Portrait #15 : Choi Min-Sik, le monstre sacré Ecrit par Pierre le 24.09.07

Choi Min-Sik est certainement un des acteurs coréens les plus réputés et récompensés. On a pu voir pas moins de 6 films avec son nom en haut de l’affiche sur les écrans français entre 2001 et 2005, ce qui est énorme quand on connait le peu de films coréens franchissant les frontières.

Choi Min-Sik

A l’origine grand acteur de théâtre, il explose réellement au cinéma dans la fin des années 90, en participant notamment au drame social “Happy End”, puis au carton national “Shiri”, pour lequel il obtient ses premières récompenses. Ce grand succès au box-office coréen marque le début d’une série impressionnante de succès dans lesquels il est toujours irréprochable.

Il émeut d’abord le public dans “Failan”, où il incarne un looser ayant contracté un mariage blanc pour un peu d’argent. Un an plus tard, il revient sur les traces de sa femme décédée, découvrant peu à peu son existence. Puis vient le magnifique “Ivre de femmes et de peinture”, du vétéran Im Kwon-Taek, premier couronnement du cinéma coréen à Cannes. Choi Min-Sik habite littéralement son personnage, ressentant pulsions et émotions comme s’il les vivait.

Choi Min-Sik

Son film suivant est nettement mon préféré, et sa performance y est pour beaucoup. Je veux bien sûr parler d’”Old Boy”, récompensé du Grand Prix du Jury par Tarantino au festival de Cannes 2004. Il aurait d’ailleurs bien mérité la Palme du meilleur acteur à mon goût, mais on ne va pas faire la fine bouche. Sa performance est ahurissante, il habite chaque plan de sa présence animale, irréelle comme sorti d’un manga. Il est indestructible, sans limites, capable de tout : manger un poulpe vivant, affronter trente hommes armé d’un marteau, se couper la langue… sa fureur porte le film. J’ai rarement vu un acteur exécuter de telles actions avec une telle maîtrise, un tel naturel, et cela sans être hystérique.

On le retrouve dans deux rôles marquants en 2005, dans le rôle du salaud dans “Lady Vengeance”, où il va cette fois être l’objet spectateur de la terrible vengeance de Geum-Ja. Et il reprend dans “Crying Fist” ce rôle de looser au grand coeur qu’il incarne si naturellement, en joueur de boxe fauché et sur la retraite, désirant retrouver sa dignité dans un dernier combat.

Choi Min-Sik

Porte-étendard de la révolte contre la suppression des quotas de films coréens diffusés dans les cinémas locaux, il va même jusqu’à accompagner Bong Joon-Ho à Cannes pour manifester, alors qu’il n’y présente aucun film. Cependant, il va ensuite être assez décrié pour ses actions, étant accusé de penser à son argent avant tout. Il n’a d’ailleurs pas retourné depuis 2005, se consacrant désormais au théâtre. Espérons tout de même que ce talent de génie nous revienne de l’autre côté de la pellicule !
Si vous trouvez aussi qu’il s’agit d’une des tout meilleurs acteurs coréens, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #14 : Yeom Jeong-Ah, talent discret Ecrit par Pierre le 15.09.07

Je continue la série de portraits avec l’actrice la moins connue du lot. J’ai même beaucoup hésité à la mettre ici, mais je me suis dit que sa présence dans deux très bons films ayant eu les honneurs d’une sortie française n’était pas due au hasard.

Yeom Jeong-Ah

Je ne pourrai d’ailleurs pas parler d’elle en long et en large, puisque je n’ai vu que quatre de ses films, dont le premier, “La sixième victime” (aka “Tell me something”) commence déjà à dater. Cependant, c’est dans le film d’horreur “Deux Soeurs” qu’elle apparaît vraiment au grand jour, dans un rôle assez traumatisant pour le lecteur. Belle-mère de l’héroïne du film (pour ne rien dévoiler), elle est source de tous les cauchemars. Avec son apparence et son jeu soignés, elle colle parfaitement à l’ambiance esthétique léchée du film, accentuant l’impression de schizophrénie dans l’atmosphère.

