Daum et le manhwa en ligne Ecrit par Pierre le 28.06.09

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog de la parution en France des manhwas de Kang Full (”L’Idiot”, “Timing” ou plus récemment “Chassés-croisés”) et Kang Doha (”Catsby”, “Romance Killer”). Quel est le point commun entre ces deux artistes coréens mis à part leur nom de famille ? Tous les deux publient leurs oeuvres sur Internet, sur le portail Daum.net.

Ils font ainsi partie d’un véritable vivier d’auteurs publiant à intervalle régulier (chaque semaine environ) leurs planches sur Daum, celles-ci étant consultables gratuitement et sans limitation de durée par les lecteurs. Une initiative qui dure depuis 2003, où l’on trouvait déjà Kang Full qui publiait “순정만화” (”Chassés-croisés”) et remportait un grand succès. Aujourd’hui, ce sont pas moins de 57 auteurs qui ont été publiés sur ce portail, pour une centaine d’oeuvres. Et chaque semaine, une cinquantaine de nouvelles planches sont mises à disposition de lecteurs avides de découvrir la suite de leurs manhwas préférés (et qui n’hésitent pas à se plaindre dans les commentaires si l’auteur est en retard !).

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Le succès de ce média en ligne est impressionnant : selon les chiffres de Daum, les seules planches de Kang Full ont déclenché entre 2003 et 2008 plus de 300 millions de pages vues et 400 000 commentaires (source). A tel point que lors des épisodes finaux de ses dernières séries, des serveurs supplémentaires ont du être installés afin de répondre à la demande.
On trouve parmi la multitude d’auteurs une grande variété de styles et de tons, avec des dessins tantôt proches des mangas japonais, tantôt beaucoup plus personnels, de l’humour, de l’action, de la science-fiction… il y en a pour tous les goûts.

Bien sûr, pour pouvoir en profiter il faudra d’abord comprendre le coréen, mais je trouve qu’il s’agit là d’un format particulièrement motivant et intéressant pour étudier la langue : textes assez courts, vocabulaire de tous les jours, dessins pour aider à la compréhension…
Parmi toutes les oeuvres disponibles, je vous conseille la première série publiée par Kang Doha (ainsi que l’ensemble de son oeuvre, magnifique), ou pourquoi pas suivre la nouvelle série de Kang Full, intitulée “Again”, qui vient débuter le 22 juin dernier (il est aussi l’auteur d’un drame politique prenant place pendant les révoltes étudiantes de 1980). Et vous pourrez découvrir plein d’autres choses sur cette page regroupant l’intégralité des publications triées par auteur (on y trouve même le “vétéran” Kim Dong-Hwa, publié en France lui aussi).

Bonne découverte ! :D

Cinéma coréen et ramyeon Ecrit par Hyewon le 23.06.09

Après le soju, c’est reparti pour l’exploration d’un thème à travers le cinéma coréen. Au menu du jour, le ramyeon, par Hyewon.

Un des produits qui se vend le mieux pendant la crise est le ramyeon. Connu sous son nom japonais “ramen”, ou tout simplement “nouilles instantanées” en français, ce plat est très populaire en Corée (un coréen mange en moyenne 75 bols de ramyeon par an). De ce fait, nous pouvons trouver facilement une quantité de scènes avec des ramyeons dans le cinéma coréen.

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L’apparition de ce plat peut parfois servir d’intrigue à un film. C’est le cas dans “One Fine Spring Day” (Hur Jin-Ho, 2001), dans lequel le rôle des ramyeons est très important. On voit ce plat assez fréquemment et c’est même grâce à lui que les deux héros se rapprochent. Si on en revient à notre sujet… oui, on peut manger le ramyeon comme ça, cru et tout sec, pour aller plus vite.

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Ce plat est le must pour les gens qui travaillent tard. Ils n’utilisent pas de casserole mais une bouilloire et versent l’eau directement dans l’emballage. Ensuite, ils mangent sur le bureau ou devant un ordinateur juste avec des baguettes. Ils n’ont pas besoin de cuillère pour boire la soupe. Pour eux, le temps c’est de l’argent. :)

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La rasion pour laquelle le ramyeon est populaire est son prix. Ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent peuvent manger des ramyeons dans la multitude de supérettes ouvertes 24h sur 24 (tiens, ça peut être un thème intéressant…). Du kimchi ou du radis confit sont disponibles comme accompagnement.

