Gore, Japan Gore ! (spécial Nishimura) Ecrit par Pierre le 07.02.10

Hier soir avait lieu au cinéma Nouveau Latina une Absurde Séance intitulée “Gore, Japan Gore !”. Au programme, les deux films du réalisateur et spécialiste des effets spéciaux Yoshihiro Nishimura : d’abord l’excellent “Tokyo Gore Police” puis son petit dernier au titre dément, “Vampire Girl vs Frankenstein Girl”.

Tokyo Gore Police – de Yoshihiro Nishimura (2008)
Dans un futur pas si lointain, les forces de police japonaises ont été privatisées et n’hésitent désormais plus à employer la force pour faire régner l’ordre. De dangereux criminels appelés “ingénieurs” terrorisent la ville et possèdent un étrange pouvoir mutant : lorsqu’on leur coupe un membre, celui-ci repousse sous la forme d’une arme. La chasseuse d’ingénieurs Ruka est appelée en renfort.

Qu’est-ce qui l’emporte au sortir de ce film fou ? Son enthousiasme débordant, ses surprises permanentes, cette impression d’être submergé par un torrent d’idées toutes plus délirantes les unes que les autres. Le film n’hésite devant rien, pour proposer les mutants les plus dingues (mention à la femme aux jambes / gueule de crocodile) ou pour inventer les armes les plus loufoques (le canon à poings), avec toujours beaucoup d’humour. C’est un festival de mauvais goût sacrément tordu qui nous est offert, de manière aussi foutraque que généreuse. Visuellement, c’est parfois réussi, parfois carrément moche. Les scènes de mutation notamment sont très décevantes puisqu’elles consistent à agiter la caméra dans tous les sens pour un résultat très laid. En revanche, certaines scènes sont ultra stylisées (avec des tons de couleurs saisissants) à tel point qu’on se demande pourquoi tout n’est pas comme ça. Et puis Eihi Shiina a trop la classe, ça aide.

Mais il serait bien réducteur de réduire “Tokyo Gore Police” à un catalogue d’effets gores, aussi réussis et surprenants soient-ils. Le film met en place un vrai univers. Au moyen de courtes et hilarantes publicités tout au long du film, le réalisateur dépeint un Japon (à peine) exagéré, où l’on vend des cutters kawai “parfaits pour se taillader les veines”, et où les jeux Wii permettent de torturer des criminels. Plus encore, il fait de Tokyo une ville glauque et emplie de solitude, oppressée par un état policier. Lors d’une scène dans un bar des bas-fonds de la ville, le film va encore plus loin dans cette ambiance en mettant en scène une galerie de freaks tous plus étranges les uns que les autres, avec un point d’orgue un être-chaise à la limite du nauséeux et particulièrement dérangeant. Cet aspect donne au film une dimension intéressante et je serais curieux de voir Nishimura abandonner pour un film son côté potache et s’engager dans quelque chose de vraiment noir.

Vampire Girl vs Frankenstein Girl – de Yoshihiro Nishimura et Naoyuki Tomomatsu (2009)
La bataille sanglante entre Monami, élève discrète mais surtout vampire à travers les âges, et Keiko, ramenée à la vie par son savant fou de père, pour obtenir l’amour du plus beau garçon du lycée.

Autant le dire tout de suite, ce film ne joue pas dans la même catégorie que le précédent. Il s’agit là d’une comédie pure, et si elle donne lieu à quelques idées sympathiques, c’est totalement insuffisant. Les acteurs sont (au choix) niais ou hystériques, et le côté caricatural ne va pas si loin que ça. On a bien droit à un concours de tranchage de veine mais j’ai franchement du mal à me souvenir d’autres délires m’ayant marqué. Certains sont carrément à côté de la plaque, comme les 4 élèves “ganguro” de la classe dont la représentation est particulièrement nauséabonde.

Côté action, le combat inaugural restera le seul moment de bravoure du film, le final étant lui particulièrement pitoyable. Nishimura a cette fois opté pour des effets spéciaux numériques (alors qu’il excelle pourtant dans les effets “à l’ancienne”) qui se révèlent particulièrement hideux. La réalisation est quelconque, dépourvue d’intentions esthétiques au contraire du film précédent. Pire encore, certains détails (flashbacks repassant des scènes antérieures du film, sang dégoulinant sur l’écran pour “cacher” l’image) donne la furieuse impression que le film a été vraiment bâclé (il peine à meubler ses 1h20).

