Compte-rendu Deauville 2009 – Compétition Ecrit par Pierre le 16.03.09

Première partie du compte-rendu du festival du film asiatique de Deauville cuvée 2009 avec la compétition officielle. Une sélection pas folichonne au départ qui s’est tout de même révélée intéressante grâce aux derniers films projetés. Je traite ici les films par ordre de vision (une manière de garder le meilleur pour la fin).

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CHANT DES MERS DU SUD
Que dire de ce film kirghize sinon qu’il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là. Pour tout dire, j’ai quand même réussi à m’endormir alors qu’il s’agissait du premier film que j’ai vu en arrivant à Deauville (dans un état de fatigue incomparable avec celui de fin de festival). Ceci m’a d’ailleurs permis d’apprécier différemment un moment du film, puisque lorsque j’ai rouvert les yeux ce fut pour découvrir le personnage principal complètement nu, l’air apeuré, en train de conduire une moto. Je ne saurai donc jamais comment il s’est retrouvé dans cette situation, ce qui n’est pas pour déplaire à mon imagination. C’est parfois drôle, pas trop mal filmé, mais manque sérieusement de pep’s et peine à dépasser le stade de la petite chronique familiale folklorique.

NAKED OF DEFENSES
Petit film japonais complètement fauché, Naked of Defenses est plein de bonnes intentions mais souffre d’une réalisation vraiment pas à la hauteur. Certaines scènes sont même à la limite de l’amateurisme (l’accident de voiture apparaissant en flash-back, et que dire du son mal étalonné) et anéantissent malheureusement les émotions que le film aurait pu procurer. Pourtant celui-ci n’est pas exempt de bonnes idées et contient quelques jolis moments de cinéma quand il sort de sa monotonie, notamment lorsque les deux femmes se lient d’amitié. Avec son final assez improbable et devant une telle sincérité, presque naïve, on finirait presque par s’attacher au film.

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BREATHLESS
“Breathless” est un film énervant. On y suit les traces de Sang-Hoon, un homme violent passant son temps à mettre des coups (c’est même son métier), allumer et jeter des cigarettes avec style ou encore proférer des bordées de jurons. Lors d’une scène mémorable, un crachat anodin finit sa chute sur la cravate d’une lycéenne déboulant dans le champ, une jeune fille avec laquelle il va se lier (non sans un rude échange d’amabilités). Le ton est très vif, relevé, et la vitalité du film m’a beaucoup plu dans sa première partie… jusqu’à ce que la dernière demi-heure vienne tout gâcher. Le film aurait d’ailleurs très bien pu s’achever au bout d’une heure et demie sur une très belle scène dans laquelle les deux protagonistes arrivent enfin à dévoiler leur fragilité derrière le masque de violence ordinaire qui caractérise leur quotidien. Mais non, au lieu de ça le film tire en longueur en s’inventant un final larmoyant et interminable à l’aide de symboles bien lourdauds. Visiblement cet ultime gâchis n’a pas dérangé le jury qui lui a décerné le Lotus d’Or, de mon côté je trouve ça assez rageant.

TRIVIAL MATTERS
Le grand sourire de cette sélection, une série de 7 court-métrages réalisés par Pang Ho-Cheung avec comme point commun les petits tracas de notre existence en mode comique. Les 3 premiers sont tout simplement irrésistibles. “Vis Major” s’amuse des différences de perception au sein d’un couple lors de l’acte sexuel, avec un mode de narration particulièrement drôle et bien pensé. Le second, “Civism”, est une tirade absolument délirante d’un Edison Chen bourré dans un club vantant le fait qu’il est un bon citoyen (je ne dis pas pourquoi, histoire de ne pas vous gâcher le plaisir), à grands renforts de citations improbables (Spiderman !). Enfin, le troisième, “It’s a Festival today” nous apprend comment célébrer comme il se doit chaque jour du calendrier (en particulier la fête de l’aspirateur et le jour de la giclée thaï !). Et même si les suivants ne sont pas aussi drôles (le numéro 5 est même très mélancolique et contraste fortement avec le reste), ce “Trivial Matters” fait un bien fou.