Yeom Jeong-Ah

Après quelques comédies sans grand intérêt, et un bon rôle assez émouvant dans le choral “Sad Movie”, elle revient en force sur les écrans français dans le magnifique film d’Im Sang-Soo, “Le vieux jardin”, adapté du roman de Hwang Sok-Yong. En femme tiraillée entre raison et amour impossible d’un jeune révolutionnaire, elle dégage une incroyable sensibilité tout au long du film.

Yeom Jeong-Ah

On la retrouvera en 2007 dans une comédie intitulée “My Worst Boyfriend Ever”… je continuerai donc à la préférer dans des rôles plus dramatiques :D
Si vous trouvez qu’il s’agit d’une des toutes meilleures actrices coréennes, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #13 : Park Hae-Il, l’avenir ? Ecrit par Pierre le 09.09.07

Park Hae-Il est un acteur talentueux découvert depuis quelques années, avec encore un bel avenir devant lui.

Park Hae-Il

Même s’il se fait d’abord remarquer dans de petits films, c’est dans un rôle au théâtre qu’il tapera dans l’oeil de Park Chan-Wook et Bong Joon-Ho, qui l’engage pour son polar “Memories of murder”, grande perle d’humour noir. Et il ne décevra pas ses maîtres, apportant tout le crédit nécessaire à son personnage, principal suspect de cet affaire inextricable. L’air trop gentil, ménageant un part d’ombre autour de lui, il parvient ainsi à laisser le doute sur sa culpabilité jusqu’au bout.

Park Hae-Il

Après un retour aux comédies, on le retrouve de manière assez inattendue dans la comédie romantique décomplexée “Rules of dating”. Personnage assez cru et peu délicat, il tient la dragée haute face à une Kang Hye-Jeong très attendue après Old Boy. Il participe ensuite à l’énorme succès populaire “The Host”, dans le rôle du frère de la famille noyant dans l’alcool son désespoir dû au chômage.

Park Hae-Il

Possédant désormais les épaules assez larges pour qu’on monte un film centré sur son personnage, il tient cette année le premier rôle du thriller “Paradise Murdered”, dont l’accueil est plutôt mitigé. Je préfère sa présence amusante et décalée dans “Shim’s Family” en prof de cinéma borderline et gourou d’une de ses élèves. Il faudra compter sur lui dans les années à venir.
Si vous trouvez qu’il s’agit d’une des tout meilleurs acteurs coréens, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #12 : Bae Doo-Na, une fille à part Ecrit par Pierre le 26.08.07

Bon, je ne vous le cache pas, Bae Doo-Na est vraiment l’une des actrices coréennes je j’affectionne le plus. Il s’agit d’une actrice bien à part dans le cinéma coréen. Physiquement d’abord, elle est loin des standards formatés pour la télévision avec ses airs de garçonne et sa gouaille. Mais surtout, sa personnalité qu’elle trimballe de film en film, comme si elle jouait toujours le même personnage, une fille pas comme les autres.

Bae Doo-Na

Je l’ai découvert comme beaucoup pour son rôle dans le sombre “Sympathy for Mr Vengeance”, où elle joue la petite amie du héros, une anarchiste distribueuse de tracts, où elle crève littéralement l’écran. Je me suis donc englouti toute sa filmographie avec jubilation (mis à part le raté “Tube”). Et le plaisir est là à chaque film : on retrouve le même type de personnage : enquêtrice sur le meurtre de chiens dans son quartier dans le décalé “Barking Dogs Never Bite”, adolescente déboussolée dans “Take care of my cat”, elle ne fait jamais rien comme les autres et ne trouve son bonheur qu’en compagnie des plus marginaux de la société.

Bae Doo-Na

Même dans des films à priori moyens, elle éclabousse les autres de son talent : ainsi, son accent délicieux et ses mimiques l’emportent sur les personnages masculins bien mous de “Plum Blossom”, et ses courses poursuites à la recherche de son bébé deviennent hilarantes dans “Saving My Hubby”. “Spring Bears Love” marque sans doute une rupture dans sa carrière : elle y joue une fille incapable d’avoir une relation amoureuse normale, toujours à cause de sa personnalité un peu borderline. La parallèle avec sa carrière d’actrice est évident, peut-être était-elle lassée de rester dans ce personnage. D’ailleurs ses deux films suivants sont bien différents : elle est d’abord partie s’exiler pour jouer les lycéennes rockeuses dans “Linda Linda Linda”, puis revenue dans le mégasuccès “The Host” dans un rôle bien plus sobre que d’habitude.

