Compte-rendu Etrange Festival 2010 Ecrit par Pierre le 18.09.10

Comme promis, petit compte-rendu des films que j’ai vu à l’Etrange Festival. Dommage tout de même que le festival ne propose pas de “pass” donnant accès à toutes les séances et qui m’aurait permis de faire plus de découvertes (mais vu la très forte fréquentation on peut le comprendre).

Le Guerrier Silencieux – Nicolas Winding Refn (2009)
Le festival a commencé pour moi par une grosse claque avec ce film du danois Nicolas Winding Refn que j’avais raté en salles. Le film était choisi et présenté par Alejandro Jodorowsky qui a ainsi pu nous donner un aperçu de sa vision du cinéma contemporain : “La 3D, ces connarrrrrds !”. On se retrouve directement plongé au beau milieu de nulle part en compagnie d’une bande de Vikings mutiques et d’un gamin tout droit sorti d’un clip de Sigur Rós. Et la magie fonctionne instantanément : les images sont saisissantes, les sons nous transpercent, les personnages nous intriguent. Le scénario peut paraître simple et avare de paroles mais pourtant on sent une vraie richesse tout au long du film, des questions qui se posent… Certaines séquences sont à couper le souffle tellement elles allient à merveille les images et les sons (quelle musique) et m’ont personnellement mis dans un état de transe. La sensation provoquée par ce film est difficile à décrire, quasi mystique, donc je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience. Jodorowsky comparait un grand film à un virus : quelque chose qui vous laisse une marque, vous obsède, vous ronge de l’intérieur. Sa définition colle parfaitement à ce Guerrier Silencieux.

No Mercy – Kim Hyeong-jun (2010)
On enchaîne avec un autre film choisi par Jodorowski et que celui-ci décrit comme d’une violence inouïe, comportant une vengeance encore plus terrible que celle d’Old Boy. Au vu du film précédent, on se met à y croire. Malheureusement les espoirs seront un peu déçus. Non que le film soit mauvais : il s’agit d’une histoire assez classique où l’on retrouve un tueur manipulateur, un médecin légiste dont la fille est enlevée par ce dernier et une fliquette plus maline que les autres. Le tout est plutôt bien mené et efficace malgré quelques fautes de goût (les flashbacks…). Quelques séquences rappellent furieusement Old Boy mais sans dégager le même impact. Les acteurs assurent le job, en particulier Ryu Seung-beom qui interprète le tueur avec un certaine douceur. On se met quand même à attendre la fin avec impatience pour découvrir ce qu’a cette vengeance de si horrible, au point qu’on est limite déçu quand elle arrive. Bon d’accord, c’est quand même assez ignoble et dévoilé de façon plutôt intelligente, mais le tout manque quand même un peu de piquant.

The Runaways – Floria Sigismondi (2010)
Je n’aurais pas cru être tenté de voir un film avec Kristen Stewart et Dakota Fanning. Je n’aurais pas cru l’aimer. Et je n’aurais pas cru les trouver formidables mais c’est pourtant le cas. The Runaways suit le parcours de l’éphémère groupe de rock du même nom fondé en 1975 par Joan Jett et Sandy West. La reconstitution des années 70 est particulièrement soignée, des talons géants à paillettes aux coupes de cheveux improbables, avec évidemment une bande-son de rêve… Dakota Fanning promène sa dégaine incroyable et son visage mutique pendant toute la première partie du film. Elle interprète dans une scène géniale une chanson de Bowie (avec le même maquillage !) devant un parterre d’écoliers moqueurs qui lui balancent toutes sortes de détritus, ce qui ne l’empêche pas de rester imperturbable. Mais c’est surtout la mise en scène qui m’a plu, en particulier lors des nombreuses scènes musicales pleines de vie et d’intensité. La réalisatrice qui vient du clip se concentre plus sur les personnages que sur la performance, sur ce qui se joue à l’intérieur d’elles, ce qui au final nous immerge totalement dans l’action. Un mot enfin sur le personnage de Kim Fowley, le producteur du groupe, totalement déjanté et hystérique et dont chaque apparition est un régal, comme par exemple la scène où, dans une caravane miteuse, naquit la chanson “Cherry Bomb”.

Dream Home – Pang Ho-Cheung (2010)
On retourne en Asie du côté de Pang Ho-Cheung, que j’avais découvert avec jubilation dans le très drôle “Trivial Matters”. Cette fois-ci, c’est avec un thriller gore qu’on retrouve le réalisateur qui n’a pas perdu son sens de l’humour. Le film nous comporte deux parties montées en parallèle : dans la première on découvre la sympathique Josie Ho en tueuse redoutable mais un peu dépassée par les évènements, dans la seconde on la retrouve, beaucoup plus sage, en proie aux difficultés liées à la crise du logement. Si cette seconde partie sert à expliquer la première et replacer la tuerie dans un contexte social (les plans de buildings sont presque aussi effrayants que le reste), ça n’est clairement pas la plus intéressante et elle permet surtout de se reposer entre les déferlements de violence qui peuplent le reste du film. Car Pang Ho-Cheung a choisi la méthode bourrin et met en scène les meurtres en ne nous épargnant aucun détail : boyaux déposés sur le sol, gorges sectionnées, martyrisation de femmes enceintes… le tout dans une mise en scène survoltée et pas avare de gros plans. En fait, il est particulièrement amusant de voir cette Madame Tout-le-monde et son visage angélique se muer en une féroce assassine et le spectacle est tel qu’on en redemande à la fin.