Bilan : un “Tokyo Gore Police” vaut mieux que deux “Vampire Girl vs Frankenstein Girl” tu regarderas.

5 films coréens à surveiller en 2010 Ecrit par Pierre le 30.01.10

L’année 2010 s’avérera-t-elle plus riche en bons films coréens que l’année précédente ? Avant de le savoir, je vous livre quelques films que j’attends avec impatience ou curiosité, et qui méritent à mon sens une attention tout particulière.

Breakfast at Tiffany’s – de Lee Yoon-Ki
On commence par un soulagement. En octobre dernier, on apprenait que le tournage du nouveau film de Lee Yoon-Ki avait été brutalement interrompu pour une durée indéterminée faute de financements. Une nouvelle étonnante au vu du joli succès de son film précédent, le génial “My Dear Enemy” et plus encore de la présence au générique de deux acteurs à priori bankables, Ha Jeong-Woo et Su Ae. Il faut dire que pile au même moment, les deux acteurs cartonnaient au box-office avec respectivement “Take off” (la comédie sportive ayant réussi à déloger “Haeundae”) et “The sword with no name”. Heureusement, les fonds nécessaires à la poursuite du film ont été débloqués à temps et le film devrait sortir cette année. Reste à savoir à quel point il aura été impacté par cet événement.

The Neighbor Zombie – de Oh Yeong-Doo, Ryu Hun, Hong Yeong-Geun et Jang Yun-Jeong
Un film dont je vous parlais récemment. Il s’agit d’un omnibus composé de 6 parties et consacré aux zombies, partant du pitch suivant : “Le 15 octobre 2010, le virus Zombie ravage Séoul. Le gouvernement ordonne le massacre de toutes les personnes infectées !”. Avec un budget minuscule, les quatre réalisateurs se sont impliqués à tous les niveaux (production, scénario mais aussi lumières, maquillages et même cascades…). Et nous promettent un film créatif et jouissif à l’imagination débordante. Le film a été particulièrement apprécié dans les quelques festivals où il a été projeté.

Café noir – de Jeong Seong-Il
Premier film de Jeong Seong-Il, célèbre critique coréen (également programmateur au festival de Jeonju et directeur du KAFA), “Café noir” intrigue déjà par sa durée : 3h17. Voilà qui est peu commun pour un film coréen et qui laisse présager un minimum d’ambition. Inspirée par Dostoïevski et Goethe, cette histoire d’amour au propos politique bénéficie en plus d’un casting raffiné avec Shin Ha-Gyun (qu’on ne présente plus), Jeong Yumi (vous n’avez pas fini d’en entendre parler ici) ou encore Kim Hye-Na (“Flower Island”). Projeté pour la première fois au dernier festival de Venise, le film a beaucoup impressionné et continue à bien tourner (Rotterdam cette semaine, puis Deauville ?).

Hahaha – de Hong Sang-Soo
Le titre à lui tout seul suffit à éveiller l’intérêt. Le casting aussi (comme dans son précédent), comme si un film de Hong Sang-Soo était devenu pour les acteurs “the place to be”. On retrouve des habitués du réalisateur, comme Kim Sang-Gyeong (“Turning gate”) ou Kim Yeong-Ho (“Night and day”), mais aussi des petits nouveaux comme Moon So-Ri. Le pitch mentionne deux amis se retrouvant à la montagne pour échanger leurs histoires tout en buvant de l’alcool (du pur Hong Sang-Soo quoi). L’autodérision omniprésente dans son dernier film sera-t-elle de la partie (avec un titre pareil, on peut espérer) ? Et puis une question fatidique se pose : va-t-il enfin se décider à bouger sa caméra ?

