[Cinéma coréen] Petit budget = créativité ? Ecrit par Pierre le 25.10.09

Il y a quelques mois, un billet chez Le Zèbre nous parlait du cinéma de la “génération 880 000 Wons”. Le succès récent de films comme “Old Partner” (documentaire sur un vieux fermier et une vache ayant attiré près de 3 millions de spectateurs) et “Rough Cut” a redonné un nouvel espoir au milieu du cinéma coréen après quelques années d’augmentation folle des budgets à tel point que peu de films parviennent encore à faire des bénéfices.

Cependant, à y regarder de plus près, on peut constater que ce retour des films à petits budgets n’a pour le moment pas vraiment entrainé d’élan créatif ni dévoilé de réels talents audacieux. Car la majorité de ces films se répartissent en deux catégories : les films indépendants qui ressemblent à s’y méprendre à des films totalement commerciaux (comme par exemple “Rough Cut”, voir ce commentaire d’Epikt) et ne se distinguent que par les profits gigantesques qu’ils peuvent engendrer si le film marche bien, et les films à vocation “sociale” (pour ne pas dire “misérabiliste”) sans réelle ambition formelle.

norwegian-woods

Un article dans le magazine Mad Movies de ce mois intitulé “La Corée Enragée !” a éveillé ma curiosité. L’article évoque une nouvelle vague de films fauchés horrifico-fantastiques et surtout créatifs. Il prend pour exemple trois films : “Bloody Shake” de Kim Jee-Yong (un film avec des tentacules), “The Neighbor Zombie” (omnibus de 6 segments à base de zombies) et “Norwegian Woods” de No Zin-Soo (slasher tragi-comique). Leurs points communs : réalisateurs jeunes, cinéphiles et décomplexés. Et contrairement aux films cités plus haut, l’absence de moyens financiers semble ici compensée par une imagination débordante. Toutes les raisons d’espérer ?

En tout cas ça tombe bien, “Norwegian Woods” sera visible dans 3 semaines au Festival Franco-Coréen du Film (qui s’annonce très bon, je reviens dessus dès que le site officiel est bouclé), ce sera donc l’occasion de voir de quoi cette “vague” est capable.

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12 commentaires pour “[Cinéma coréen] Petit budget = créativité ?”

  1. Gilles |

    Tu peux poster le programme du ffcf sur ton blog si tu veux, ça nous aidera toujours un peu ;)

    Au passage, à propos des films indépendants qui ressemblent à des films commerciaux, il faut rappeler plusieurs chose à propos de la Corée :
    1) l’enseignement du cinéma est excellent d’un point de vue technique, ce qui fait des opérateurs hautement qualifié (il y a également de nombreux techniciens coréens qui travaillent à hollywood, c’est pour rien)
    2) il y a beaucoup plus de techniciens de l’audio visuel que d’offre de boulot sur les tournages, ce qui fait que ceux qui ne peuvent pas bosser sur des grosses prods vont sur les petites, mais sont tout autant qualifiés que les autres (mêmes s’ils ont souvent moins d’expériences), ce qui explique la qualité technique des films, même de films à très petits budget (voir Daytime drinking par exemple). Les autres se tournent après vers la pub, la télé, les clips vidéos…
    3) le prix dérisoire du matériel en Corée. Pour mon film, j’ai loué une caméra HD mididv+micro+perche pour 60000wons (32€) pour une demi journée. Des productions, même relativement petites, peuvent tourner un film en une ou deux semaines avec du bon matériel pour un budget raisonnable. Même les studios de montage/mixage sont assez bons marché.

    Donc finalement, si on trouve des films indépendants plutôt bien torchés, ça n’a rien d’étonnant. Coté qualité, en général, les indépendant essayent d’être plus créatifs puisse que c’est de toute façon leur seule valeur ajoutée par rapport au cinéma mainstream.

    Après, comme epikt, les films auteurisants qui se regardent pisser me gonflent sacrément (les films de Noh Gyeong-tae, pour ne citer que lui).

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  2. Pierre |

    @Gilles: merci pour les précisions. Au delà de la qualité technique, ces films se rapprochent aussi du cinéma mainstream par leur façon de filmer ou même leur scénario… je ne trouve pas qu’ils “osent” plus que les autres. Tu as des exemples ? Peut-être que le FFCF va me permettre d’en découvrir quelques-uns :D

    (je posterai le programme du FFCF dans la semaine, cette édition m’a l’air excellente et j’ai bien l’intention de me faire une vingtaine de séances !)

