Watchmen – de Zack Snyder (2009) Ecrit par Pierre le 26.02.09

J’ai rarement été satisfait des adaptations au cinéma de comics, qui fleurissent à foison ces dernières années et ont tendance à toutes se ressembler. On y trouve certes quelques rares perles (le génial “Ghost World”) et bons films (le dernier Batman est pas mal du tout), mais la majorité de ces films sont tout juste passables, voire de vrais ratages cinématographiques. Cas un peu à part, “Sin City” est une adaptation particulièrement intéressante (et à mon sens très réussie), puisqu’elle va beaucoup plus loin que la simple reprise d’une histoire ou d’un personnage, en faisant directement référence au média “bande dessinée” par sa forme afin d’offrir une expérience visuelle inédite.

watchmen-1

Autant dire que je n’allais pas voir ce “Watchmen” (adapté d’un roman graphique culte qui m’était inconnu) avec de grandes attentes, m’attendant un peu à retrouver une énième histoire de super-héros aux pouvoirs extraordinaires. Et bien j’avais tort : le film s’avère très intéressant, bénéficiant bien sûr de la qualité de l’oeuvre originale mais également d’une réalisation adaptée.

Le premier point qui m’a particulièrement plu est la narration, notamment dans toute la première moitié du film. En effet, pas facile de mettre en place un monde uchronique sur fond de guerre froide, une galerie de protagonistes assez particuliers avec tout un passé en commun. Plutôt que de tout vouloir expliquer trop vite, le film prend son temps, présente les personnages et leur histoire de manière déstructurée, alternant entre flashbacks et vision du monde fantasmé, notamment le contexte politique, tout en gardant un fil conducteur. Même si cela peut déstabiliser au départ le novice du comics, on devient vite happé par cette narration riche et foisonnante, à mesure que les éléments se relient et forment un ensemble cohérent, un monde fascinant.

watchmen-3

La mise en scène est également parfaitement adaptée dans cette première partie, utilisant les ralentis de manière intelligente pour figer l’action, s’attarder sur certains plans et ainsi se rapprocher au plus près de la bande dessinée originale sur sa forme. Zack Snyder a d’ailleurs déclaré avoir utilisé le comics comme storyboard, et cela se ressent beaucoup lorsque le cadre s’immobilise sur des objets, des postures… assez paradoxalement même le travail sur le son renforce cette impression de découpe : une image, un son, une bulle ?

Même si le film connait quelques brefs sursauts de violence particulièrement incisifs et savoureux, il n’y a finalement que peu d’action dans ce film qui laisse la part belle à ses personnages, en particulier Rorschach qui est vraiment hallucinant et donne lieu à pas mal de scènes cultes (“I’m not locked up in here with you. You’re locked up in here with me.“). Le reste de la troupe n’est pas en reste, notamment le fascinant Dr Manhattan interprété par un Billy Crudup méconnaissable, le couple Nite Owl / Silk Spectre, auteurs d’une scène d’amour démente dans le ciel d’un New York imaginaire (Hallelujah!), et il n’y a guère que le personnage d’Ozymandias qui est un peu faiblard.

watchmen-2

Seul bémol, la fin semble un peu en-deçà du reste du film : trop démonstrative, elle contraste avec les errements narratifs de la première partie et manque un peu de rythme. Cependant je dois admettre que les 2h40 se sont écoulées sans que je ne ressente la moindre pointe d’ennui.
Merci donc à Allocine pour l’invitation sans laquelle je ne me serais peut-être pas tourné vers ce “Watchmen”. Et au delà de la très bonne surprise, le film aura eu le mérite de me donner l’envie furieuse de me jeter sur le livre ;)

The Wrestler – de Darren Aronofsky (2009) Ecrit par Pierre le 22.02.09

Ce début d’année commence bien côté américain avec en l’espace de quelques semaines le retour devant (et toujours derrière) la caméra de Clint Eastwood dans “Gran Torino” (que je recommande aussi vivement), mais surtout le film-choc lauréat du Lion d’Or au dernier festival de Venise, “The Wrestler”.