Cargo – Ivan Engler et Ralph Etter (2009)
Après l’excellent Moon découvert l’an dernier, on pouvait découvrir cette année un pur film de science-fiction suisse. Dans un futur plus ou moins lointain, la Terre est devenue inhabitable et les humains obligés de vivre dans des petites stations spatiales surpeuplées, dans l’espoir de rejoindre un jour la planète Rhea, véritable paradis. Si l’intrigue n’est pas particulièrement novatrice (elle reprend des schémas très classiques de la science-fiction, et on en devine presque immédiatement l’issue), j’ai trouvé qu’elle était vraiment très bien exploitée ici. Sans vouloir dénigrer l’industrie cinématographique suisse, les effets spéciaux m’ont surpris par leur qualité. Le film maintient un climat oppressant et même s’il est un peu long, on ne s’ennuie pas une seconde.

Rubber – Quentin Dupieux (2010)
La première (et seule) vraie grosse déception de ce festival. Le pitch était pourtant séduisant puisque le film met en scène un pneu télépathe tueur en série ! Les premières scènes maintiennent l’illusion par de très bonnes idées visant à faire paraître le pneu “humain”. Mais cette idée qui aurait pu faire un excellent court-métrage se révèle vite insuffisante, et les bonnes idées s’espacent de plus en plus, enchaînant les temps morts jusqu’à un final il est vrai hilarant. Sans doute conscient que son idée de départ ne permettait pas de tenir un film, le réalisateur a rajouté toute une intrigue avec des spectateurs à l’intérieur du film, sur un totalement volontairement décalé qui m’a laissé de marbre la plupart du temps. Le générique est à l’image du film puisqu’il nous repasse la séquence introductive qui était pourtant drôle la première fois : paresseux.

Monsters – Gareth Edwards (2010)
Réalisé avec un micro-budget de 15000 dollars, Monsters est un film épatant. Il part d’un fait assez similaire à District 9 : les extra-terrestres ont débarqué sur la terre depuis quelques années. Cette fois, ils ne sont pas parqués dans un ghetto mais occupent sauvagement une partie du Mexique et des Etats-Unis. On suit le périple d’un journaliste escortant la fille de son boss à travers cette zone dangereuse et inquiétante. Le film joue beaucoup sur le côté réaliste et nous place au niveau des personnages, ceci jusqu’à la fin d’une superbe brutalité. On a peu d’informations sur ce qui se passe, et à part quelques bribes de journaux télévisés seule l’observation nous donne des indices sur la situation. Ce procédé mêlé à la tension croissante qui habite le film au fur et à mesure que les personnages s’enfoncent dans la forêt est captivant pour le spectateur. Malgré le peu de moyens, les effets spéciaux sont très réussis, minutieux et cohérents, basés plutôt sur l’économie et le réalisme. Le sous-contexte politique est également palpable tout au long du film et distille une certaine ironie sur le monde d’aujourd’hui (le mur à la frontière). On pourra reprocher au film de se focaliser un peu trop sur la relation sentimentale entre les deux protagonistes, j’ai trouvé au contraire que celle-ci était bien écrite.
- Don’t you feel bad, that you need something bad to happen to profit from it?
- What? Like a doctor?

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4 commentaires pour “Compte-rendu Etrange Festival 2010”

  1. David |

    Plutôt d’accord avec toi sur les films que j’ai comme toi vus. No Mercy décevant, Dream Home très sympa, Cargo visuellement surprenant, et Monsters impressionnant pour un micro film.
    Quant au Guerrier Silencieux, c’est lors de la sortie en salles que je l’avais vu, et il finira certainement dans mes films préférés de l’année. Une vraie claque.

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  2. Guillaume |

    Monsters me tente bien pour le coup !
    L’EF reste finalement le seul vrai bon festival de cinema en france. Mais bon Septembre, c’est un peu la loose pour que je puisse me déplacer. Ce n’est pas sympa de leur part…..
    J’ai bien hate de voir Dream Home sinon. PHC est pour moi le seul réalisateur valable de HK en ce moment, et chacun de ses films est un pur ravissement (raah, Isabella et son imagerie lanscinante ! et A.V. et son humour irresistible). J’aime ce réal.
    (par contre tu me décois à douter de Kristen Stewart et Dakota Fanning. Elles ont un sacré potentiel, et depuis longtemps. C’est juste que bon Twilight ca aide pas à les voir autrement)

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  3. Pierre |

    @David: c’est exactement ça :)

    @Guillaume: la rentrée passe mieux avec ce festival :) Je n’avais vu que Trivial Matters de PHC mais quelle souvenir de rigolade à Deauville. (et pour Kristen Stewart à part Twilight je sais pas ce qu’elle a fait d’autre en effet, des pistes ?)

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  4. David |

    Stewart a notamment fait “Panic Room” et “Into the Wild” qui valent le détour (surtout “Into the Wild”)…

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