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Le ramyeon est également un plat solitaire. Dans “Marathon” (Jeong Yun-Cheol, 2005), la mère du héros mange toute seule des ramyeons avec du kimchi dans la cuisine sombre alors qu’elle sert du riz blanc chaud avec des accompagnements variés à son fils. En effet, beaucoup d’ajumas mangent des ramyeons pour déjeuner quand elles sont toutes seules chez elles. Comme les enfants sont à l’école et le mari au travail, elles ne mangent pas de déjeuner luxueux. Un bol du ramyeon et du kimchi suffisent…

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Mais notons que le ramyeon n’est pas très bon pour la santé. Il ne faut pas en manger trop souvent. ;) Et ouais, c’est un peu comme manger au fast-food.

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Bon appétit ! :P

Tetsuo & Tetsuo II – de Shinya Tsukamoto (1988, 1992) Ecrit par Pierre le 18.06.09

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Dans la série “je rattrape mon retard abyssal en cinéma japonais”, après Shunji Iwai (très bien et carrément génial), j’ai commencé à m’intéresser à la filmographie de Shinya Tsukamoto. Quoi de mieux pour commencer par ses deux films peut-être les plus emblématiques, en tout cas ceux qui l’ont révélé : “Tetsuo: The Iron Man” et son pseudo-remake “Tetsuo II: Body Hammer”.

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Commençons par le premier : quel choc ! L’histoire est somme toute assez simple : un petit employé tout ce qu’il y a de plus normal assiste peu à peu à sa métamorphose en un être fait de métal. On retrouve là un thème proche des films de Cronenberg, “Tetsuo” rappelant notamment le cultissime “La Mouche” (quelques scènes sont d’ailleurs similaires, lorsque le personnage observe sa mutation progressive devant son miroir, ou encore l’oreille qui tombe). Mais c’est bien sur la forme que le film de Tsukamoto se distingue, constituant une véritable expérience viscérale, un objet psychédélique fascinant.

Dès les premiers instants, au son de percussions métalliques, la caméra déambule au milieu d’objets acérés, parcourt la ferraille, s’attarde sur les câbles, et découvre un homme au milieu de ce capharnaüm. Tout est suintant, presque organique, et la vision de cet homme, comme prêt à être avalé par tout ce métal qui l’entoure, annonce en quelque sorte ce qui va suivre (et cette fois c’est de l’intérieur que le personnage sera attaqué). Cette fascination, presque une attirance, pour les machines est présente tout au long du métrage, donnant parfois lieu à des séquences hallucinantes, comme lorsque le personnage incarné par Tsukamoto en personne est victime d’un accident de voiture : au moment de l’impact, le temps se fige et la caméra semble “caresser” la tôle, effleure les phares de manière presque sensuelle…

Le montage est hyper saccadé, quasi épileptique par instants (certaines séquences de “transformation” tendant même vers l’abstrait), et procure une atmosphère unique, aussi captivante qu’étouffante. Ce délire d’images foisonnantes, même s’il semble peut-être un peu moins maitrisé à la fin du film, lors du combat entre les deux personnages, produit un impact foudroyant, dont l’effet est accentué par le noir et blanc. Le travail sur le son est lui-aussi extraordinaire, et pour beaucoup dans l’ambiance qui se dégage du film, permettant par exemple à une fourchette d’être le connecteur insolite d’une relation sexuelle d’anthologie. Car “Tetsuo” n’est pas qu’un obscur objet expérimental, il comporte beaucoup d’humour, et son scénario ayant beau être simple, il bénéficie d’une narration intelligente qui permet aux éléments de s’emboiter à merveille.

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Le second opus n’est ni une suite ni vraiment un remake, il s’agit plutôt d’une nouvelle variation sur le même thème, réalisée avec les mêmes acteurs principaux (en particulier Tomoro Taguchi, qui est peut-être encore plus impressionnant dans celui-là) et en couleurs. Cette mise en couleurs associée à une musique parfois kitsch fait perdre au film ce côté intemporel, cet impact visuel qui faisait la force du premier. Pourtant, même s’il m’a paru légèrement en-dessous (il faut dire qu’on part de haut), il n’en reste pas moins extraordinaire.