the-wrestler-1

A la fin des années 80, Randy Robinson, dit The Ram (“Le Bélier”), était une star du catch. Vingt ans plus tard, il ne se produit plus que dans des salles de gym de lycées ou des maisons de quartier… Brouillé avec sa fille, il est incapable d’entretenir une relation durable avec quiconque : il ne vit que pour le plaisir du spectacle et l’adoration de ses fans.
Mais lorsqu’il est foudroyé par une crise cardiaque au beau milieu d’un match, son médecin lui ordonne d’abandonner le catch : un autre combat pourrait lui être fatal. Contraint de se ranger, il tente de renouer avec sa fille et, dans le même temps, entame une liaison avec une strip-teaseuse vieillissante. Pourtant, son goût du spectacle et sa passion pour le catch risquent bien de reprendre le dessus et de le propulser de nouveau sur le ring…

the-wrestler-3

Comment évoquer ce “Wrestler” sans mentionner son interprète principal époustouflant, Mickey Rourke, tant le film fait écho à la carrière personnelle de l’acteur. Tout comme “The Ram”, Rourke atteint le firmament de sa carrière dans les années 80 (je garde personnellement un grand souvenir de son rôle de “Motorcycle Boy” dans “Rusty James” de Coppola) avant de connaitre une descente aux enfers de près de 15 ans : reprise de sa carrière de boxeur qui le défigure, alcoolisme et dépression… Il est donc l’acteur parfait pour le rôle : point besoin de maquillage lourdeau pour signifier les bosses d’un passé ravageur, Rourke porte déjà sur lui les stigmates de Randy The Ram. Tous deux ne font qu’un à l’écran, accentuant à son maximum la sensation de réalisme portée par la réalisation (très intelligente et subtile en passant).

Le pire ennemi de “The Wrestler”, ce n’est pas son adversaire, aussi féroce qu’il soit, mais bien la solitude. Sa vie se décompose autour de trois lieux principaux : le supermarché où il travaille, le club de strip-tease où il passe ses nuits, et bien sûr le ring de catch. En dehors, Randy est perdu, incapable d’assumer ses responsabilités. La scène où il passe rendre visite à sa fille est particulièrement révélatrice et habilement travaillée : celle-ci apparait dans un bus vide, en descend alors que le chauffeur reste hors champ, puis déambule dans une rue déserte, comme symbolisant toutes les peurs de Randy. La présence de Rourke dans le cadre en dit long : il est soit seul, soit face à un groupe de gens (enfants/catcheurs/clients/spectateurs…).

L’impact du film réside aussi dans les contrastes entre spectacle et réalité qui régissent la vie des personnages. Déchainés et ultra-violents sur le ring, les catcheurs sont doux comme des agneaux en dehors, la strip-teaseuse est la bonne mère d’un petit garçon, Randy the Ram adore jouer avec les enfants. Deux mondes diamétralement opposés et impossible à concilier. Deux mondes qui se mélangent furtivement le temps d’une scène géniale, lorsque Randy fait son entrée dans la boucherie tel un catcheur arrivant dans l’arène, rendant le retour à la réalité plus dur et cruel.

the-wrestler-2

Avec une superbe conclusion à la hauteur du film et qui m’a filé une bonne chair de poule, “The Wrestler” est un film magnifique et direct que je vous recommande chaudement. Et je croise les doigts pour que Mickey Rourke remporte l’Oscar, ce qui serait plus que mérité. :D

The Darjeeling Limited – de Wes Anderson (2007) Ecrit par Pierre le 06.04.08

On sort un peu du cinéma asiatique (et oui, ça arrive !) pour le dernier film du talentueux réalisateur Wes Anderson, j’ai nommé “The Darjeeling Limited”.

The Darjeeling Limited

Petite mise en contexte : Quelque temps après la mort de leur père, trois frères se retrouvent pour une quête identitaire à travers l’Inde, dans un train, le “Darjeeling Limited”. A la recherche de leur mère, c’est entre eux qu’ils vont essayer de recoller les morceaux.

