux des personnages.

Princess Aurora
Un film beaucoup plus sombre qui suit la dérive meurtrière d’une jeune femme qui perd là tête à la suite de la mort de sa fille. Ce film est assez étrange, il n’y a absolument aucun suspense, ce qui semble bizarre pour un film de serial killer. La réalisation est soignée et la fin est très troublante, mais il manque quand même un petit quelque chose à ce film.

The Coast Guard
Attention, voici du lourd avec un film de Kim Ki-Duk. Un soldat tue un homme par erreur et bascule dans la folie. Dans ce film une fois de plus magnifique, Kim Ki-Duk dénonce l’armée, cette impitoyable machine à créer des monstres, à aliéner les hommes, qui rejette ses propres enfants. A travers des plans magnifiques, il parvient à nous toucher en plein coeur, qui en saigne encore.

The Foul King
Amateurs d’humour décalé, ce film est pour vous ! Rien qu’à lire le générique c’est alléchant : Kim Jee-Woon (2 soeurs, A bittersweet life) aux manettes (c’était son 2ème film) et surtout Song Kang-Ho (je ne sais quel film citer tellement il aligne les chefs d’oeuvres, allez disons The Host et Memories of Murder). Il y interprète un petit employé de bureau soumis qui devient une star du catch ! Je vous laisse imaginer combien ce film est délirant et jouissif.

Our Happy Time (aka Maundy Thursday)
Autre perle cinématographique, ce film est un bouleversant mélo. Une jeune femme suicidaire, incarnée par la fée Lee Na-Young, accepte d’aller en prison pour discuter avec un jeune condamné à mort. Commence un long chemin vers la rédemption qu’ils vont effectuer ensemble. Ce film possède une profonde humanité. En un sens, il l’est l’anti-Ligne verte : si le film américain prônait des conditions de détention plus humaines sans condamner la peine de mort et utilisait le surnaturel pour “excuser” le condamné, ce film cherche à comprendre pourquoi nos personnages en sont arrivés là.

Time - de Kim Ki-Duk (2006) Ecrit par Pierre le 02.12.06

J’avais été un peu déçu par le film précédent de Kim Ki-Duk (L’arc), qui était certes intéressant et superbe visuellement mais ne contenait pas la force vitale ou viscérale de nombre de ses films, et il faut dire que l’opus précédent (Locataires) était tout vraiment une pure perle. Et bien ce film-là a replacé Kim Ki-Duk dans mon panthéon des cinéastes (bon, en fait il y était toujours…). L’histoire est originale : une jeune femme se sent délaissée par son copain, persuadée qu’il est lassé de voir toujours la même tête, le même corps. Elle opte pour une méthode radicale : elle le quitte sans rien dire et se rend chez un chirurgien spécialisé pour changer complètement de visage. Six mois plus tard, elle tente de le séduire à nouveau, sans lui avouer son identité. Mais lui n’a pas oublié son amour pour elle.

Ce film n’est pas sans rappeler un certain Eternal Sunshine of the spotless mind (autre perle), même si le traitement est différent. A la vision ludique de Michel Gondry s’oppose la vision très psychologique et cruelle de KKD. Ce film s’attache à dénoncer l’absurdité d’une société contemporaine basée avant tout sur le physique, la beauté. L’héroïne constate à ses dépens qu’un amour véritable est basé sur la personne et non son apparence. Ainsi lorsque son amant disparait à son tour, elle passe d’un homme à l’autre dans l’espoir de le retrouver, lui, et comprend alors l’absurdité de ce qu’elle a créé. Le film se conclut sur une pirouette amusante, un éternel recommencement, comme si toutes les erreurs du passé étaient appelées à se produire à nouveau.

Contrairement à majorité des films de KKD, il y a des dialogues (!), ce qui rend à mon avis ce film assez accessible. Au menu, on retrouve quelques clins d’oeils à l’oeuvre du cinéaste, notamment les scènes où le héros travaille (il est en train de monter les 2 plus belles scènes du film Locataires sur son ordi). Les acteurs sont très bons, et comme d’habitude avec lui, on a droit à des plans magnifiques. En somme, je vous conseille vraiment de voir ce film qui en vaut la chandelle.

ce film sur Taste of Asia