Bae Doo-Na

Depuis, on a pu la voir uniquement dans des dramas. Il serait temps que de grands réalisateurs fassent appel à elle pour exploiter ce potentiel hors du commun que sa filmographie nous a laissé entrevoir, car on en redemande.
Je vous conseille la lecture d’un excellent portrait de cette actrice écrit par Adrien Gombaud, critique à Positif et spécialiste du cinéma coréen (voir ma critique de son très bon livre), trouvée au hasard sur le site coréen de l’actrice : Bae Doo-na et le poumon manquant du cinema coreen (en milieu de page).
Si vous trouvez aussi qu’il s’agit d’une des toutes meilleures actrices coréennes, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #11 : Jeong Jae-Yeong, clown triste Ecrit par Pierre le 24.08.07

Jeong Jae-Yeong est certainement l’acteur parmi ma liste de portraits qui est le moins connu en France, d’ailleurs c’est le seul sur les 20 à n’avoir aucun vote en sa faveur. On a pu le voir ici uniquement dans “No blood, no tears”, mais il est tout de même à l’affiche de plusieurs bons films jamais importés.

Jeong Jae-Yeong

On ne peut évoquer Jeong Jae-Yeong sans évoquer Jang Jin, son réalisateur fétiche, qui lui a donné ses premiers rôles importants, et qui fait appel à lui pour presque chacun de ses films. On le retrouve ainsi sous diverses formes dans la filmographie du rélisateur : tueur-pied-nickelé dans “Guns and Talks“, personnage principal dans “Someone Special” et “Righteous Ties”, ou encore caméo halluciné dans “The big scene”. Même lorsque Jang Jin ne signe que le scénario (”Welcome to Dongmakgol”), il est encore là !

Jeong Jae-Yeong

Il faut dire qu’il colle parfaitement avec la ligne de conduite de son réalisateur : un mélange de dureté dans les traits et de comique pouvant surgir à tout moment. D’apparence macho, rustique ou peu commode suivant les films, il peut se transformer en clown à tout moment, comme si sa peau n’était pas adaptée à sa personnalité. Une scène hilarante de “Someone special” montre comment il se fait larguer par sa copine. On voit alors la réaction qu’il aimerait avoir et celle qu’il a réellement : toutes deux sont burlesques.

Jeong Jae-Yeong

Son meilleur film est pour moi “Wedding Campaign”, où il incarne un paysan coréen célibataire partant en Ouzbékistan pour y trouver une femme. Sa prestation complètement coincée aurait pu paraître caricaturale sans une sincérité innée qu’il injecte dans le rôle et qui le rend irrésistible, voire même émouvant dans ce film. Par contre, je le trouve moins spécial dans les films plus “sérieux” (comme “Silmido”), dans lesquels il est bon sans être exceptionnel : le second degré lui va mieux.

On le retrouvera prochainement dans le troisième opus de “Public Enemy”, où il sera certainement le dangereux psychopathe (je demande à voir !).
Si vous trouvez qu’il s’agit d’une des tout meilleurs acteurs coréens, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #10 : Lee Yeong-Ae, Oxygen Lady Ecrit par Pierre le 17.08.07

Lee Yeong-Ae est une actrice que je qualifierai de plutôt classique, ce qui n’enlève bien sûr rien à son talent. Elle est surtout connue en France pour son rôle de femme vengeresse dans “Lady Vengeance”.

Elle a tout d’abord été découverte dans des publicités (notamment une pour du chocolat avec Andy Lau !), avant de retourner à l’université apprendre l’art d’être une actrice. Elle reste cependant associée à pas mal de publicités, étant l’égérie de la marque de produits de beauté “Mamonde”. Elle compte également bon nombre d’actions de charité à son actif (dont le titre d’ambassadeur de bonne volonté à l’UNICEF en 2004). Elle porte d’ailleurs le surnom d’”Oxygen Lady”.

