Premières fois #3: Road Movie – de Kim In-Sik (2002) Ecrit par Pierre le 12.04.09
Je continue les découvertes de premiers films avec le premier film de Kim In-Sik, “Road Movie”, datant de 2002 et dont j’avais entendu plutôt du bien au détour d’une conversation deauvilloise sur l’homosexualité masculine dans le cinéma coréen. Il faut dire que ce thème est généralement assez peu et souvent mal abordé, même si cela est peut-être en train de changer (voir cet article). Ainsi dans “Bungee”, si un professeur tombe amoureux d’un de ses élèves, c’est uniquement parce qu’il est persuadé qu’il s’agit de la réincarnation de sa fiancée disparue, ou encore dans “Le Roi et le Clown”, l’attirance du roi pour un androgyne n’est vue que comme une facette de sa folie dégénérée.
Au contraire, dans “Road Movie”, le sujet de l’homosexualité est traité d’une manière franche et directe, sans “excuses scénaristiques”, et avec beaucoup de justesse. S’il met en scène un personnage homosexuel, c’est avant tout l’être humain qui est considéré, un être humain qui a des sentiments, qui souffre ou qui aime comme les autres. Celui-ci est en plus interprété avec brio par Hwang Jeong-Min, un acteur souvent cantonné aux rôles de brave type dans un corps trop grand pour lui. Ici, il semble pour une fois ne pas se retenir, assumer sa stature et ainsi dégager une présence animale, mêlant à la fois force et douceur. Je ne l’avais jamais vu comme ça et c’est de loin son rôle le plus intéressant.
Pour en revenir au film en lui-même, celui-ci démarre dans une ambiance très glauque, dans les bas-fonds de Seoul, avec une vision quasi-documentaire du quotidien d’un groupe de SDF. Un univers que l’un des SDF, accompagné d’un trader ruiné et suicidaire, décide de quitter pour partir à la campagne, où il feront connaissance d’une prostituée aussi paumée qu’eux.
Le film est assez décousu, enchainant les scènes plutôt sombres et pessimistes avec des scènes totalement surréalistes et réjouissantes : l’attaque d’un caddie par des motos, un striptease dans un “room salon”, ou encore la poursuite infernale engagée par le personnage féminin refusant de se séparer des 2 autres. On y retrouve avec plaisir cette vitalité foutraque de films comme “Tears” (Epikt citerait “Bad Movie” de Jang Seon-Woo à ma place). Les scènes plus sombres peuvent aussi parfois être très belles, chacun essayant avec un désespoir presque touchant de lutter contre la fatalité, d’essayer de changer sa “route”, mais aussi celle des autres en dépit d’obstacles insurmontables. Et si la deuxième partie n’échappe pas aux longueurs, le final très réussi se charge de les faire oublier pour faire de ce “Road Movie” une vraie réussite.
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A lire, au sujet de Road Movie, une interview de Kim In-Sik [eng] (y a du spoiler, à votre discretion donc, mais c’est intéressant).
C’est un réalisateur que j’apprécie beaucoup, selon moi dans le haut du panier des nouveaux réalisateurs coréens – même si après seulement deux films c’est délicat de dire si ça va durer. Road Movie est très bien et (dans un tout autre genre) Hypnotized est encore mieux.
A ma connaissance il n’a malheureusement aucun projet en cours.
Sinon, au sujet des films coréens récents montrant des personnages homos, pour en avoir vu un certain nombre, il n’y a rien à sauver. Ou je suis passé à coté de quelque chose.
Min Kyu-Dong (après Her Story et Memento Mori) persiste dans les histoires de gays et lesbiennes mais en laissant sa finesse au placard (Antique c’est bien rigolo, mais voilà quoi, faut être bon public). Je parle même pas des romances cripto-gays genre King and the Clown ou Miindo où il faut qu’on me dise “c’est gay” pour que je m’en rende compte. Et malgré tout ce qu’on peut entendre ici et là, No regret est un très mauvais film.
Dans ce contexte morose, Road Movie doit être un des seuls à cumuler regard pertinent et sans détour sur l’amour homosexuel et bon film. (à s’être vautré au box-office et à être ignoré de ceux qui parle de l’homosexualité dans le cinéma coréen aussi)
PS : non non, cette fois Tears ça colle mieux (à cause des plans de voies rapides en moto ?)
PPS : tiens, c’est pas dans Flower Island qu’il y a une troupe de musiciens gays ? (ils prennent les trois nanas en stop)(j’espère que je confonds pas)
C’était pas mal, mais un peu trop caricatural grande folle à mon goût.
@Epikt: Oui pour Tears, avec aussi peut-être les plans de plage. Et tu as raison pour Flower Island, le musicien gay est un peu horripilant à force de parler, mais quand l’autre chante et qu’il se tait enfin, ça devient très fort.
Et merci pour l’interview ! En espérant qu’on ait un jour de ses nouvelles…
Au passage, Kim In-Shik était aussi réalisateur assistant sur Les partisans du Sud.
Salut Pierre, l’idée est tellement intéressante que j’en ai fait la promotion dans mon dernier podcast, en espérant que cela te soit bénéfique
Bon courage ^^
@Gilles: il était aussi assistant sur “Berlin Report” de Park Kwang-Soo. Ca fait partie de toute une série de films des 80-90s que j’ai très envie de regarder (notamment les filmos de Bae Chang-Ho, Park Kwang-Soo et Jang Seon-Woo), malheureusement les films (surtout les plus anciens) ne sont pas faciles à trouver…
@Maxime Grave: merci pour le coup de projo