The Housemaid – de Im Sang-Soo
Vous n’êtes pas sans ignorer mon amour pour ce classique de Kim Ki-Young datant de 1961. En entendant parler d’un projet de remake, je n’étais pas particulièrement chaud mais l’arrivée aux commandes d’Im Sang-Soo a ravivé mon intérêt. Tout comme l’annonce de l’attribution du rôle principal à la fantastique Jeon Do-Yeon. Elle sera accompagnée de Lee Jeong-Jae, acteur au sommet à la fin des années 90 (il a notamment tourné avec Bae Chang-Ho et Park Kwang-Su), dont la carrière bat un peu de l’aile aujourd’hui, un choix intéressant. Comment Im Sang-Soo va-t-il s’en sortir en revisitant ce mythe, je suis impatient de le savoir.

Et vous, qu’est-ce qui vous fait saliver ?

En vrac Ecrit par Pierre le 24.01.10

Petite interruption du blog à la suite d’un gentil dégroupage abusif qui nous a privé de notre connexion internet pendant une dizaine de jours (c’est là qu’on mesure à quel point on est accro). Tout est rentré dans l’ordre, je rattrape donc mon retard avec un billet fourre-tout, en attendant de repartir de plus belle.

- Le Forum des Halles hébergera du 29 janvier au 7 février prochains le festival “Un état du monde… et du cinéma”, avec une section comprenant une dizaine de films autour de l’identité coréenne, documentaires ou fictions. Au menu, quelques films dont on a déjà parlé ici (Bandhobi, Land of Scarecrows, If you were me), mais aussi des raretés comme “Moranbong, une aventure coréenne”, film français de 1958 réalisé en Corée du Nord. Tout le détail de ce programme qui sera accompagné d’une conférence et d’une table ronde est détaillé ici.

- Les amateurs de manhwas connaissent peut-être “Le Visiteur du Sud”, le récit d’un sud-coréen envoyé au nord pour travailler sur un chantier (voir cet article sur Entre France et Corée). Son auteur sera présent pour une rencontre et séance de dédicaces le 3 février prochain dans la librairie Apo (k) lyps. Plus de détails ici.

- Retour au cinéma, japonais et sanglant cette fois-ci. Les amateurs du délirant “Tokyo Gore Police” se réjouiront d’apprendre que le film sera diffusé en compagnie du nouvel opus du réalisateur Yoshihiro Nishimura, le bien-nommé “Vampire Girl vs Frankenstein Girl”, dans le cadre de l’Absurde Séance le 6 février prochain. Plus de détails ici. (merci l’Insecte)

- Le festival du film asiatique de Deauville aura lieu du 10 au 14 mars 2010. Comme l’an dernier, j’ai prévu de m’y rendre avec quelques complices, ce qui promet des débats cinéphiliques de haut niveau (après les larmes et les flashbacks moisis de l’édition précédente, quels seront les grands thèmes de cette édition 2010 ?). L’heure est encore aux fols espoirs (Tetsuo 3 ?), en attendant d’être (vraisemblablement) refroidi par la programmation qui (parait-il) sera annoncée avant la veille du festival.

- Sancho fait gagner des places pour “Love Exposure“.

A part ça ?

Bandhobi – de Shin Dong-Il (2009) Ecrit par Hyewon le 08.01.10

J’ai enfin regardé ce film qui montre le “racisme” en Corée. Etant donné que je ne connais que les “blancs” qui sont allés mon pays, je n’ai jamais entendu parler de problèmes concernant la “xénophobie”. C’est un peu répugnant de dire ça, mais c’est vrai que quelques coréens sont vraiment des racistes… Même pire que des militants du FN. Généralement, les coréens sont gentils auprès des blancs, blonds, bruns, roux, peu importe mais ils le sont beaucoup moins auprès des étrangers venus de pays sous-développés. Ce film montre des comportements de Coréens avec ces étrangers. Certes, ce film parle de l’amour-l’amitié d’une coréenne et d’un homme du Bangladesh, mais je veux me pencher sur d’autres facettes.