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  3. Gilles |

    Le cinéma indépendant ne se définit pas par son besoin de filmer différemment ou de décrire une histoire sous une autre forme. En général, ils essaient juste de combler le manque d’argent par autre chose. Ca peut être tout simplement un sujet intéressant, même s’il est traité dans les codes, ou l’utilisation de musiques plus originales (de toute façon, les indé ne se paient jamais des orchestre, ça c’est sûr). D’ailleurs, il y a pas mal de lien entre le ciné indé et la musique indé en Corée, c’est un peu pour ça qu’on retrouve pas mal de ces groupes de rock un peu underground dans les soundtracks de films indé. Ca change quand même souvent l’ambiance. Après, le problème vient de compositeurs de musiques. Comme pour le mainstream, ils sont formés à la même école, mais faute de moyens, ça se termine souvent par une piano solo (qui donne cet aspect franchement auteurisant, c’est chiant) ou une guitare.

    Sinon, quand je parle de la qualité technique, ça ne veut ps dire que les techniciens ont de l’imagination. Ils sont bons dans ce qu’ils font, mais ils ont du mal à se laisser aller à quelque chose d’original. C’est un peu le problème du cinéma coréen en général, et pas que le mainstream. C’est vrai que la production indépendante était pas très intéressante ces deux dernières années.

    D’un point de vue artistique et je m’en foutisme, les années 90 sont vachement plus intéressante. Dommage que les distributeurs rechignent à distribuer ces films, même s’il est probable qu’il y ait 95% de navets dans le lot.

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  4. Pierre |

    @Gilles: et cette “vague”, tu y crois ou bien c’est juste un exemple isolé ? Dans l’article justement un des réalisateurs dit qu’il fait juste des films pour s’amuser et pour essayer de faire quelque chose de différent et original en Corée. Ce serait déjà pas mal !

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  5. Gilles |

    Une vague de films plus originaux et plus créatifs ? Je sais pas trop en fait. Faut attendre un peu pour vraiment s’en rendre compte. Je suis pas trop du genre à faire des prévisions de tendances, donc j’attends de voir ce que ça donne en vrai. Des films originaux, yen a toujours eu. Moi, ce que j’aimerais, c’est que d’autres films, plus nombreux, à l’instar de Rough Cut et Scandal Makers, arrive à trouver du public malgré un budget très faible et un marketing limité. Que ce ne soit pas toujours que les grosses montures qui arrivent à avoir du succès.

    Mais ça, il faut plus que du coeur et de l’originalité, il faut aussi que les Coréens s’intéressent un peu à autre chose qu’auc grosses affiches et aux GFX, et aussi que les exploitants ne cherchent pas systématiquement que ce qui va leur rapporter le plus. Dans le cas de Rough Cut, c’est bien parce que le film a connu du succès dans le peu de salles où il était projeté que les exploitants se sont décidés à le distribuer à plus grande envergure (pour scandal makers, c’est distribué par CJ, donc de base c’est plus simple).

    Moi ça me rend fou de voir que dans les festivals comme Pusan, tous les films, mêmes les plus petits et les plus mauvais fassent salle comble, alors que dans la réalité de l’exploitation du cinéma en Corée, c’est totalement le contraire.

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  6. Pierre |

    Que des films à petit budget sans grosse campagne de promo arrivent à faire bouger des foules, c’est effectivement très positif (même si en parallèle des énormes purges comme Haeundae arrivent à faire beaucoup mieux, ce qui fait relativiser).
    D’où mon questionnement initial, plutôt que d’essayer d’imiter le cinéma mainstream (pas seulement techniquement) en espérant être dans les 2-3 réussites surprises de l’année, pourquoi ne pas essayer de proposer au spectateur quelque de vraiment différent et de moins policé ? J’ai vu quelques bons films coréens ces dernières années mais pas une seule vraie “baffe”, un film qui m’étonne, me retourne ou me fasse crier au génie. Et c’est bien ce que j’attends du cinéma dit “indépendant”.

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  7. Michael |

    Côté promo, quelle est la place des médias traditionnels/Internet en Corée du S. ?

    En face, au Japon, certaines prods indé arrivent à construire une réputation via internet, quitte à devenir plus populaire à l’international qu’en local.

    À côté, depuis quelques années, des circuits de distribution parallèles se développent – comme la VOD qui a l’air beaucoup mieux implanté dans ces 2 pays qu’en Europe…

    Est-ce qu’il y a une considération de tout ça chez les indépendants coréens ?

