Compte-rendu Paris Cinéma 2010 (3) Ecrit par Pierre le 17.07.10
Suite et fin du compte-rendu : trois films et deux documentaires au programme !

Sweet Little Lies – Hitoshi Yazaki (2010)
Avant que le film ne démarre, le réalisateur Hitoshi Yazaki a prévenu les couples présents dans la salle de ne pas prendre son film trop au sérieux. Pourtant, c’est un couple en apparence uni qui apparait à l’écran. Depuis le balcon, Ruriko susurre des mots doux à Satoshi, son mari endormi, dans un cadre de bisounours (son métier est créatrice d’ours en peluche !). C’est la vision que partage l’entourage du couple. Pourtant peu à peu, on découvre la misère affective qui peuple leur intimité. Malgré leur sourire de façade, leur vie quotidienne est un enfer de monotonie : lui passe son temps dans sa salle de jeux (où elle n’entre jamais : elle lui téléphone pour lui dire de venir manger), elle lui parle de choses qui ne l’intéressent pas. C’est en vivant chacun une aventure extra-conjugale qu’ils vont commencer à réfléchir à leur couple… En dépit des longueurs et d’une symbolique parfois un peu grosse dans la dernière partie, j’ai trouvé le film bien écrit. La relation totalement déphasée entre les deux personnages centraux est amenée progressivement et avec beaucoup d’humour. La réalisation est quant à elle plutôt sobre et l’image impeccable. C’est surtout du côté des acteurs que vient la satisfaction. Nao Omori est incroyable en Droopy hébété récalcitrant envers tout contact physique, je n’ai absolument pas reconnu en lui le routier blond de “Vibrator”, vu pourtant quelques jours plus tôt ! Et que dire de Chizuru Ikewaki dont chaque apparition est un cadeau (et dont le nombre de scènes est inversement proportionnel à mon objectivité sur un film, vous êtes prévenus). Sans ses quinze dernières minutes, c’est un film vraiment chouette.
Note : 3.25/5.

Hole in the Sky – Kazuyoshi Kumakiri (2001)
Encore une jolie surprise avec ce film de 2001 présenté dans le cadre du focus sur Rinko Kikuchi. Tae, une jeune fille, est larguée par son copain dans une station service paumée dans la campagne. Elle se met à travailler pour Ichio, propriétaire d’un petit restaurant. Pour commencer, j’ai trouvé ce film très beau. Le réalisateur utilise beaucoup de plans larges mais ceux-ci ne sont jamais figés, il se passe toujours quelque chose à l’écran (et puis filmer des gens sur un toit, c’est toujours chouette). Et comment ne pas parler des deux acteurs qui contribuent beaucoup à l’émotion provoquée par le film. Rinko Kikuchi impose une présence magnétique, presque animale avec sa voix bizarrement aiguë, son petit air mutin et son caractère à fleur de peau. Susumu Terajima est quand à lui particulièrement touchant en homme solitaire reprenant goût à la vie. J’ai été totalement conquis par ces deux personnages perdus, voilà tout.
Note : 3.5/5.

Live Tape – Tetsuaki Matsue (2009)
“Live Tape” est un documentaire peu commun. Formé d’un unique plan-séquence, il suit le chanteur et musicien Kenta Maeno jouer ses chansons en marchant dans les rues de Tokyo. Au fur et à mesure de son impressionnant périple, il croise des musiciens qui l’accompagnent sur une chanson ou deux (j’ai cru un instant au hasard sur le tout premier !), jusqu’à ce qu’il rejoigne une scène de concert en plein air pour jouer avec son groupe. S’il a choqué certains spectateurs, ce dispositif est très intéressant et je ne me suis pas ennuyé une seconde (évidemment il vaut mieux apprécier la musique, sinon l’expérience peut s’avérer vraiment douloureuse). La durée du film permet de se concentrer sur différents aspects : la musique d’abord, le musicien, les paroles, la réaction des passants entre indifférence et intérêt timide. Puis peu à peu ce sont des questions plus profondes sur la musique, voire des questions personnelles qui viennent à l’esprit. A un moment, Kenta Maeno retrouve un musicien dans une ruelle sombre et étroite, le réalisateur prend un peu de recul pour le filmer. Tout au fond, on voit un passant déboucher dans la rue, quand soudain il s’aperçoit de ce qui se passe et fait immédiatement demi-tour : c’est bizarre mais ce plan m’a immédiatement fait penser à une séquence similaire du film “Irréversible”, sauf qu’il s’agissait alors d’un viol ! Une expérience plus intéressante qu’il n’y parait.

Intérimaire en détresse – Hiroki Iwabuchi (2009)
Il s’agit là d’un documentaire entièrement réalisé par un jeune japonais désespéré par sa situation précaire et misérable d’intérimaire au Japon. Se filmant lui-même pendant une année entière, il nous montre sa réalité : un travail payé une misère, sans primes ni augmentations ni sécurité sociale, où chaque jour de congé est un jour non payé. Il participe à des manifestations qui ne mènent nulle part et fait même l’objet d’une émission de télévision censée montrer son quotidien. Cette scène est particulièrement édifiante et prouve l’intérêt de son documentaire : la séquence est mise en scène pour donner une vision totalement misérabiliste de sa situation. Le visage masqué et la voix modifiée, il a l’air d’un criminel. J’aurais aimé connaitre la visibilité et l’impact de son documentaire au Japon, un film courageux comme un appel au secours.

Poetry – Lee Chang-Dong (2010)
Le pitch avait tout pour faire peur : une grand-mère élevant seule son petit-fils, un soupçon d’Alzheimer et des cours de poésie. Bref, alors que tous les ingrédients étaient réunis pour nous pondre un film larmoyant plein de pathos, Lee Chang-Dong s’en est sorti haut la main pour nous offrir quelque chose tout en émotion contenue. Les scènes traitant de la poésie ne sont jamais lourdes, au contraire très accessibles puisqu’on est placé au niveau de Mi-Ja, quelqu’un d’extérieur au “milieu” qui va essayer d’ouvrir ses yeux sur quelque chose de nouveau. Le film possède presque un côté ludique puisque nous expérimentons en même temps qu’elle. Tout comme Mi-Ja grâce à ses cours de poésie, Lee Chang-Dong réussit le tour de force de nous faire voir ses images autrement. Un fruit. Une partie de badminton. Une rivière. L’effet est saisissant lors des derniers plans. L’actrice Yoon Jeong-Hee rayonne tout au long du film, et ses petits yeux d’un noir absolu animés d’une petite lumière dévoilent la noirceur de ce qu’elle vit à l’intérieur. On retrouve également un émouvant Kim Hee-Ra, autre monument de l’histoire du cinéma coréen.
Note : 4/5.
En conclusion, on a eu droit à un joli festival : une programmation japonaise particulièrement variée, des salles bien remplies, des interprètes un peu à côté de leurs pompes, des présentations de film collector (mention à Bastian pour Tetsuo), et au final comme toujours après un festival à force de découvertes et discussions, une watchlist qui s’est bien agrandie.
Reste du compte-rendu : 1ère partie – 2ème partie














