FFCF 2009 #2: Courts-métrages 2 Ecrit par Pierre le 08.11.09
Vous pouvez retrouver au jour le jour mes articles, mais aussi et surtout ceux d’autres bloggeurs (plus réguliers et productifs que moi !) sur le “Daily Blog” officiel du festival.
Retour sur la première séance de courts-métrages diffusés lors du FFCF 2009. Comme toujours avec ce genre de sélection : il y a du bon et du moins bon, mais globalement cela reste toujours agréable de découvrir des genres, des personnalités, des univers bien différents.
Unfamiliar Dreams – de Kim Ji-Gon (2008)
Ce premier court est une succession de longs, très longs plans fixes au sein d’un vieux cinéma. Au fond, on aperçoit le vieux projectionniste qui regarde la télévision, et toutes ces images et ces sons se mélangent pour former une ambiance particulière. Que dire de plus si ce n’est que le film se révèle très aride et avare envers le spectateur qui n’aura pas grand chose à se mettre sous la dent pendant ces plans interminables. C’est parfois intrigant, mais trop souvent l’ennui prend le dessus. Pour vous donner une idée, le film ressemble un peu à “24 City” de Jia Zhang-Ke mais sans les personnages qui racontent leurs histoires. Il y a un public pour ce genre de film, personnellement j’ai du mal. Heureusement ça reste un court.

Dust Kid – de Jung Yumi (2009)
Très joli petit film d’animation que ce second court-métrage. Une femme se lève et entreprend de nettoyer son appartement. Elle ne cesse de tomber sur des “enfants-poussières”, petites miniatures d’elle-même qui aiment se cacher un peu partout. Les “décors” sont graphiquement très réussis, tout comme le traitement sonore qui donne vie à chaque mouvement. J’ai bien aimé l’animation avec peu d’images par seconde, elle donne un aspect direct, presque enfantin aux personnages. Un bel instant poétique.
Balcon à part – de Gwak Mi-Sung (2008)
Un jeune coréen à Paris galère pour obtenir un titre de séjour et doit faire face à une invasion de pigeons. Au delà de ses bonnes intentions (métaphore du pigeon pour représenter l’immigré), le court se révèle plombé par son pauvre jeu d’acteurs et une diction monocorde insupportable. Il n’y a aucun ton dans ce qui sort de la bouche de l’acteur principal (si vous croisez Xavier, il en fait une imitation fantastique), ce qui pose un vrai problème puisque tous les dialogues paraissent complètement faux et écrits. Il n’y a qu’à la fin, lorsque les deux personnages se livrent à une joute théâtrale en vers, que cette diction est moins gênante. C’est dommage car on trouve quelques bonnes idées, quelques plans chouettes bien aidés par la musique, et l’on pourra se révéler indulgent puisqu’il s’agit d’un premier court-métrage.
Untitled – de Bak Junyeong (2007)
Le film s’appelle “Sans titre”, il aurait aussi pu s’appeler “Sans contenu”, tellement il est vide de toute ambition. Un écrivain va faire photocopier son manuscrit, puis revient le chercher le soir venu, c’est à peu près tout. On peut critiquer les autres courts, mais au moins ceux-ci possèdent une démarche, quelque chose à exprimer qui m’a paru totalement inexistant ici.

Suicidal Variations – de Kim Gok et Kim Sun (2007)
LA claque de cette mini-sélection (et de ce début de festival). Film qui sera au moins autant détesté qu’apprécié, “Suicidal Variations” met en scène et en noir et blanc le suicide d’une femme effrayée par une mystérieuse boite. Sous sa forme, le film se révèle totalement expérimental et hallucinant, comme si tel un DJ frénétique le réalisateur avait “mixé” son film. Effet stroboscopique, montage ultra-découpé, profusions d’images à la limite de l’abstrait pour une immersion totale dans la folie et l’angoisse de cette femme. J’ai cru à un moment que j’allais y perdre la vue mais le film m’a fait l’effet d’un Grand 8 dans un parc d’attraction : la tête en arrière collée au siège, les yeux plissés et le souffle coupé, avec un sentiment particulièrement jouissif. Je suis vraiment content d’avoir pu découvrir ce film radical en salles et d’avoir ainsi pu en ressentir l’effet maximum. A déconseiller (sérieusement !) aux épileptiques.
Comme avec Beetles l’an dernier, c’est toujours génial de pouvoir donner ses impressions en fin de projection, d’en rigoler, et de retrouver par la même occasion un second souffle pour le film suivant. Au fait, je suis sorti de “M” complètement abattu…dans le mauvais sens du terme.
Je lirai l’article après avoir vu les films, mais je confirme que le pauvre Xavier avait l’air tout retourné à la sortie de M. C’est beau, les émotions du cinéma.
@Xavier: je t’avais prévenu pour M
Au sujet de Suicidal Variations (en effet le plus intéressant, à défaut d’être le plus réussi), ce qui m’a le plus étonné est son obsession, alors qu’il s’agit d’un film en numérique, de coller à une certaine idée du cinéma expérimental en pellicule. En particulier dans le traitement sonore (tu sais, les “pop pop pop”, bruits qu’on fait en perforant la bande).
Le problème c’est que ça ressemble un peu beaucoup à du Tscherkassky (sans l’aspect “réutilisation”), sans arriver à la cheville du modèle (du coup tu me feras penser à te filer sa trilogie cinémascope).
@Epikt: j’accepte avec joie toutes tes références occultes (ou alors c’est moi, l’inculte), même si l’impact serait sans doute décuplé en voyant ces films en salles. D’ailleurs je suis bien content de ne pas l’avoir vu avant sur mon écran de PC ce “Suicidal Variations”.
Il n’y a pas eu grand chose à se mettre sous la dent avec cette programation de cm. J’ai noté Dust Kid comme film intéressant après… j’ai trouvé affligeant Untitled, pas trop convaincu par le reste. Suicidal Variations n’a rien d’original, j’ai l’impression de voir un patchwork de ce qui se fait dans la vidéo d’art&essai, un amas d’idée prise à droite et gauche dont ils font une compile les deux auteurs, peut-être que je me trompe mais j’ai trouvé cela prétentieux. Après je n’enlève pas le fait que mes rétines se soient décollées un moment donné…
@I.D.: on est au moins d’accord sur “Untitled”
(mais sinon ça me fait du bien de me faire décoller la rétine de temps en temps)
PS: je vois que Xavier a profité de mon absence dimanche pour vous reconnaitre dans la foule, le fourbe…
Tscherkassky c’est le bien! (post utile de la journée)
Oui Xavier a réussi à nous démasquer, mais il n’y avait pas foule, ceci explique cela