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L’ENFANT DE KABOUL
Je suis allé voir ce film à reculons, faute d’un meilleur choix (ayant déjà vu deux fois “The Chaser” qui passait dans l’autre salle), craignant d’avoir affaire à une carte postale pleine de gros sentiments. Malgré tout, j’espérais me tromper et être agréablement surpris mais… non. Du point de vue cinématographique, ce film représente vraiment le néant : pas d’idées, pas de rythme, rien. L’ovation frénétique réservée à la fin du film par le troisième âge deauvillois m’a fait craindre un instant de voir le film récompensé, il n’en fut heureusement rien.

CLAUSTROPHOBIA
Ce film reprend un peu le principe d’un “5×2″ de Ozon en déconstruisant la relation d’un couple à coup de flashbacks successifs. Avec un titre pareil, je m’attendais plutôt à un polar bien angoissant (peut-être à cause d’Insomnia ?), et l’ambiance très pesante de la première scène laissait à penser que quelque chose allait dégénérer, alors qu’il n’en est finalement rien. Du coup, à force d’attendre un improbable ressort scénaristique, j’ai eu la désagréable impression que le film tournait à vide. Méticuleusement réalisé, celui-ci s’acharne à construire une tension permanente à coups de lieux confinés : voiture, ascenseur, aquarium, toit, on a même droit à une très intéressante sensation de “claustrophobie auditive” lorsque les personnages se voient infliger un bref spot publicitaire tournant en boucle sur une télévision pendant un bon quart d’heure (malheureusement gâchée par une erreur de script, la télé apparaissant très visiblement éteinte en arrière-plan en plein milieu de la scène). Mais cette tension ne mène strictement à rien, tellement la progression des personnages laisse indifférent.

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MEMBERS OF THE FUNERAL
Voilà un film complètement bizarroïde dont je ne sais trop quoi penser. Il souffre principalement d’un scénario beaucoup trop alambiqué, se trouvant sans doute très intelligent mais abandonnant complètement le spectateur en chemin. C’est dommage, car quelques passages sont des merveilles d’humour noir voire de poésie macabre, et le film recèle quelques bonnes idées barges. Il faudra à mon avis garder un oeil sur le réalisateur de ce premier film, même si pour celui-ci il échoue en chemin.

THE SHAFT
Avec ce film décrivant le quotidien d’une famille de mineurs dans la campagne chinoise, on pouvait s’attendre à une avalanche de misérabilisme. La première partie du film s’inscrit d’ailleurs plutôt dans cette veine, en se concentrant de manière assez morose sur le mal-être de la fille qui souhaite à tout prix quitter cette ville minière, s’achevant sur un plan particulièrement lourd représentant ses chaussures rouges flottant sur l’eau, sur un air de flûte bien cliché. Cependant, le film enchaine ensuite sur le fils et devient tout à coup beaucoup plus réussi, celui-ci cherchant à s’en sortir, même maladroitement. La réalisation semble s’alléger peu à peu avec le temps, et la dernière partie consacrée au père se transforme presque en message d’espoir, le mine omniprésente du début s’éloignant de la vie des personnages. On peut certes regretter l’absence de fantaisie (il y avait pourtant des occasions, notamment lorsque le vieux père se rend au cybercafé), mais ce “The Shaft” a réussi à me capter progressivement, presque à mon insu, pour devenir carrément poignant sur la fin.

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ALL AROUND US
LA grande révélation de ce festival, qui a mis beaucoup de temps à arriver (dimanche matin !) mais qui fait presque oublier d’un coup tous les mauvais films. “All around us” suit sur plusieurs années différents moments de la vie d’un couple de trentenaires japonais particulièrement attachants, filmé en longs plan-séquences laissant la part belle aux comédiens (vraiment excellents). Les situations de vie quotidienne et les dialogues sonnent très justes, que ce soit dans les badinages amoureux (avec un humour omniprésent, grand point fort du film) ou les moments les plus difficiles. Le summum est pour moi atteint lors d’une scène où, alors que tout va mal, les deux personnages se mettent à se parler, lâchent enfin tout ce qu’ils ont sur le coeur, entre pleurs et rires. Le plan séquence se trouve là parfaitement justifié, et allié à la qualité de l’interprétation, génère une scène sublime et incroyablement émouvante. Le film est long (2h20), mais chacune des dernières scènes étant plus réussie que la précédente, “All around us” passe tout seul et constitue une vraie délivrance. Ouf !

Rendez-vous d’ici peu pour le compte-rendu de la compétition Action Asia puis le Panorama et enfin un petit bilan ;)

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Un commentaire pour “Compte-rendu Deauville 2009 – Compétition”

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