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  8. Gilles |

    @Pierre. C’est clair qu’à part Milky Way Liberation Front, j’ai pas vu beaucoup de claque. Je l’avais vu à Pusan, mais il est sorti et en salle et a fait 5000 entrées… Pas de quoi s’extasier :/ J’ai vu d’autres très bons films en festival, mais à chaque fois, aucun n’était distribué en salle, d’où l’impossibilité de les trouver en DVD après. Et comme la culture du direct2dvd n’existe pas en Corée…

    @Michael : oui, certains indépendants arrivent bien à se sortir les doigts du cul et à utiliser les mass médias comme internet pour faire leur promo à moindre frais. C’est le cas notamment de Indiestory, qui a un peu surpris tout le monde en sortant un documentaire dans plusieurs dizaine de salle, vu par plus de 3 millions de spectateurs (Old Partner). Il y a eu aussi le documentaire Our School, qui a eu un succès bien moindre tout en étant le meilleur score de son époque (dans le 15000 entrées, ce qui est bien pour un docu) en utilisant très intelligemment internet alors que le film, le producteur et le distributeur étaient totalement inconnus. Après un an de séances privées, le film a eut droit à sa sortie en salles.

    En se qui concerne la VOD, il n’y a malheureusement pas de plateforme permettant une meilleure visibilité du cinéma indépendant. En Corée, les exploitants dominent à la fois les secteurs de la production, de la distribution cinéma, mais aussi de la distribution dématérialisée. Un major comme CJ possède ses salles de ciné (CGV), son éditeur de DVD et ses portails internet (je sais plus lequel) ; ils ont même des portails de jeuxvideo par lesquels ils peuvent encore faire de la pub pour leur produit. Les indépendants nont pas tout ça, et ne sont pas distribué par les majors, donc fatalement ils perdent largement en visibilité. Le problème est que le domaine est dominé par trois compagnies (CJ, Showbox et Lotte), ce qui rend la vie réellement dure pour les autres. Cela dit, ils ne font pas vraiment preuve d’originalité dans leurs démarches non plus. En général, leur stratégie consiste à placer deux ou trois films dans les festivals internationaux, en espérant pouvoir utiliser les feedback dans leur promo en promo, mais je suis septique sur la réussite de la démarche.

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  9. Pierre |

    Justement sur la VOD, j’ai remarqué récemment sur Daum l’apparition de liens “Download” sur certains films, liens qui lient vers un service de VOD (pas cher en plus). Exemple : http://movie.daum.net/moviedetail/moviedetailMain.do?movieId=41400

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  10. Epikt |

    Au sujet de ce que dit Michael, il me semble que, contrairement aux indés/underground japonais, les indés coréens manquent d’identité et/ou de marque de fabrique (cf ce qu’on a pu dire sur les indés ressemblant aux grosses machines) ; même si celle de certains japonais tient parfois du stéréotype (truc avec des mutants et de la sauce tomate)(ou truc pour vieux avec des histoires de famille), ça aide à vendre.

    Au sujet de Indiestory, pourquoi ne montent-ils pas eux même leur propre plateforme de VOD ? Ou édition DVD ?
    Ils ont un excellent catalogue, mais plus de la moitié des films qui me tentent sont indisponibles, parfois depuis “longtemps”… j’ai l’impression qu’ils se refusent à sortir du circuit traditionnel, et laissent leurs films au placard en attendant de le vendre, alors qu’il pourraient surement s’en charger eux mêmes.

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  11. Gilles |

    Ha ouais mais les Coréens ont vraiment beaucoup de mal, de base, à sortir de la chaine traditionnelle du circuit vidéo. Pour eux c’est cinéma > DVD > télé.

    Les gros ont réussi à insérer la VOD, voir DMB dans leur chaine, mais parce que tous les secteurs leur rapportent un profit assez conséquent pour qu’ils se lancent dans les nouveaux trucs.

    C’est un peu le problème de la Corée ; ils ne font pas vraiment d’effort s’ils voient que ce qu’ils ont ne se vend pas sur le circuit traditionnel. Comme je disais, il ne sont même pas capable de sortir un DVD si le film n’est pas sorti au cinéma avant (et c’est pas à cause du piratage, c’est juste que c’est pas dans leur mentalité de sauter des maillons)

    Mais on dit Indiestory, mais ils sont pas les seuls ; quand on voit le catalogue de Mirovision, ya pas de quoi s’extasier non plus ; la moitié des films ne sont pas sortis en DVD ni ailleurs. Je prends comme exemple Magicians, dont ils ont annoncé la sortie DVD depuis 2 ans et qui est retombé aux oubliettes.

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  12. happy |

    Ouaip, j’en ai parlé aussi un peu dans mon tour d’horizon du “renouveau du cinéma d’horreur coréen” dans le dernier “Ecrans d’Asie” sous

    http://www.ecrans-asie.com/magazine

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