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Minseo est une lycéenne qui travaille pour gagner de l’argent afin de prendre des cours d’anglais pendant les vacances d’été. Elle habite avec sa mère qui est souvent occupée à cause de son travail et de son amant. Un jour, Minseo trouve le porte-monnaie de Karim, un travailleur venu de Bangladesh. Après une petite dispute, Minseo propose à Karim de lui demander une faveur. Karim lui demande de l’aider à recevoir son salaire qu’il n’a pas touché depuis un an…

Ce qui m’a plus marqué dans ce film est la scène où Karim paye une caissière. Celle-ci était toute gentille auprès du client précédent, ce qui est normal car il était coréen, mais elle n’a absolument pas voulu toucher Karim. Cette scène m’a rappelé un jour où j’étais dans un bus. Ce jour-là, il y avait deux étrangers, Bengladi ou Pakistanais, assis sur le siège. Comme c’était l’heure de pointe, il y avait beaucoup de monde dans ce bus. Mais imaginez-vous… il n’y avait vraiment personne autour de ces deux étrangers et j’ai entendu des phrases comme “ils puent”… Et oui, je me souviens très bien de ce jour-là parce que je suis allée vers eux et quelques coréens m’ont dévisagé avec un regard bizarre. Alors que plusieurs années après, quand mon beau-frère était dans une grande librairie, plusieurs filles l’ont entouré en disant “Qu’il est beau !”. J’ai même vu une fille qui m’enviait car j’avais un copain FRANCAIS (le pays dans lequel on trouve des gentilshommes romantiques selon les coréennes…).
Dans “Bandhobi”, il y a plusieurs scènes indignes et peut-être que vous allez vous dire “Ce n’est pas la Corée que je connais”.

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Interdiction d’entrer

Ce film a fait beaucoup de polémique en Corée parce qu’apparemment, il ne montre que de belles facettes des sans-papiers en opposition aux coréens qui n’aiment pas les sans-papiers. Pourtant, nous pouvons voir une belle histoire d’amour-amitié dépassant les races, les âges, les cultures, etc. Je vous recommande ce film fortement si vous ne connaissez que la Corée où se trouvent des gens tout gentils et souriants. ;)

A noter que le film passera au Forum des Images le 5 février prochain dans le cadre d’une programmation spéciale intitulée “Corée : bouleversement d’une identité”.

Agenda début 2010 Ecrit par Pierre le 03.01.10

A peine le temps de vous souhaiter une bonne année et de digérer la dinde, toute une série d’évènements sympathiques nous attend en 2010. En voici quelques-uns pour les semaines à venir :

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- Le 20 janvier prochain aura lieu au Centre Culturel Coréen une rencontre avec l’écrivain coréen Hwang Sok-Yong (surement l’écrivain coréen le plus traduit en France, auteur entre autres du roman “Le Vieux Jardin” pour les cinéphiles) à l’occasion de la parution d’un nouvel ouvrage intitulé “Shim Chong, fille vendue”. Plus d’infos ici.

- Toujours au Centre Culturel Coréen, le 1er février aura lieu en partenariat avec le festival d’Angoulême une nouvelle rencontre avec des auteurs de manhwa parmi lesquels Shim Seung-hyun (“Nono et Mimi”), Ki Sun (“Please, please me”), Ha Il-kwon (“Le robot Kim Chang-nam”), Park So-hee (“Palais”), Lee Bin (“Salut Jadu”), Jung Hye-na (“J’envie…”) et Cho Seok (“Le son du coeur”). Une exposition se tiendra également pendant les 3 premières semaines de février. Plus d’infos ici.

- Un des tous meilleurs films de la décennie, le fou fou fou “Love Exposure” de Sono Sion va enfin être diffusé en salles en France (4h de plaisir garanti) ! Ca se passera au cinéma L’Écran Saint-Denis la semaine du 3 au 9 février (horaire encore inconnu). Plus d’infos ici. (via @wildgrounds)

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- Trois films coréens en salles : “Une vie toute neuve” d’Ounie Lecomte le 6 janvier (film franco-coréen présenté hors compétition au dernier festival de Cannes), “Mother” de Bong Joon-Ho le 27 janvier (qui m’a un peu déçu par rapport à ses précédents films mais bon, ça reste du Bong Joon-Ho donc allez-y), et enfin “Breathless” de Yank Ik-June courant février (voir ma critique). En espérant que le nombre de salles ne soit pas trop réduit.

Voilà qui commence bien. Autre chose ?