Tsukamoto va plus loin dans son imagination d’un univers malade. Il explore plus profondément des thèmes évoqués dans le premier film : le changement physique avec ces scènes de musculation inquiétantes visant à pousser le corps humain dans ses derniers retranchements pour le rendre plus puissant, mais aussi les armes à feu, qui comme un prolongement de ce dépassement de soi, viennent à pousser directement sur les bras des personnages (dans la famille Cronenberg, “Tetsuo II” se rapproche lui beaucoup plus de “Videodrome”). C’est aussi l’occasion pour lui de faire durer certains plans plus longtemps, de filmer parfois de manière plus posée et maîtrisée, tout en parvenant à garder le même impact émotionnel.

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Voila, je me suis donc pris une magistrale double-baffe, et j’en suis très content. Vite, la suite ! :D

[Un Certain Regard] Air Doll – de Hirokazu Koreeda (2009) Ecrit par Pierre le 15.06.09

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Suite et fin des films du festival de Cannes vus à Paris les semaines dernières avec “Air Doll”, sûrement le meilleur d’entre eux. Au passage, je n’ai pas évoqué quelques films sur le blog, comme “Independencia” de Raya Martin ou “Karaoke” de Chris Chong, qui m’ont paru totalement hermétiques (voire soporifiques). De même pour le très attendu “Mother” de Bong Joon-Ho, qui même si je l’ai apprécié ne me semble pas au niveau de ses précédents, et dont le sommet réside dans une scène de fin géniale que je ne voudrais pas spoiler.
Avant de commencer à parler du film, je me dois d’ajouter qu’étant sérieusement atteint de doonamania depuis déjà quelques années, mon objectivité est très sérieusement mise en cause ! Et même si je suis convaincu que “Air Doll” est un excellent film bien au-delà de la présence de Bae Doona, je ne peux pas non plus l’imaginer avec quelqu’un d’autre à sa place.

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Car “Air Doll” pour le fanboy de Bae Doona, c’est le fantasme absolu, le film qui exploite sûrement le mieux son caractère unique. A l’exception de courtes séquences récurrentes s’attardant sur la galerie d’êtres gravitant autour de son personnage de poupée gonflable, elle est omniprésente à l’écran. C’est comme si l’on vivait le film à travers ses yeux. Par sa démarche, ses mouvements, sa bouille et ses grands yeux écarquillés, elle fait en sorte que jamais l’on ne pose la question de savoir si la situation est crédible ou non, elle est la poupée. Je n’épiloguerai pas sur la grâce avec laquelle celle-ci déambule dans les rues en habillée en maid affublée d’un petit sac en forme de pomme : Doona est doonesque et c’est fantastique, point.

Mais ce n’est pas tout : en choisissant de donner vie à l’écran à ce Pinocchio des temps modernes, Koreeda signe un film aérien, beau et lumineux. A l’image de ces longs et doux travellings horizontaux, presque flottants, le film prend son temps et parvient à nous transmettre d’abord l’émerveillement qui déborde de son personnage, puis le doute face à un monde extérieur bien complexe. Les quelques effets spéciaux sont très discrets, amenés de manière simple et naturelle : ainsi la “naissance” de l’être inanimé revêt une émotion pure au simple son du crissement du plastique accompagnant ses premiers mouvements. Et lorsque la question de l’amour et du plaisir que peut éprouver cette poupée est brillamment évoquée, on assiste à un moment de cinéma à couper le souffle, à la fois poétique et absurde, étrange et inoubliable.