The Darjeeling Limited

J’apprécie beaucoup les films de Wes Anderson depuis “La famille Tenenbaum” (j’ai raté “Rushmore”), notamment leur humour fin et décalé, leurs personnages névrosés mais ô combien attachants. Ce nouveau film ne fait pas exception à la règle, servi par d’excellents acteurs : si Owen Wilson est un peu agaçant, le moins bon des trois, Jason Schwartzman est égal à lui-même, semblant venir d’un autre espace-temps (un peu comme dans “Marie-Antoinette” d’ailleurs). Mais c’est surtout Adrien Brody qui signe un contre-emploi parfait. Moi qui ne l’aime habituellement pas trop avec sa mine constamment soucieuse, je l’ai trouvé ici absolument génial, avec un potentiel comique qui mérite d’être mieux exploité. Ajoutez à cela les apparitions délicieuses de Bill Murray (le plus grand de tous !) dans une scène d’ouverture d’anthologie, d’Anjelica Huston (ça faisait longtemps) ou de Nathalie Portman, toujours impeccable.

The Darjeeling Limited

L’humour est omniprésent, entre dialogues savoureux (“How can the train be lost? It’s on rails!”) et situations absurdes. Wes Anderson s’est bien amusé (et nous aussi !) en filmant ses personnages courant à la poursuite du train, tantôt désespérés (Bill Murray doublé par Adrien Brody), tantôt réconciliés et solidaires (rappelant le van de “Little Miss Sunshine”). Les mouvements rectilignes de la caméra ajoutent au côté ludique de ce joyeux foutoir sacrément plaisant à regarder. A voir tant qu’il en est encore temps !

No Country For Old Men – des frères Coen (2007) Ecrit par Pierre le 31.01.08

Je suis un grand amateur des frères Coen depuis un paquet d’années (mon premier site web leur était consacré… aux débuts d’internet il y a une éternité). “The big Lebowski” est ma comédie culte et j’apprécie chacun de leur opus, même si les deux derniers m’avaient laissé sur ma faim.
Présent en compétition au dernier festival de Cannes, leur dernier film “No Country For Old Men” est reparti bredouille. Il est pourtant salué de manière unanime par la critique.

No Country For Old Men

Alors qu’il chasse dans le désert texan, Llewelyn Moss tombe sur les cadavres de trafiquants mexicains. A leur côté, une mallette contenant deux millions de dollars. Il décide de s’en emparer discrètement, mettant un pied dans une spirale infernale et sanglante. Chigurgh, un tueur démoniaque, se lance à sa poursuite.

Quel choc ! Ce film m’a rassuré plus que mesure sur la capacité des Coen à produire de grands films à nouveau. “No Country For Old Men” est une descente aux enfers magistrale, un de ces films qui vous happent, vous hypnotisent, vous embarquent avec eux (ici dans le désert mexico-texan) pour ne vous relâcher qu’après deux heures intenses et jubilatoires.

No Country For Old Men

J’ai notamment été subjugué par l’expression de la violence, à travers l’image et le son : images atroces (la découverte des cadavres), grands espaces pesants, tension extrême portées par un silence de plomb, et à l’inverse bruits déchirants prenant à rebrousse-poil lorsque la violence est hors-champ. Parfois, les deux sont réunis pour une explosion de violence foudroyante à l’image de la folie de Chigurgh. La violence est toujours là, palpable, pouvant venir de n’importe où (une simple discussion, une partie de pile ou face).

Comme souvent avec les Coen, la violence est toujours accompagnée d’une pointe d’humour noir, d’un goût délicieux pour l’absurde qui rend presque chacune des scènes cultissimes. Coiffures ou dégaines improbables, autochtones hébétés, situations cocasses même pour les plus durs des tueurs…
Les acteurs sont épatants : Josh Brolin trainant son corps meurtri et son regard placide, Tommy Lee Jones en spectateur fatigué et impuissant du massacre, mais que dire de Javier Bardem ! Hitchcock disait que plus le méchant était réussi, meilleur serait le film : je n’ai pas souvenir d’avoir vu un méchant aussi terrifiant, aussi halluciné que ce Chigurgh. Semblant venu de nulle part, il dévore ses ennemis d’un regard ou d’une parole. Il s’agit vraiment d’un personnage unique d’une force inouïe, presque improbable, qui restera dans les mémoires pour longtemps.

No Country For Old Men

Amateurs des frères Coen ou non, allez le voir de toute urgence, c’est quand même autre chose qu’Astérix !