La Servante – de Kim Ki-Young (1960) Ecrit par Pierre le 23.12.09
Un peu de cinéma vintage pour terminer l’année en beauté (j’allais pas finir sur Chaw quand même…). Et pas n’importe quel film, puisqu’il s’agit tout simplement du meilleur film coréen des années 60-70 que j’ai eu l’occasion de voir pour le moment, même si je suis encore très loin d’avoir fait le tour.

Un professeur de musique et sa femme enceinte emménagent avec leurs deux enfants dans une nouvelle maison. Ils décident alors d’engager une servante. Lorsque celle-ci couche avec le mari, l’équilibre qui régnait dans la famille se dérègle complètement…
Tout d’abord, “La Servante” (aka “The Housemaid” aka “Hanyo”) est un vrai bijou de mise en scène, ce qui est plutôt rare si l’on considère la plupart des films coréens de l’époque à la réalisation très “sobre”, uniforme et sans audace. Loin de cette neutralité, Kim Ki-Young utilise un décor soigneusement élaboré pour mettre en scène cette famille déchirée sombrant dans le folie. Dans ce huis-clos que constitue la maison, il utilise l’espace à merveille, notamment la profondeur de champ : multiplication de portes qui s’ouvrent et “élargissent” le cadre, travellings sur le balcon pour glisser silencieusement d’un lieu intime (la chambre de la servante) à l’autre (la salle de piano)… Les personnages semblent prisonniers de cet espace comme ils semblent prisonniers de leur situation (un peu comme l’écureuil en cage que le père offre à sa fille). On sent un travail minutieux ou chaque élément a son importance pour permettre l’instauration d’un climat d’une rare intensité. Pour embellir le tout, l’image dans cette version restaurée est magnifique (mis à part quelques rares passages qui devaient être impossible à récupérer) et tout l’espace intérieur est remarquablement éclairé.
Si la forme est remarquable, le fond n’est pas en reste puisque le film propose une histoire peu commune. Dès le début, le générique s’affiche sur une musique de film d’horreur en montrant deux enfants s’acharnant à réaliser les nœuds les plus tordus possibles avec une corde, totalement à l’image du drame inextricable qui va toucher la famille. Une situation en apparence anodine mais impossible à révéler au grand jour de la société confucianiste, ce qui va causer sa destruction de l’intérieur. Les éléments menaçants se multiplient (rats, escaliers grinçants, omniprésence presque menaçante du piano) à mesure que les personnages se déchirent, jusqu’à un final très réussi. La servante en question est un personnage formidablement ambigu, celle qui va occasionner la chute de la famille sans finalement avoir beaucoup de choses à se reprocher. Elle est jouée par une actrice étonnante (qui je crois n’a pratiquement rien fait d’autre), dotée d’une présence inouïe, presque animale, attirante et vénéneuse. L’acteur Kim Jin-Gyu (un habitué de Shin Sang-Ok) est parfait également, et l’on notera la présence du tout jeune Ahn Sung-Ki dans le rôle du fils (le début d’une carrière qui dure encore !).

“La Servante” est un film résolument moderne, ambitieux et parfaitement maitrisé. Un vrai chef d’œuvre accessible à tous simplement et gratuitement, il serait dommage de s’en passer ! A noter qu’un remake est en ce moment sur les rails : il sera réalisé par Im Sang-Soo avec Jeon Do-Yeon dans le rôle titre (la situation sera un peu inversée puisqu’au lieu d’une jeune femme débarquant dans une famille, ce sera une femme plus âgée débarquant chez un jeune couple). Il sera intéressant de voir ce qu’un réalisateur comme Im va faire de ce classique. Et pour l’anecdote, de nombreux réalisateurs d’aujourd’hui comme Kim Ki-Duk ou Park Chan-Wook citent ce film comme influence majeure, ce qui se vérifie avec ce plan qui vous dit peut-être quelque chose…

[...] : La Servante de Kim Ki-Young (1960) ; je ne puis ajouter qu’une photo [...]
Très bon film et très bonne critique de surcroît. Tu rends hommage à cette oeuvre magnifique.
Par contre, je ne savais pas qu’un remake d’Im Sang-soo était en préparation. Bonne nouvelle. En effet, je suis impatient de voir ce qu’un cinéaste comme lui va faire d’une histoire comme celle-ci.
Effectivement, le dernier plan fait penser sans aucun doute à Thirst.J’irais surement voir The Servent d’ici peu en tout cas, surtout lorsqu’il est proposé gratuitement par TheAuteurs, c’est toujours une bonne chose de pouvoir regarder un film légalement, en bonne qualité et surtout intéressant.Merci