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Hirokazu Koreeda signe avec “Air Doll” une fable lunaire qui pourra rebuter par son côté naïf, mais qui enchante pour peu qu’on se laisse embarquer. Et vous avez bien compris ô combien je l’ai été :D

[Quinzaine des Réalisateurs] Like You Know It All – de Hong Sang-Soo (2009) Ecrit par Pierre le 09.06.09

Suite de la reprise cannoise avec le dernier film de Hong Sang-Soo, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs : “Like you know it all” (aka “You don’t even know” aka “Si tu savais tout”). Je suis allé voir ce film un peu à reculons, un peu fatigué face à un réalisateur peinant cruellement à se renouveler film après film (qu’il enchaine pourtant à bon rythme). Enthousiasmé par les premiers films que j’ai pu voir (”La femme est l’avenir de l’homme” et dans une moindre mesure “La vierge mise à nu par ses prétendants”), la vision de chacun de ses autres films ne fut que déception, et surtout l’impression de voir et revoir le même film, en moins inspiré. Mais un masochisme certain ainsi que la perspective d’un synopsis semblant mêler à l’extrême tous les éléments “incontournables” de son cinéma (de l’alcool, du sexe et des artistes loosers) m’ont tout de même motivé.

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Voyez plutôt : Ni riche, ni célèbre, Ku Kyung-nam a la réputation d’être un réalisateur de films d’auteur. Alors qu’il est membre du jury d’un festival d’une petite ville, il tombe nez à nez avec un de ses vieux amis, Bu. Après quelques verres, Ku est entraîné chez Bu où il fait la connaissance de sa femme qui prétend connaître tous ses films. Le lendemain matin, après une nuit de beuveries, Ku retourne à son hotel où l’attend un message de Bu lui demandant de « ne plus jamais l’approcher ». Mais il n’a aucun souvenir des événements de la nuit…

Ku et Bu… même les noms des personnages respirent le cinéma de Hong Sang-Soo ! Hé bien celui-ci est un sacré animal, car en se nourrissant de tous les clichés et critiques à son encontre, il a réussi à donner une saveur toute particulière à ce film et à me le faire apprécier. A travers le personnage du réalisateur Ku, qui n’est autre que lui-même, Hong Sang-Soo s’amuse à épingler toute la profession dans un festival d’autodérision hilarant : des festivaliers aux critiques de cinéma en passant par les actrices et surtout, lui-même. Le personnage est ainsi constamment mis à mal. On lui fait bien remarquer que d’une part, personne ne va voir ses films, et que d’autre, personne ne les comprend. On lui reproche également d’être un pervers, au vu du contenu de ses films souvent centrés sur le sexe. De sexe il sera bel et bien question dans ce film, mais il restera toujours hors champ, en ellipse, en son ou en rêve. Il est assez étonnant de voir comment, tout en parlant des mêmes thèmes que ses précédents films, avec encore une fois une structure narrative en deux parties bien distinctes, Hong Sang-Soo semble s’en détacher pour mieux se moquer de lui-même.

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Sur la forme, le réalisateur ne se renie pas, au contraire. Comme si l’idée de montage ou de faire bouger sa caméra lui exécrait, le réalisateur s’obstine à garder son point de vue unique lors de chaque scène. Pour cela, il use et abuse des deux seuls effets qu’il semble s’autoriser : rotation de la caméra autour d’un axe vertical, notamment pour cadrer l’un ou l’autre personnage lors des dialogues, et zooms continuels (voire intempestifs) pour recentrer l’attention sur un personnage ou un détail du cadre, le tout bien sûr sans la moindre coupe. Si l’idée de tourner de longs plan-séquences peut donner de belles choses, surtout lorsque les comédiens sont excellents, cet usage de la caméra tout sauf subtil (oh! une chenille, zoomons dessus !) a tendance à franchement agacer tout au long du film, et c’est bien dommage.

J’ai trouvé les acteurs très bons, et mis à part les “habitués” du cinéaste, ce sont surtout quelques seconds rôles qui ont retenu mon attention. D’abord lorsque Ku rend visite à son ami de jeunesse, qui lui présente sa femme. Ceci donne lieu à une longue séquence décalée et géniale, où l’actrice Jeong Yumi (déjà vue dans “Family Ties”) livre une prestation complètement allumée. On retrouve également dans un petit rôle hilarant Ha Jeong-Woo (”The Chaser“, “My Dear Enemy“) en voisin méticuleux capable d’être ému aux larmes… une nouvelle facette de cet acteur décidément épatant.

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Le personnage de Ku déclare à un moment son profond désir de faire des films qui seraient vu par beaucoup de spectateurs. Signe d’un changement à venir ? En tout cas, pour sa fantaisie et sa dérision, ce film fait partie pour moi du haut du panier dans la filmographie de Hong Sang-Soo.