Lee Yeong-Ae

Mais revenons à ses films. Peu nombreux puisqu’elle n’en a tourné que 7 (dont 5 avec un rôle important), mais choisis avec une grande attention. Car c’est avant tout dans des dramas qu’elle s’illustre. Le plus célèbre d’entre eux est un immense succès et la fait connaître dans toute l’Asie : “Dae Jang Geum” (”Jewel in the Palace”) conte l’histoire d’une femme d’abord chef de cuisine, puis médecin du roi de Corée pendant la dynastie Choseon (aux environs de l’année 1500). Son personnage de femme persévérante et malmenée en a fait une superstar en Asie (plusieurs centaines de millions de chinois ont regardé ce drama).

Lee Yeong-Ae

Côté cinématographique, elle cartonne aussi en 2001 dans “JSA”, déjà avec Park Chan-Wook, celui qui lui proposera son meilleur rôle au cinéma dans “Lady Vengeance”. Loin de ses autres rôles dans des romances sympathiques mais sans grand relief, elle y campe une femme incarcérée pour le meurtre d’un enfant qu’elle n’a pas commis. Après treize années, son apparente repentance n’est qu’en fait la première étape de sa vengeance sans merci. Lee Yeong-Ae y est parfois fidèle à elle-même, parfois méconnaissable, laissant apparaître un pan de sa personnalité insoupçonné : et si son apparence gentillesse n’était qu’une façade ?

Lee Yeong-Ae

Elle n’a pour l’instant aucun projet en cours, mais espérons qu’elle revienne bientôt devant la caméra.
Si vous trouvez qu’il s’agit d’une des toutes meilleures actrices coréennes, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.

Portrait #9 : Yu Ji-Tae, le calme ou la tempête ? Ecrit par Pierre le 15.08.07

Qu’on l’apprécie ou pas, Yu Ji-Tae est un des acteurs les plus connus en Corée, puisqu’il tourne en moyenne deux films par an avec un rôle principal. Pas de rôle de prédilection, il faut dire que sa filmographie est assez variée.

Lors de ses débuts, on le découvre notamment en jeune désoeuvré prenant en otage une station service dans “Attack the gas station”. Un rôle assez étrange et barré, où il se découvre une passion pour la peinture “sauvage”. Il enchaîne ensuite bon nombre de films, allant de la comédie romantique (”Ditto”) à l’action bête et méchante (”Libera me”).

Yu Ji-Tae

C’est en 2003 qu’il obtient son premier rôle vraiment marquant et qu’il est découvert à l’étranger pour “Old Boy”. Son interprétation du méchant est à rebrousse-poil des conventions habituelles : il incarne à merveille la froideur machiavélique de son personnage, lisse en apparence mais rongé de l’intérieur. Son personnage était d’ailleurs censé avoir le même âge que celui de Choi Min-Sik, alors que les deux acteurs ont 14 ans d’écart. Mais Park Chan-Wook a tout de même décidé de lui faire confiance, misant beaucoup sur sa performance. Au final, même si la différence est visible, elle se fait vite oublier devant l’incroyable numéro des deux acteurs.

Yu Ji-Tae

L’année du succès d’”Old Boy” à Cannes, il est présent en compétition dans un second film : “La femme est l’avenir de l’homme” d’Hong Sang-Soo. Les deux films sont diamétralement opposés, comme la prestation de Yu Ji-Tae, incarnant un homme également rongé de l’intérieur, de regrets cette fois, à l’image d’une société désabusée pleine de mensonges et où les relations entre hommes et femmes sont corrompues. On a du mal à reconnaître le démon calculateur d’”Old Boy”. Après un petit passage clin d’oeil dans “Lady Vengeance”, il continue de varier les genres : thriller (”Running Wild”), comédie romantique (”Traces of Love”) et fresque historique (”Hwang Jin-Yi”).

Yu Ji-Tae

Il possède sa propre boîte de production “Yu Movie” depuis 2005 et a réalisé un court-métrage de 40 minutes en 2003. Il a d’ailleurs été membre du jury du festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand.
Si vous trouvez qu’il s’agit d’une des tout meilleurs acteurs coréens, je vous invite à participer au sondage associé à cette série de portraits.